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La neuvième conférence des Farc annonce que vers la fin du gouvernement Uribe il y aura une offensive de la guérilla pour laquelle ils ont besoin de 230 millions de dollars.

Il y a plusieurs semaines on a appris - révélation inhabituelle - que les Farc avaient tenu leur neuvième conférence. Le ministre de la Défense, Juan Manuel Santos, affirme que, grâce aux opérations militaires dans tout le pays, celle-ci n'a pas pu se tenir. Les Farc, par contre, affirment qu'elle a bien eu lieu, et qu'elle a été un succès complet.
En fait, comme on peut le déduire de documents confisqués dans des campements de la guérilla, il semble que la conférence a bien eu lieu, mais qu'elle n'a pas été cette fois un événement massif, mais plutôt une réunion d'à peine 36 personnes, qui s'est tenue en janvier et qui a été préparée préalablement par des assemblées dans chacun des "Fronts de guerre" (ndlr : les Farc sont organisés sur le terrain en 60 "fronts" qui jouissent d'une grande indépendance opérationnelle). On ne sait pas si tous les membres du Secrétariat (l'équipe de direction des Farc) y a assisté, comme cela se produisait dans le passé.
Pourquoi cet événement est-il important ?
Depuis 1993 il n'y avait plus eu de conférence des Farc. C'est au cours de ces réunions que l'on prend des décisions stratégiques et que l'on conçoit généralement les plans à long terme de l'organisation. En outre, on y désigne tous les membres des organes de direction, ce qui est habituellement plus un cérémonial qu'un événement réellement démocratique. Les membres du Secrétariat sont pratiquement inamovibles. Cela démontre bien que les dernièrs guérilleros qui sont arrivés dans cet organisme l'ont fait pour remplacer d'autres qui sont morts, mais de vieillesse.
Jusqu'à présent on n'a pas connaissance des conclusions ou des changements éventuels dans l'organe de direction suite de cette conférence. Mais certains documents préparatoires indiquent plusieurs conclusions qui préoccupent le gouvernement.
D'abord, les Farc maintiennent leur plan stratégique de prise du pouvoir. Dans leur bilan ils reconnaissent que leurs fronts ont été affaiblis, mais ils se sont donné l'objectif de les fortifier durant les quatre prochaines années, pour préparer une offensive qui aurait lieu à la fin du second mandat d'Álvaro Uribe. Pour cela ils se fixent comme priorité numéro un l'accroissement de leurs finances.
Pour réaliser cet objectif, les Farc ont défini plusieurs directions importantes. D'abord, diversifier leurs revenus. Ils accordent un intérêt spécial à l'extorsion, ce qui fait craindre un accroissement de cette infraction. Ils voudraient aussi créer un portfolio d'investissements légaux, spécialement en propriété terrienne, en transport et en bétail. Manuel Marulanda rappelle par écrit à tous ses hommes qu'il a besoin de 230 millions de dollars "net" pour financer son plan de guerre. Et pour étudier la réalisation de ce projet, les Farc auraient créé une commission spéciale comprenant sept guérilleros de "la vieille garde" - Alfonso Cano, 'Mono Jojoy', 'Raúl Reyes', Iván Márquez, Iván Ríos, 'Timochenco' et Joaquín Gómez.
La seconde grande préoccupation des autorités concerne l'intention des Farc de développer un service de renseignement de haut niveau. Pour cela, ils ils ont chargé un commandant de cette guérilla d'établir des relations avec certains secteurs des forces militaires. Un but un rien absurde, si on prend en considération que déjà durant les deux dernières années on a constaté au moins trois cas graves d'infiltration de la guérilla dans les forces armées. Un d'entre eux a rendu possible la prise de la base d'Iscuandé en Nariño, qui a résulté en une dure défaite pour l'Armée. Un autre cas de pénétration évidente a été la voiture piégée dans l'École Supérieure de Guerre, dont les auteurs ont disparu sans laisser de trace.
Sur le terrain politique, il est curieux que les Farc proposent comme priorité d'établir des relations avec des secteurs dissidents des partis traditionnels, en vue de former avec eux, en 2010, une vaste coalition. Dans leurs plans, une offensive militaire ferait alors place à un gouvernement de transition qui donnerait aux membres du Secrétariat "des garanties légales pour leur déplacement terrestre, aérien et fluvial afin de se déplacer vers les fronts pour leur expliquer l'objectif du changement". Entretemps, l'ordre est maintenu pour tous les combattants des Farc d'intimider et de compliquer les actions des gouvernements locaux et de les polariser.
L'autre grande préoccupation, c'est que la neuvième conférence garde l'orientation de se diriger vers une guerre de mouvements et d'établir la mobilisation en colonnes de 150 hommes, pour frapper les bases militaires. Le plan met l'accent sur le sabotage des routes et sur la mise en zones de réserve de tous les kidnappés. Le Farc établissent clairement comme zones prioritaires de croissance toutes les zones frontalières.
Pour beaucoup de militaires il est clair que le principal effort des guérillas vers l'extérieur sera de se procurer des missiles sol-air, ce qui leur permettrait de détruire les avions et les hélicoptères, ainsi que de neutraliser l'avantage stratégique des militaires. Ces armes ont été déterminantes dans la guerre au Salvador et dans celle dAfghanistan, dans la décennie 80.
Il sera très difficile pour les Farc d'accomplir tous ces objectifs. De fait, ils n'ont pas réussi à accomplir le plan qui avait été tracé en 93. Toutefois, ces nouvelles directives leur donneront du carburant au moins pour les prochaines années. Et, comme on peut le lire dans les documents, la priorité est d'obtenir de l'argent. La neuvième conférence laisse un message clair au gouvernement : il n'est pas encore temps de chanter victoire.