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Colère des proches de Betancourt contre le président colombien

05/03/2008 - CyberPresse, Le Temps, AFP

Les proches d'Ingrid Betancourt ont laissé éclater mardi leur colère contre le président colombien Alavo Uribe après des informations selon lesquelles l'attaque contre le numéro 2 des Farc, Raul Reyes, a compromis une libération de l'otage franco-colombienne.

Le président équatorien Rafael Correa a affirmé lundi soir que l'attaque colombienne samedi contre un camp en Equateur, où Raul Reyes a été tué, est intervenu alors que «des conversations étaient assez avancées pour libérer en Equateur 11 otages, dont Ingrid Betancourt».

«Je suis horrifié par le comportement du président Uribe qui sabote en permanence toutes les possibilités qui peuvent permettre aux otages de revenir», a déclaré à l'AFP Fabrice Delloye, ex-mari de l'otage et père de ses deux enfants.

«Je trouve que c'est absolument dégueulasse, absolument ignoble, absolument épouvantable ce qu'il fait parce que si cela continue, il aura lui aussi la mort d'Ingrid et celle d'autres otages sur les bras», a-t-il ajouté.

«Le président Uribe savait parfaitement et depuis longtemps où se trouvait Raul Reyes, et il savait également que le président Correa, à travers son ministre de l'Intérieur, avait des relations strictement humanitaires avec Raul Reyes pour essayer de trouver une solution au problème des otages», a assuré M. Delloye.

«Le comité n'a pas de mots pour exprimer sa déception et sa désillusion», a déclaré dans un communiqué Hervé Marro, du comité de soutien à Ingrid Betancourt (CSIB), proche de la famille de l'ex-candidate à la présidentielle, détenue depuis plus de six ans.

«Quand la porte de sortie était grande ouverte, des intentions obscures ont préféré la claquer violemment et avec fracas. Or, nous n'avons plus de temps à perdre avec ce type d'attitude peu propice alors qu'Ingrid et d'autres otages sont en train de mourir», a-t-il ajouté.

De son côté, Olivier Roubi, vice-président de la Fédération internationale des Comités Ingrid Betancourt (Ficib), a estimé que le «fait que le président Uribe ait choisi de mener cette opération au moment où des négociations étaient en cours, n'est pas une bonne nouvelle».

«Nous demandons à nouveau au président Sarkozy une réunion d'urgence et nous lui demandons de déclarer publiquement et avec fermeté l'opposition de la France à toute action ou mouvement militaire», a-t-il déclaré à l'AFP.

Plus tôt, le premier ministre français François Fillon avait, une nouvelle fois, réclamé «la libération immédiate pour des raisons humanitaires» d'Ingrid Betancourt, en très mauvaise santé, et prévenu la guérilla des Farc que la mort de l'otage «ne leur apporterait que la réprobation du monde entier».

«Uribe se fout des otages»

Fabrice Delloye, ex-mari d'Ingrid Betancourt, est ulcéré par l'attitude du président colombien.

Le Temps: L'offensive militaire de Bogota contre les FARC signifie-t-elle un retour en arrière dans le processus engagé par les efforts pour la libération des otages?

Fabrice Delloye: Je m'interroge sur les agissements du président Uribe. Il est très clair qu'il ne veut pas entendre parler d'un accord humanitaire avec les FARC. En maintenant l'état de guerre, il assure son succès auprès du peuple colombien. Cela lui permet aussi d'occulter tous les dossiers paramilitaires qui le gène. Il y a des témoignages et des procès en cours très compromettants pour son entourage et des membres de sa famille.

Uribe est un manipulateur de génie: il parvient à créer des situations qui à chaque fois le montrent comme un président ferme. Il se fout des otages qui pourrissent dans la jungle.

- Vous dites manipulateur?

- Les FARC, qui étaient figées, sont maintenant dans un processus de mouvement et disposées à négocier. Et Uribe tue leur numéro deux! Celui-là même avec qui la communauté internationale, la France, l'Espagne et la Suisse, négociaient la libération des otages. C'est une manipulation. Uribe a montré qu'il n'était pas loyal avec la communauté internationale.

La mort de Reyes est aussi un vrai succès militaire. Il lui a permis d'éviter qu'en rentrant à Bogota ce week-end, les quatre otages libérés mercredi passé n'émeuvent et ne retournent l'opinion par leurs déclarations.

- Redoutez-vous que les otages soient l'objet de représailles?

- Les FARC ont réagi immédiatement et dans l'apaisement. Dans un communiqué, elles ont souligné que Raul Reyes était mort en héros, mais elles ont dit qu'elles continuaient à demander un accord humanitaire. Cette maturité laisse entendre que les otages ne seront pas l'objet de représailles.

- Peut-on encore espérer une libération des otages?

- Si les FARC libèrent tous leurs otages civils, ainsi que les policiers et les militaires malades, et qu'elles s'engagent à ne plus prendre d'otages, elles seront éligibles au statut de belligérant. En vertu de la Convention de Genève, Alvaro Uribe devra alors négocier.

En chef d'Etat qui ne montre aucune considération pour les otages, dont certains ont animé la vie politique colombienne et œuvré pour la paix, comme Ingrid Betancourt, Uribe va finir par faire passer les FARC pour des gentils.

- En optant pour la pression militaire, Bogota n'a-t-elle aucune chance d'obtenir la libération des otages?

- Anéantir les FARC prendrait du temps. La guérilla compte 17000 hommes, implantés dans des régions perdues de Colombie et très aguerris. Il n'y a pas mieux que la création d'un espace humanitaire. Vouloir libérer les otages par la force, c'est tous les condamner à mort.


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