|
||||||
Les élections législatives se déroulaient dimanche en Colombie. Selon les résultats officiels des élections législatives établis lundi à partir du dépouillement de 70,1% des voix, les mouvements de la coalition du président colombien Alvaro Uribe auraient obtenu la majorité au Congrès. Selon ces résultats, le parti Libéral aurait perdu sa majorité relative au profit du parti de La U et du parti Conservateur de la coalition présidentielle, a indiqué l'autorité électorale.
Un bref rappel historique est important afin de bien saisir les enjeux découlant de cette campagne. Ce pays est en effet secoué depuis plus de 50 ans par une violence exceptionnelle dans le monde, dont on peut se demander légitimement s’il parviendra un jour à en sortir.
Le meurtre en 1948 d’Eliecer Gaitan, leader libéral en rupture avec l’oligarchie, a marqué le début d’une terrible guerre civile appelée en Colombie " Violencia " qui fera 200 000 morts.
En 1964 les FARC (forces armées révolutionnaires de Colombie avec Manuel Marulanda (surnommé Tirofijo), occupent huit provinces. Le financement provient d’un impôt prélevé sur la coca, auquel s’ajoutera une politique d’enlèvements contre rançon. Les combattants des FARC représentent environ 20 000 hommes et s’inspirent de l’exemple de la révolution cubaine.
Par ailleurs un autre mouvement de guérilla, l’armée de libération nationale (ELN) nait en 1965. Ses effectifs sont estimés à 5000 combattants. C’est parmi ce groupe qu’est tué au combat, en février 1966, le prêtre guérillero Camilo Torres : il devient un véritable symbole pour tous les chrétiens engagés dans les luttes armées du continent.
Le M19 et quant à lui créé en 1970 en réaction contre la fraude électorale qui empêche le général Gustavo Rojas Pinilla de gagner l’élection présidentielle.
Enfin les " paramilitaires " sont nés à la fin des années 60, appuyés par les conseillers américains pour briser toute velléité de transformation sociale. Bras armé des narcotrafiquants à partir de 1985, supplétifs de l’armée pour mener la " guerre sale " contre les bases sociales de la guérilla ils ont du mal à démontrer leur indépendance par rapport à l’armée et l’d’Etat.
En 1998, le président Pastrana essaye de négocier avec le chef de la guérilla la plus puissante, les FARC Manuel Marulanda. Le président reconnaît alors que les révolutionnaires ont pris les armes pour une cause juste, et met en oeuvre un processus de dialogue.
Il démilitarise en outre un certain nombre de zones au sud du pays afin de faciliter le dialogue avec l’Armée de libération nationale (ELN) malgré l’opposition d’une partie des populations de la région, sur lesquelles les paramilitaires exercent une forte pression.
A la campagne tout se passe comme si la guérilla assumait le pouvoir : disposant d’un budget, contrôlant les des élus locaux, la lutte a pris la forme d'un gouvernement alternatif et d'une force militaire pour en garantir la pérennité.
Fin 1997 50 millions de dollars de matériels d'armement ont été mis à disposition de l'armée colombienne par les Etats-Unis.
L’Etat colombien n'est pas pour autant considéré par l'administration américaine comme un allié sur dans la guerre contre la drogue.
C’est dire le climat dans lequel se déroulaient les élections législatives dans ce pays.
Les dernières semaines de campagne avaient été marquées par une recrudescence des attaques de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). Les rebelles, qui entendent renverser le gouvernement, avaient mis en place le blocus armé d'une dizaine de provinces, et les attentats ont coûté la vie à environ trente personnes.
Les FARC essayaient ainsi de saboter le scrutin. Leur démonstration de force pose la question de la viabilité de la stratégie du président Alvaro Uribe, élu il y a quatre ans sur un programme de fermeté face à la guérilla.
Pourtant près de 70% des Colombiens estimeraient que le conflit atteint un point critique et la majorité de la population souhaite semble-t-il des négociations avec les guérilleros.
La droite qui appuie Alvaro Uribe pourrait pourtant obtenir dimanche la majorité absolue aux deux chambres, et le Président sortant serait sans doute être réélu le 28 mai, après que la Constitution ait été réformée pour permettre au Président de briguer un second mandat.
Outre le déchainement de la violence, la campagne est également marquée par les " affaires " : remonte ainsi à la surface le financement de la dernière campagne d’Alvaro Uribe par une puissante famille de narcotrafiquants par ailleurs paramilitaires.
Selon le chef paramilitaire Salvatore Mancuso ceux-ci contrôleraient dans le Congrès sortant près de 35% des sièges.