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Le conflit armé domine le débat politique en Colombie

04/03/2006 - Le Monde

Aquelques jours des élections législatives du 12 mars, les guérillas d'extrême gauche et les miliciens paramilitaires d'extrême droite dominent le débat politique colombien. Jeudi 2 mars, les chefs de l'Armée de libération nationale (ELN) ont annoncé une trêve unilatérale le temps du scrutin. En revanche, les guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) multiplient les coups de force.

Les paramilitaires démobilisés sont également sur la sellette : les observateurs internationaux et la presse colombienne dénoncent les pressions que ces milices et leurs chefs, très liés au narcotrafic, exercent sur la vie locale.

Mais il en faut apparemment plus pour ternir l'image du président Alvaro Uribe, que les sondages créditent de 70 % d'opinions favorables. Le chef de l'Etat a officialisé, mercredi, sa candidature à un deuxième mandat. La présidentielle est prévue le 28 mai.

C'est de La Havane que les dirigeants de l'ELN ont annoncé leur décision de ne pas entraver la tenue du scrutin législatif. Depuis décembre 2005, la capitale cubaine accueille en effet les guérilleros qui ont accepté le principe d'un dialogue exploratoire avec les représentants du gouvernement Uribe.

"La trêve déclarée reste partielle - l'ELN n'a pas renoncé à toute forme de violence -, mais elle constitue une avancée sans précédent vers la paix, note Alfredo Rangel, analyste et candidat au Sénat. Pour la première fois, l'ELN reconnaît implicitement la légitimité du système électoral."

Vendredi, le gouvernement acceptait de reconnaître le "statut politique" des chefs guérilleros. L'organisation, qui dispose encore de 4 000 hommes en armes - selon des chiffres officiels probablement surévalués -, est très affaiblie militairement.

Sur le terrain, l'impact de la trêve sera de fait limité. Mais, politiquement, la perspective d'une paix négociée avec l'ELN est un succès pour M. Uribe.

Les guérilleros des FARC, qui seraient, eux, 17 000, se refusent à toute négociation. Cinq des vingt départements du pays sont, depuis deux semaines, partiellement paralysés par leurs "piquets de grève armés".

Les véhicules publics et privés qui enfreignent l'interdiction de circuler s'exposent aux représailles de la guérilla. Des dizaines de camions et de voitures ont déjà été brûlés. Dix-huit personnes, dont neuf conseillers municipaux, ont été massacrées il y a une semaine. Un camouflet pour un gouvernement qui avait promis de pacifier le pays.

DÉFI À LA DÉMOCRATIE

Les paramilitaires lancent un défi d'un autre ordre à la démocratie colombienne. Résultat des négociations de paix engagées par le gouvernement Uribe : plus de 22 000 miliciens ont officiellement déposé les armes.

Mais un rapport de l'Organisation des Etats américains (OEA), diffusé cette semaine, affirme que 4 000 combattants ont repris le maquis."La démobilisation hâtive des narco-paramilitaires a révélé au grand jour ce que tout le monde savait. Les commandants démobilisés ont publiquement admis leurs liens avec certains militaires, une partie de la classe politique et les élites régionales", affirme l'analyste Claudia Lopez.

Les chefs paramilitaires ne cachent pas leurs ambitions politiques. En mars 2002, Salvatore Mancuso, chef "para" alors dans la clandestinité, affirmait contrôler 35 % des membres du Congrès. Selon Mme Lopez, "rien ne permet de penser que l'influence paramilitaire au Congrès va diminuer". D'après le quotidien El Tiempo daté du 2 mars, "Jorge 40", un sanglant commandant paramilitaire de la côte caraïbe, accompagne ouvertement la campagne des candidats désignés par lui.


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