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350 Indiens sont partis cette semaine dans la jungle du sud-ouest colombien pour chercher les corps de 17 de leurs frères Awas, tués début février. La guérilla des Farc, qui a reconnu en avoir abattu 8, les accuse de collaborer avec les autorités. Selon l’Onu, le peuple Awa est l’une des ethnies colombiennes les plus menacées par le conflit qui déchire le pays depuis plus de 40 ans.

Ce sont quelques baraques de bois, accrochées aux montagnes. A l’entrée, une gigantesque pancarte a été plantée « Ink’l Awas, peuple de paix ». Le camp de réfugiés internes del Diviso héberge depuis bientôt deux mois une soixantaine de familles indiennes, qui ont fuit la violence. Le 4 février dernier, des hommes portant le sigle des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (Farc) ont fait irruption dans la réserve Awa de Tortugaña Telembi, près de la frontière avec l’Equateur. Ils ont emmené 20 personnes, dont deux femmes enceintes. Au moins 8 d’entre elles ont été massacrées à l’arme blanche sur les rives du torrent del Hojal, qui dévale la cordillère des Andes. Les autres sont depuis portées disparues.
Le massacre avait immédiatement été dénoncé par l’Onu, qui avait signalé à plusieurs reprises les risques encourus par l’ethnie Awa. Leur territoire est devenu depuis quelques années le refuge de la plupart des groupes armés qui agissent dans le pays. Farc, Armée de Libération Nationale (ELN, guévariste), paramilitaires et mafias se disputent le contrôle de la zone, où est produit l’essentiel de la cocaïne colombienne. En réponse, Bogota a envoyé plusieurs milliers de soldats sur place.
Le débarquement des troupes dans les réserves Awas n’a fait qu’aggraver les choses : accusés de collaborer avec les forces de l’ordre, ils vivent sous la menace permanente de la guérilla. En 2007, déjà, 120 familles Awas avaient été chassées de leur terres par des combats, et depuis septembre 2008, 45 d’entre eux ont été tués, parfois victimes des mines semées par la guérilla. Selon José Libardo Pai, dirigeant de Tortugaña Telembi, la situation est devenue intenable. « Tous essaient de nous impliquer dans la guerre : l’armée veut nous soutirer des informations, la guérilla enrôle de force les enfants. Et avec les mines, nous ne pouvons plus nous déplacer pour chasser et nous nourrir », raconte-t-il.
« La guérilla leur dit parfois que de 6 heures du soir à 6 heures du matin, ils ne peuvent pas circuler, et ils déconnectent les explosifs dans la journée. Mais il suffit qu’ils en oublient un pour qu’un gamin tombe dessus », explique la missionnaire Suisse Christine Imholtz, qui travaille dans la région. Fin 2008, trois enfants Awas ont été tués par l’explosion d’une mine, alors qu’ils revenaient de pêcher.
Dans ces circonstances, la plupart des familles déplacées ne veulent plus revenir sur leurs terres, et la culture Awa risque peu à peu de disparaître. Après la tuerie, plusieurs groupes familiaux se sont enfuit vers le département voisin du Putumayo, de l’autre côté de la cordillère. Leurs enfants n’apprendront sans doute pas à parler leur langue, l’Awa Pit. Les Farc, craignant que les Indiens ne s’en servent de code pour informer l’armée, ont d’ailleurs fait savoir aux radios communautaires qu’elles ne pouvaient plus émettre en Awa Pit, sous peine de mort.
Une situation qui se répète dans la plupart des régions colombiennes. « La sauvagerie contre les Awas n’est pas un cas isolé. Elle reflète la situation critique des populations indiennes colombiennes. Beaucoup de nos gouverneurs ont été tués ou sont menacés », souligne le sénateur Nasa Jesus Piñacué. Depuis 2002, 1200 indiens ont été assassinés, et 40 des 90 ethnies du pays sont directement menacées par le conflit