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La Colombie : d'un pays de séquestrés à un pays de disparus ?

08/03/2009 - Semana, IPS News, Colombia Reports

En Colombie, alors que le phénomène du kidnapping semble avoir diminué substantiellement au cours des dernières années, les dénonciations pour disparition forcée dont s'occupe la fondation Pais Libre ont fortement augmenté. Pourquoi ?

Depuis sept années, le kidnapping a cessé de frapper la Colombie. Alors qu'en l'année 2000, 3.571 cas de kidnapping "extorsif" avaient été dénoncés, on n'a officiellement dénoncé l'année passée que 242 cas dans tout le pays.

Une grande partie de cette diminution est due à l'offensive sans précédent du gouvernement Alvaro Uribe contre les Farc, une guérilla qui, depuis des années, avait fait du crime du kidnapping une de ses principales sources de financement pour soutenir sa politique de terreur et de chantage politique.

Contrairement à d'autres années, la guérilla n'est pas le principal responsable des kidnappings qui sont organisés dans le pays. Les bandes criminelles sans coloration politique, disséminées et autonomes, en sont aujourd'hui les principales responsables.

Toutefois, malgré la performance remarquable d'avoir réduit le kidnapping de plus de 70 pour cent, il y a depuis l'année passée une tendance à l'augmentation de la dénonciation de cas de disparition forcée. Pourquoi ?

« La loi Justice et Paix a rendu plus facile pour les victimes la dénonciation de cas de disparition. Deuxièmement, beaucoup de soit-disant kidnappés ont été retrouvés dans des fosses communes. Et troisièmement, les victimes sont aujourd'hui beaucoup plus visibles qu'il y a 10 ans, malgré la peur profonde qui  retient encore leurs familles de porter plainte», a déclaré Olga Gómez, directrice de la Fondation Pais Libre, qui a été créée il y a plus de dix ans pour s'occuper des parents et des victimes du kidnapping. « Tout ceci explique que les dénonciations pour cette infraction aient augmenté »

Selon l'organisation Pais Libre, sur les 217 cas dénoncés l'année passée, 110 correspondent à des kidnapping, 95 à des disparition forcées et huit à des cas d'extorsion, ce qui montre que l'écart entre le kidnapping et la disparition diminue. En 2007, Pais Libre avait traité 73 cas de disparition.

Ce qui est significatif, c'est qu'il y a cinq ans, Pais Libre ne s'occupait pratquement que des victimes de kidnapping, et de presqu'aucun cas de disparition.

Toutefois l'augmentation de ces dénonciations n'implique pas que les groupes armés illégaux fassent davantage de victimes. Comme l'indique Gómez, beaucoup de disparitions qui avaient eu lieu il y a de nombreuses années commencent seulement à être visibles aujourd'hui.

La Loi Justice et Paix, qui accorde des avantages importants à ceux qui avouent la vérité sur leurs crimes, a également aidé à en savoir davantage sur ces cas. Dans le cadre de Justice et Paix, le Ministère public a effectué des recherches sur 210 cas pour l'infraction de disparition forcée, et il doit encore investiguer sur 147 autres cas dénoncés par ailleurs,  qui concernent des paramilitaires.

« Il y a des kidnappé dont nous n'avons aucune nouvelle, et nous ne savons pas s'ils sont vivants ou morts. Pratiquement on peut les considérer comme disparus », déclare Olga Lucia Gómez.

La dimension du problème des disparus en Colombie commence à peine à être connue. Le grand problème, c'est qu'on n'est pas encore parvenu à rassembler les données sur cette infraction. Des organismes comme la Médecine Légale, la Police Nationale, l'Armée ou la Défense du Peuple (médiateurs officiels en Colombie), ont chacun leurs chiffres, qui ne se recoupent par souvent.

L'idéal, ce serait d'essayer de rassembler ces chiffres dans un Registre Unique National des Disparus, où tous les organismes qui traitent le sujet puissent partager l'information et la consolider. C'est précisément grâce à cette coordination qu'on a pu mettre en évidence le cas des faux "positifs" de Soacha.

La Colombie a encore tout à faire pour organiser sa bureaucratie pour répondre avec efficacité à ce crime indigne. On a laissé passer beaucoup de temps; au moment où elle commence à cesser d'être le pays des séquestrés, le Colombie pourrait devenir, avec honte, le pays des disparitions forcées...


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