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Le président Uribe, partisan de la manière forte contre la guérilla, conforte sa majorité

14/03/2006 - Le Monde, Libération

Candidat à un deuxième mandat le 28 mai, le président colombien Alvaro Uribe peut d'ores et déjà crier victoire. Le camp présidentiel devrait conforter sa majorité parlementaire à l'issue des élections législatives du dimanche 12 mars alors que, selon les chiffres disponibles dimanche soir (portant sur 88 % des bureaux de vote), il obtiendrait 70 des 102 sièges du Sénat et plus de 55 % des 166 sièges de la Chambre des députés. La majorité regroupe le Parti conservateur et des formations créées autour de la figure charismatique du chef de l'Etat. Dans une Amérique latine qui a viré à gauche, la Colombie confirme son ancrage à droite.

Les élections se sont déroulées dans un calme relatif. Au cours des trois dernières semaines de campagne, les guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont multiplié les coups de force et tué une quarantaine de personnes. Le gouvernement avait annoncé le déploiement de 200 000 soldats et policiers pour surveiller le scrutin. Seuls quelques incidents ont été enregistrés, la guérilla brûlant plusieurs urnes dans le sud du pays. Les attentats qui ont détruit cinq pylônes électriques et provoqué une panne d'électricité de plusieurs heures sur toute la côte caraïbe ont également été attribués aux FARC.

Dans l'opposition, le recul du vieux Parti libéral a créé la surprise, tandis que la gauche démocratique enregistre une avancée : 9,8 % des voix au Sénat, un de ses meilleurs scores. Ces deux formations d'opposition tenaient leurs primaires présidentielles en vue du scrutin du 28 mai. Horacio Serpa sera pour la troisième fois le candidat du Parti libéral. A gauche, les électeurs ont choisi Carlos Gaviria, un ancien magistrat à la Cour constitutionnelle, plutôt que le parlementaire Antonio Navarro Wolf, un ex-guérillero.

Le président Uribe avait appelé ses 26 millions de compatriotes en âge de voter à se rendre massivement aux urnes pour "répudier le terrorisme". Mais l'abstention est restée supérieure à 50 %, un taux habituel en Colombie. Cela n'a pas empêché M. Uribe de se féliciter de "l'inépuisable vocation démocratique du pays" au cours d'une brève allocution télévisée. Il s'est adressé aux mouvements armés, demandant aux milices paramilitaires d'extrême droite de "mener à bon terme leur processus de démobilisation", enjoignant les guérilleros de l'Armée de libération nationale (ELN) à poursuivre le dialogue engagé avec le gouvernement, et demandant aux FARC de "revoir leur conduite et leurs pratiques".

Partisan de la manière forte contre la guérilla, M. Uribe semble désormais assuré d'emporter l'élection présidentielle. "Les FARC ont fait campagne pour lui", déplore Felipe Garcia, militant du Parti libéral.

Pour ceux qui se battent pour la libération de l'ex-candidate à la présidentielle Ingrid Bétancourt et sa directrice de campagne Clara Rojas, détenues depuis 1479 jours par les Farc, le résultat des législatives est d'autant plus décevant que Juan-Carlos Leconte, le mari d'Ingrid Bétancourt, qui se présentait à Bogota sur la liste Movimiento Nacional, un parti qui réclame la paix, n'a pas été élu.

La première réaction du président Uribe aux résultats du scrutin a d'ailleurs été un appel à renouer le dialogue. Il a demandé aux Farc, la principale guérilla avec 17.000 combattants, de « réviser sa conduite, d'analyser la vocation démocratique de tous les Colombiens et de considérer la possibilité d'un processus de paix sérieux et urgent».


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