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L'intrigante présence des Forces armées révolutionnaires de Colombie en Suisse

20/03/2006 - Le Temps (CH)

GUERILLA. Les FARC ont choisi la Suisse pour héberger leur site internet, et plusieurs de leurs représentants y vivraient. Une situation que les autorités colombiennes ne voient pas d'un bon œil.

Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), qui retiennent plus de 3000 personnes en otage dans la jungle, dont Ingrid Betancourt, ont-elles un pied en Suisse? Plusieurs indices permettent de le croire. Outre le fait que le site internet des FARC est hébergé par un serveur suisse,des drapeaux de la guérilla sont apparus dans des manifestations liées au G8. Par ailleurs, les représentations diplomatiques de Colombie en Suisse ont été la cible de graffitis dont certains demandent la mort du président Alvaro Uribe. Et le 10 avril 2005, l'église de Lausanne dans laquelle les diplomates colombiens ont organisé une cérémonie religieuse a été couverte d'inscriptions similaires. Cette visibilité pourrait devenir gênante pour Berne.

Selon plusieurs sources, les FARC auraient carrément des délégués officieux en Suisse. Dont un certain Marcos Calarca. Jusqu'en 2002, les FARC disposaient d'une représentation au Mexique, mais ses porte-parole ont dû quitter le pays avec l'arrivée au pouvoir du président Vicente Fox, un proche d'Alvaro Uribe. Certains guérilleros marxistes se sont alors dirigés vers des pays comme le Venezuela ou Cuba. D'autres auraient pris le chemin de la Suisse.

Pas une entité terroriste

Fedpol, la police fédérale, n'est pas en mesure de confirmer une présence actuelle de Marcos Calarca sur le territoire suisse. Mais elle souligne que l'homme était notamment attendu en février 2002 à Genève pour participer à un atelier sur la Colombie. «Nous ne pouvons pas exclure qu'il y ait dans les cercles d'exilés colombiens en Suisse des sympathisants des FARC», relève la porte-parole, Danièle Bersier. Elle ajoute: «Pour éviter que des fonds d'organisations extrémistes de Colombie affluent en Suisse et abusent de la place financière pour des activités de soutien logistique, nous avons par le passé prononcé des interdictions d'entrée contre des membres d'organisations terroristes colombiennes.» Aujourd'hui, une petite dizaine de Colombiens liés aux guérillas sont frappés par une telle interdiction.

Fedpol rappelle que la Suisse joue avec d'autres pays un rôle de facilitateur entre Bogota et les FARC pour parvenir à un accord humanitaire. Et que, «malgré leurs implications dans des actes de violence terroriste, les FARC sont dans ce contexte considérées comme protagonistes d'une guerre civile».

Le mot terroriste est lâché. Dans son rapport sur la sécurité intérieure de 2002, Fedpol souligne que les guérillas colombiennes sont responsables «d'attentats à la bombe, de meurtres, d'enlèvements, de prises d'otages, de chantages à la rançon et de trafic de stupéfiants». Mais la Suisse, contrairement à l'Union européenne (UE), ne les considère pas comme une organisation terroriste à proprement parler. Voilà qui explique pourquoi les FARC, après avoir été hébergées en Suède, ont choisi un serveur suisse pour leur site internet depuis le 7 novembre 2002. L'UE avait inclus quelques mois plus tôt les FARC dans sa liste d'organisations terroristes.

A Berne, l'ambassade de Colombie a fait plusieurs démarches auprès du Département fédéral des affaires étrangères pour protester. Et a toujours obtenu la même réponse: comme la Suisse ne considère pas les FARC comme une entité terroriste, la législation suisse ne permet pas d'agir contre leur site. Berne marche toutefois sur des œufs: comme pays facilitateur, la Suisse doit ménager les deux parties. Elle a ainsi tout intérêt à surveiller de près le profil des militants des FARC qui circulent sur son territoire, notamment ceux qui cherchent à obtenir l'asile. Il est arrivé que des Colombiens demandent l'asile en Suisse en faisant valoir des persécutions de l'Etat colombien ou de groupes paramilitaires en raison de leurs liens avec des guérillas, confirme l'Office fédéral des migrations.

Le Ministère public enquête

Des Colombiens en exil ont notamment réagi en 2002 en apprenant que les organisateurs des célébrations officielles du 1er Mai à Zurich avaient invité un représentant des FARC comme orateur. L'homme n'est finalement pas venu. D'autres représentants de la guérilla ont fait un saut en Suisse, mais dans le cadre de pourparlers de paix.

Le 10 avril dernier, l'ambassade de Colombie, qui organisait comme chaque année à la même date une cérémonie religieuse à l'occasion de la «Journée internationale du soldat et du policier mort», estime avoir été visée par des partisans des FARC. Arrivés devant l'église lausannoise où se déroulait la cérémonie, les diplomates ont été surpris de voir que l'église avait été couverte de graffitis injurieux à l'égard du gouvernement colombien. Sur la base de ces graffitis, le Ministère public de la Confédération a ouvert une enquête pour outrage aux Etats étrangers. L'enquête est toujours en cours. L'ambassade de Colombie ne renoncera pas à une nouvelle cérémonie le 10 avril prochain. Mais elle demandera cette fois le soutien de services de sécurité.

Berne a la confiance des deux parties

Bogota a accepté le 13 décembre dernier un plan de la France, de l'Espagne et de la Suisse proposant de créer une zone démilitarisée dans le sud-ouest du pays, pour négocier un accord humanitaire et procéder à l'échange de 500 guérilleros emprisonnés contre 59 otages. Les FARC ont de leur côté déclaré ne pas vouloir parler d'un accord humanitaire tant que l e président Uribe est au pouvoir. Or, tout porte à croire qu'il sera réélu le 28 mai. La situation est donc délicate pour les pays facilitateurs. Bien que Micheline Calmy-Rey déclare que Berne ne tient pas un rôle plus déterminant que la France ou l'Espagne, la Suisse a une carte importante à jouer. Elle a toujours eu la confiance des deux parties alors que la France, à cause de liens étroits entre la famille Betancourt et certains politiciens et diplomates, ne bénéficie pas de la même réputation d'impartialité.


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