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"Ce qui a empêché la libération d'Ingrid : le manque de communications"

08/05/2008 - Diario El Pais

César Gaviria, ex président colombien et ex secrétaire général de l'OEA n'a aucun doute : pour lui, l'échec récent de la mission de sauvetage d'Ingrid Betancourt a été du à un manque de contacts préalables avec la guérilla. C'est justement cet aspect qui avait permis le succès dans les cas précédents comme Clara Rojas, Consuelo Perdomo ou Luis Eladio Pérez.

- Dans les derniers mois plusieurs otages des FARC ont été libérés, mais la tentative pour sauver Ingrid Betancourt a échoué. Comment voyez-vous le développement des négociations ?

- La crise humanitaire des otages en pouvoir des FARC se révèle chaque jour plus urgente et il n'y a aucun doute pour moi  qu'il s'agisse d'une priorité, non seulement pour la Colombie mais également pour la Communauté internationale. Les négociations ont eu jusqu'à présent beaucoup de succès - dans le cas contraire, nous n'aurions eu aucune libération - mais il y a eu aussi quelques erreurs. Il est important de souligner que, en négociant avec la guérilla, il est normal qu'on commette des erreurs parce que leur comportement est très versatile.

- Dans le cas d'Ingrid, quelle est l'erreur, selon vous, qui a causé l'échec de la mission ?

- Le grand problème de la dernière mission pour libérer Ingrid Betancourt a été le manque de communication avec les FARC. On ne pouvait attendre aucun succès dans cette opération sans que la guérilla ne montre qu'elle était disposée à collaborer. On a surtout suscité de grands espoirs pour les parents; il y a eu beaucoup de spéculation dans la presse, mais finalement il ne s'est rien passé. Cela a créé une très grande frustration. Et tout cela aurait pu être évité, parce que le manque de communication avec les FARC condamnait dès le début cette mission à l'échec.

- La France a mené l'opération. La participation d'autres pays est-elle une aide ou un obstacle ?

- Une aide, sans aucun doute. Le rôle exercé par la France et par d'autres pays de l'Union Européenne a été très important. Je crois aussi que la participation de pays voisins, spécialement le Brésil, peut être fondamentale dans les négociations avec la guérilla. Le Brésil a un poids dans la région, et cela aiderait pour une solution négociée. La Colombie a beaucoup de problèmes à affronter seule la guérilla ; presque toutes les fois où elle l'a fait le résultat n'a pas été un succès. C'est pourquoi d'autres médiateurs sont nécessaires.

- Comment évaluez-vous la participation de Hugo Chavez ?

- Le président du Vénézuéla a une relation de respect avec les FARC, et cela a favorisé, sans aucun doute, la libération des otages. Les relations entre la Colombie et le Vénézuéla, malgré les problèmes récents, sont très importante pour chacun des partenaires, tant au point de vue commercial que stratégique. Et cela doit être pris en considération.

- Quelles conclusions tirez-vous de la crise récente entre la Colombie, l'Équateur et le Vénézuéla, causée par de l'opération militaire colombienne qui a exécuté Reyes ?

- Il est nécessaire de tenir compte que les opérations des FARC en Équateur sont un fait vérifié et qu'elles représentent un danger pour la Colombie et pour toute la région. C'est pourquoi, je crois que cette opération était nécessaire. Je ne suis cependant pas d'accord avec la manière dont il a été menée. Quelques erreurs ont été commises, comme le manque de dialogue avec les autorités équatoriennes et le manque d'habilité pour justifier l'opération, et cela a dégénéré en crise. Mais on ne peut pas garder les yeux fermés en ce qui concerne les opérations des FARC dans ce pays.

- Si vous étiez aujourd'hui le président de Colombie, auriez-vous agi comme Álvaro Uribe ?

- Il est difficile de me mettre dans cette position, même si je l'ai été. J'aurais probablement aussi mené une action militaire contre les guérilleros. Mais je l'aurais fait de manière différente, avec d'avantage d'habilité diplomatique de manière à éviter une crise de proportion telle que celle qui s'est produite.

- Vous êtes maintenant en charge de la Commission latino-americaine sur les Drogues et la Démocratie. La question des drogues est directement en rapport avec les FARC. Qu'est-ce qui est le plus fort aujourd'hui dans la guérilla, l'idéologie ou le trafic de drogue ?

- Le problème du trafic de drogues est aujourd'hui crucial en Colombie, de manière plus importante que dans le reste de l'Amérique du Sud. Il n'y a pas de doutes qui sont les drogues qui financent la guérilla. Grâce à elles, ils obtiennent de l'argent, des ressources pour survivre dans la forêt, et des armes. Combattre le trafic de drogues, c'est aussi combattre les FARC, qui ne survivent plus sur la seule base de leur idéologie. Mais le combat contre le trafic de drogues n'est pas restreint à un seul pays. Il est également nécessaire que sa consommation soit combattue sur les grands marchés.

Profil

Nom : César Gaviria

Né à  : Pereira, Colombie

Âge : 61 ans

Autres données : Économiste, a entamé sa carrière politique à l'age de 23 ans

Toujours un leader

César Gaviria a été président de Colombie entre 1990 et 1994, et secrétaire général de l'Organisation des États Américains (OEA) entre 1994 et 2004. Pendant son mandat présidentiel, cet économiste a mené un vaste changement institutionnel qui a résulté dans une réforme du Pouvoir Judiciaire et dans la redaction d'une nouvelle Constitution.

Il a été aussi connu internationalement par sa lutte pour les droits humains. Il est entré très jeune en politique. Il a été parlementaire et ministre à deux occasions, avec les portefeuilles des Finances et d'Intérieur.

Actuellement, il est le chef du Parti Libéral et on dit qu'il marque de plus en plus sa distance avec le gouvernement actuel du président colombien, Álvaro Uribe. À Rio de Janeiro, il a pris part au lancement de la Commission latino-americaine sur les Drogues et la Démocratie, qu'il co-préside.


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