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La société Chiquita est dans la tourmente. La multinationale américaine de la banane a financé durant des années des groupes paramilitaires d'extrême droite à travers une filiale colombienne. La justice américaine s'est penchée sur le dossier. De son côté, la Colombie envisage de demander aux Etats-Unis l'extradition de cadres de Chiquita.
Chiquita a bien financé les paramilitaires colombiens.
Ce qui vient confirmer de vieux soupçons contre les producteurs de bananes installés en Colombie. D'après l'enquête menée par la justice américaine, l'entreprise a versé à partir de 1997 plus d'un 1.700.000 dollars aux milices d'extrême droite. Le PDG de Chiquita s'est défendu, en déclarant que ces versements avaient toujours été motivés par un souci de sécurité.
L'affaire fait aussi de vagues en Colombie. Les autorités colombiennes envisagent de demander aux Etats-Unis l'extradition de certains cadres de Chiquita. Les magistrats colombiens doivent encore se prononcer sur l'extradition des dirigeants de géant américain de la banane.
Pour le président Alvaro Uribe, l'extradition fonctionne dans les deux sens. Depuis son arrivée au pouvoir, en 2002, le président colombien a autorisé l'extradition de centaines de narcotrafiquants présumés vers les Etats-Unis. Chiquita n'est pas la seule multinationale accusée de collusion avec les paramilitaires. Coca-Cola et la compagnie charbonnière Drummond ont été traînées devant les tribunaux américains. Ils sont soupçonnés d'avoir commandité l'assassinat de plusieurs syndicalistes.
Arrangement avec la justice aux USA
Aux Etats-Unis, il en coûtera 25 millions de dollars (18,8 millions d'euros) à cette firme agroalimentaire qui a annoncé, mercredi 14 mars, être arrivée à un accord avec le département américain de la justice qui, depuis trois ans, menait enquête. L'accord négocié avec le département de la justice doit encore être entériné par un tribunal américain.
Les Autodéfenses unies de Colombie (AUC, extrême droite) sont inscrites sur la liste des organisations terroristes par Washington depuis 2001. Elles ont commis d'innombrables crimes contre des civils dans la région bananière de l'Uraba (nord-ouest de laColombie), où Chiquita avait des plantations. Aujourd'hui démobilisées, ces milices paramilitaires y étaient très impliquées dans le trafic de drogue.
A Bogota, le ministre colombien de la défense, Juan Manuel Santos, s'est réjoui de la décision. Les défenseurs des droits de l'homme demandent que l'amende soit reversée aux victimes des paramilitaires. La guérilla d'extrême gauche et les "paras" se sont disputés pendant plus de dix ans le contrôle de l'Uraba.
A en croire le rapport des autorités américaines, Chiquita aurait d'abord payé les guérilleros qui se livraient au racket dans la région. A la fin des années 1990, les AUC y font leur apparition. Sous prétexte d'en finir avec les exactions de la guérilla, les paramilitaires massacrent paysans et syndicalistes, sous l'oeil complice de l'armée et des compagnies bananières, et rackettent à leur tour.
1,7 MILLION DE DOLLARS
Chiquita reconnaît avoir versé plus de 1,7 million de dollars aux AUC, entre 1997 et 2004, mais prétend avoir agi de bonne foi. "Les versements effectués ont été motivés par le souci légitime de protéger nos employés", a précisé, jeudi, Fernando Aguirre, le président de la compagnie, qui a son siège à Cincinnati (Ohio).
Selon le département américain de la justice, des directeurs "hauts placés" de Chiquita ont autorisé et dissimulé les versements incriminés. Les noms des responsables n'ont pas été révélés.
L'accord signé avec l'administration américaine est une "solution au dilemme auquel la société a été confrontée il y a plusieurs années", précise un communiqué de la firme. En 2003, Chiquita a spontanément informé la justice des paiements réalisés par une de ses anciennes filiales, en constatant que les bénéficiaires figuraient sur la liste des organisations que la loi américaine jugeait criminel de financer. Un an plus tard, le groupe abandonnait ses opérations en Colombie.
D'autres entreprises américaines sont également soupçonnées de liaisons avec les paramilitaires colombiens. La compagnie charbonnière Drummond et Coca-Cola ont été traînées devant les tribunaux américains, soupçonnées d'avoir commanditél'assassinat de plusieurs syndicalistes.