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Extradition aux Etats-Unis des principaux chefs paramilitaires colombiens

13/05/2008 - AFP, La Presse Canadienne, Le Parisien, Reuters

Les principaux chefs paramilitaires colombiens ont été extradés mardi vers les Etats-Unis, où ils seront jugés pour trafic de drogue en Floride (sud), à New York (nord-est), au Texas (sud) et à Washington.

L'extradition, ordonnée par le président colombien Alvaro Uribe, risque de mettre en péril le processus de démobilisation des groupes armés d'extrême droite.

Les extradés - 14 des plus importants chefs paramilitaires colombiens - "feront leur première apparition (devant la justice) dans les districts où ils seront arrivés lors de leur entrée aux Etats-Unis", a précisé le ministère américain de la Justice dans un communiqué.

Certains d'entre eux sont arrivés dans l'après-midi à Miami, selon des médias locaux.

Les accusés devraient être inculpés pour "complot pour importer de la cocaïne, complot pour produire et distribuer de la cocaïne, possession, production et distribution de cocaïne, fourniture d'aide à une organisation considérée comme terroriste et blanchiment d'argent", indique le communiqué.

Les Etats-Unis se sont engagés à ne pas réclamer une condamnation à perpétuité, a affirmé le ministère de la Justice.

Le porte-parole du département d'Etat, Sean McCormack, s'est félicité de ces extraditions "signes des relations solides qui existent entre les Etats-Unis et la Colombie". "Elle démontre aussi l'engagement du gouvernement colombien à respecter la justice et le processus de paix", a-t-il déclaré. Les informations recueillies pendant la procédure pourront être communiquées à la Colombie, a-t-il ajouté.

Les plus grands dirigeants de ces milices d'extrême droite, Salvatore Mancuso, Rodrigo Tuvar Pupo (alias "George 40"), Diego Fernando Murillo (alias "Don Berna"), Hernan Giraldo (alias "Pablo Sevillano") et Ramiro Vanoy (alias "Cuco Vanoy"), font partie des 14 personnes qui ont été extradées, a rapporté le quotidien El Tiempo.

Les avocats des dirigeants paramilitaires ont affirmé n'avoir pas été informés. "Nous sommes atterrés et pensons que le processus de paix avec les paramilitaires n'existe plus en Colombie car le gouvernement n'a pas respecté sa parole", a déclaré German Naverrete, l'avocat de "Cuco Vanoy".

"La décision a été prise parce que certains (paramilitaires) continuaient à se livrer à la délinquance, que d'autres ne coopéraient pas convenablement avec la justice et que tous ne respectaient pas le cadre de l'indemnisation des victimes en occultant des biens ou en retardant leur remise", a expliqué M. Uribe.

Bogota a obtenu l'accord des Etats-Unis "pour que la Colombie puisse envoyer des représentants aux procès des paramilitaires afin de continuer à rechercher la vérité", a ajouté le chef de l'Etat.

L'opposition colombienne accuse M. Uribe d'extrader ces responsables paramilitaires pour entraver les enquêtes en cours de la justice sur leurs liens avec les partis politiques, notamment les députés de la majorité présidentielle.

Les exactions des miliciens colombiens ont fait plus de 15.000 morts ces dernières années. Les responsables de ces milices d'extrême droite, qui comptaient près de 31.000 combattants, avaient tenté en avril 2006 en se démobilisant de bénéficier de la loi "Justice et paix", qui stipulait que les paramilitaires déposant volontairement les armes ne pouvaient encourir une peine supérieure à huit ans de prison quelle que soit la nature de leurs crimes.

Ces groupes avaient été formés il y a trente ans par les grands propriétaires terriens pour se défendre des mouvements de guérilla. Etroitement liés à certains responsables politiques proches pour certains du président Uribe, ils ont commis des massacres de civils, ainsi que des meurtres ciblés d'élus de gauche, de syndicalistes et de journalistes. Pour financer leurs actions, ils ont eu recours régulièrement au trafic de cocaïne.

Cinq ans après l'accord de paix entre les AUC et Bogota, des milliers de victimes attendent toujours des compensations et s'inquiètent que les "paras" partent pour les Etats-Unis, craignant qu'ils n'y soient jugés que pour trafic de drogue, et non pas pour massacres de civils, exactions et innombrables violations des droits de l'homme dont ils se sont rendus coupables.

En vertu de l'accord de paix qui avait permis la démobilisation de 50 chefs de guerre et plus de 31.000 combattants, ils devaient compenser leurs victimes, au moins 160.000 personnes qui se sont enregistrées et attendent toujours.

Claudia Lopez, enquêtrice indépendante qui a contribué à revéler le scandale dit "para-politiques" (déjà 31 élus sous les verrous et 30 autres soupçonnés pour collusion entre ces seigneurs de la guerre et des responsables politiques, dont des proches du président Uribe lui-même, a estimé que nombre de ces affaires tomberont dans l'oubli à cause de ces extraditions de groupe: "ils ont emmené tous les témoins", a-t-elle déploré mardi.

Les groupes paramilitaires colombiens sont issus des forces d'autodéfense créées dans les années 80 par les propriétaires terriens richissimes pour se protéger contre les extorsions des guérillas de gauche.

Les paramilitaires ont tué au moins 10.000 personnes, dont nombre de syndicalistes, selon le procureur Mario Iguaran, contrôlant de facto quasiment toute la côte caraïbe du pays et les routes de la cocaïne. Washington a dit souhaiter que cette extradition aiderait à persuader le Congrès à majorité démocrate de voter l'accord de libre échange avec la Colombie.AP


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