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Les menaces de mort contre un témoin-clé dans le scandale «parapolitique» en Colombie, réfugié au Canada depuis six ans, coïncident avec la mise en cause du président Alvaro Uribe lui-même, et les entraves à un accord de libre-échange avec les États-Unis et le Canada.
«Le responsable du programme de protection des témoins de Colombie m'a fait savoir que deux tueurs à gages devaient entrer au Canada comme touristes pour m'éliminer», a confirmé Jairo Castillo Peralta, alias Pitirri, à une journaliste colombienne, elle-même réfugiée, qui a réussi à l'interviewer dans sa cachette au Québec, mardi.
«Ils m'ont dit en avoir informé l'ambassade du Canada à Bogota, et ils m'ont conseillé d'alerter la police canadienne, ce que j'ai fait. Mais je pense que les Autodéfenses unies de Colombie (AUC, paramilitaires d'extrême droite) veulent m'intimider pour me faire taire», a-t-il ajouté.
Témoignages explosifs
À Ottawa, la porte-parole des Affaires étrangères, Sylvie Généreux, a refusé de dire si le Canada avait une entente avec la Colombie pour accueillir ses citoyens placés sous le programme de protection de témoins.
«C'est une affaire de sécurité et cela concerne l'Immigration et la GRC. Elle ne relève pas de ma juridiction», a-t-elle dit.
Selon le récit recueilli par la journaliste, «Pitirri», dans la quarantaine, s'est joint au groupe La Mojana, membre des AUC dans la province de Sucre, vers 1995. Il ditavoir géré les finances du groupe. Il a viré témoin à charge vers 2000, et a été admis comme réfugié au Canada avec sa famille en 2002.
«Pitirri» fait partie d'un petit groupe d'ex-paramilitaires, incluant un ex-chef des AUC, Salvatore Mancuso, dont les témoignages en prison ont impliqué jusqu'ici 63 personnalités politiques dans les massacres et le narcotrafic perpétrés par les Escadrons de la mort en Colombie.
Uribe et son cousin
Parmi elles, 36 membres du Congrès ont été arrêtées depuis 2007, et 30 autres font l'objet d'enquêtes. La semaine dernière, le filet est tombé sur Mario Uribe, cousin du président et ancien président du Sénat, qui a cherché en vain refuge à l'ambassade de Costa Rica avant d'être capturé.
Il est accusé d'avoir bénéficié du soutien des paramilitaires dans une élection en 2002 et d'avoir acheté d'eux des terres acquises de façon illégale.
Dans les heures qui ont suivi, c'est le président Alvaro Uribe lui-même qui était mis en cause: sur la foi de la dénonciation d'un prévenu, une enquête était ouverte contre lui pour la torture et le massacre de 15 paysans, dont un enfant, à Aro, en 1997.
Ces rebondissements coïncident avec l'opposition croissante du Congrès des États-Unis, d'élus et de la société civile au Canada à un éventuel traité de libre-échange avec la Colombie, où le premier ministre Stephen Harper s'est rendu en juillet dernier.
Plusieurs groupes syndicaux et paysans, et des ONG de défense des droits de l'homme, ont reçu un déluge de menaces provenant d'Escadrons de la mort liés aux AUC. Ils sont sommés de cesser de s'opposer au projet de libre-échange, de ne plus «marcher pour les morts», et de ne pas manifester le 1er mai.