|
||||||
Vingt et un mille policiers déployés depuis quatre jours, l'aéroport international fermé pendant sept heures, la vente d'alcool interdite et les pistes cyclables fermées : c'est une capitale déserte qu'a traversée, dimanche 11 mars, la caravane de George Bush, premier président américain à fouler le sol de Bogota depuis vingt-cinq ans.
"En venant à Bogota, M. Bush a voulu manifester la confiance que lui inspire la politique antiterroriste d'Alvaro Uribe", assurait, la veille, un fonctionnaire de l'ambassade américaine. "Je suis fier de dire que vous êtes mon ami personnel et un partenaire stratégique des Etats-Unis", a déclaré M. Bush au cours de la conférence de presse commune avec le président Uribe. Le président colombien, qui, depuis cinq ans, fait figure de "meilleur allié latino-américain de Washington", est pourtant englué dans le scandale dit de la "parapolitique". Au Congrès américain, les démocrates sont scandalisés par les révélations concernant les liens entre les milices paramilitaires d'extrême droite, coupables de crimes atroces, et des proches de M. Uribe. La visite de M. Bush n'a duré que sept heures.
3,9 MILLIARDS DE DOLLARS SUR SEPT ANS
Dans la matinée, trois engins explosifs de faible puissance ont explosé dans les villes de Cali et de Buenaventura, faisant trois blessés. Les autorités ont attribué les attentats à la guérilla. Mais aucun incident sérieux n'a été enregistré à Bogota. Quelques centaines de manifestants "anti-Bush" sont descendus dans le centre-ville, à l'appel de l'opposition. Noyautée par quelques casseurs, la manifestation a été violemment dispersée par des policiers. "En Colombie, il y a un conflit armé, alors les gens ne protestent pas parce qu'ils ont peur de la réaction du pouvoir", expliquait un syndicaliste venu protester contre la signature d'un traité de libre-échange, indigné par l'attitude des casseurs et des policiers.
A quelques centaines de mètres de là, la cérémonie officielle se déroulait sans heurts. M. Bush a réaffirmé son intention de "travailler dur" pour obtenir du Congrès la ratification du traité de libre-échange bilatéral signé en novembre 2006 et la poursuite de la coopération militaire. Au titre du "Plan Colombie", mis en place en 2000 par le président Bill Clinton, Bogota reçoit tous les ans quelque 700 millions de dollars d'aide militaire américaine pour lutter contre le trafic de drogue et les groupes armés qui en vivent.
Toutefois, "le vote du Congrès s'annonce difficile", admettait le président Bush dans un entretien accordé au quotidien El Tiempo, à la veille de son départ pour l'Amérique latine. Les démocrates ont remis sur le tapis la question des droits de l'homme. Ils s'inquiètent du sort fait aux syndicalistes en Colombie et s'interrogent sur l'efficacité de l'action militaire. Même si elle était approuvée, la nouvelle enveloppe (3,9 milliards de dollars sur sept ans) représente un léger désengagement américain. "La Colombie a désormais les moyens de financer plus avant certains aspects du programme militaire", estime le président américain.
M. Uribe a accaparé la conférence de presse pour défendre sa politique sécuritaire et les négociations engagées avec les paramilitaires. "Les révélations sur les liens entre politiciens et "paras" en sont le résultat direct", assure-t-il. "Si Alvaro Uribe a consacré tout son temps de parole à se défendre des soupçons qui pèsent sur le gouvernement, c'est bien parce qu'il sait que le scandale de la "parapolitique" hypothèque l'avenir des relations bilatérales", souligne l'analyste Laura Gil. Reste à savoir si la majorité démocrate du Congrès américain s'est laissée convaincre.