Chers amis,
Ceci est l'épilogue d'une triste journée. Vendredi 25 février vers
midi nous avons trouvé les preuves du massacre : deux fosses communes
contenant les corps mutilés de ALFONSO BOLIVAR TUBERQUIA, SANDRA MILENA MUÑOZet
ses enfants NATALIA ANDREA TUBERQUIA de 4 ans et SANTIAGO TUBERQUIA MUÑOZ de
18 mois. Dans l'une des fosses, nous avons également retrouvé les restes de
ALEJANDRO PEREZ, 30 ans, qui vivait avec sa femme et son fils à La Resbalosa.
Alejandro ne faisait pas partie des communautés de paix ni des zones
humanitaires des villages de la région. Ils ont tous été assassinés à
coups de machette, leurs têtes et leurs membres ont été tailladés ce qui démontre
l'incroyable cruauté de leurs assassins. Selon le témoignage d'un survivant,
l'armée est entrée en tirant dans la maison de ALFONSO TUBERQUIA et un de
ces tirs a blessé SANDRA MILENA, sa femme. En attendant les coups de feu,
ALEJANDRO PEREZ et un autre paysan se trouvaient à
une quarantaine de mètres de la maison se sont mis à courrir.
Alejandro a été blessé et on ne sait plus rien de lui. Pour leur part,
Alfonso Tuberquia et un ouvrier qui se trouvaient dans sa maison à ce moment
là ont réussi à sortir en courant mais Alfonso s'est arrêté en entendant
les cris de sa femme qui suppliait les militaires de ne pas assassiner leurs
enfants. Alfonso a dit à son compagnon qu'il préférait mourir avec sa
famille, qu'il ne pouvait pas les abandoner et est retourné chez lui.
La levée des cinq corps a été faite par les services du procurreur
qui sont arrivés en hélicoptère à La Resbalosa au cours de l'après-midi
du vendredi 25.
Depuis que nous sommes arrivés à
Mulatos et à la Resbalosa, nous sommes encerclés par l'armée qui,
comme nous l'avions dénoncé, déployait des troupes dans la région depuis
le jeudi 17 février.
Depuis ce moment, l'armée maintient des troupes importantes dans tous
les villages de San José. Dans notre témoignage, nous soulignons la stratégiede
l'armée et des paramilitaires qui vise à évacuer les villages et à
s'emparer des terres. En premier lieu, des bombardements indiscriminés et
ensuite des opérations au cours desquelles ils détruisent tout ce qui se
trouve sur leur passage : bétail, récoltes, maisons et, comme le démontrent
les derniers évènements, des familles entières, des enfants d'à peine 4
ans, des bébés de 18 mois, tous victimes d'un conflit inhumain et, plus
grave encore, à l'initiative des forces de l'état colombien lui-même dont
la fonction constitutionnelle est de protéger ses citoyens. Ce qui est
certain c'est que cette stratégie est efficace : il y a deux semaines, quand
nous dénoncions ces opérations à Mulatos et à la Resbalosa, il restait 10
familes. Aujourd'hui, 9 d'entre elles s'en vont à San José. Il est également
préoccupant que 3 familles du village de Las Nieves soient toujours portées
disparues.
Les terribles découvertes ne se sont pas arrêtées là. Pratiquement
à la tombée de la nuit, nous avons été obligé de partir à la recherche
des corps de Luis Eduardo Guerra, leader de la communauté et de sa famille.
Nous les avons trouvé sur les rives du fleuve Mulatos, au bord d'un chemin.
Les corps ne présentaient aucun impact de balles mais il était clair qui
avaient été violemment battus et égorgés. Luis Eduardo, Bellamira et
Deiner. Lers corps sont restés là jusqu'à samedi midi parce que les
services du procureur ont d'abord transporté les corps des fosses et avaient
promis de revenir à la première heure. Ils ne l'ont pas fait. Une partie de
la commission est restée sur place pour les attendre et pour pouvoir enterrer
nos amis. C'est finalement aujourd'hui que leurs coprs ont été transportés.
Dans cette tragédie, nous constatons que la stratégie de terreur de
l'état n'en finit pas. Les militaires présents dans les villages ont dit à
plusieurs familles de la région qu'il est dommage que cela se soit su si vite
parce que, sinon, il y aurait eu plus de morts. Et les militaires qui nous
entouraient disaient que "cela puait le guerillero mort" en parlant
des huit personnes assassinées. En dépit du fait que leur commadant avait
promis de ne pas prendre de photos ni de filmer, ils ont fait tout le
contraire. Les militaires n'ont pas cessé de nous harceler, de nous accuser
de faire partie de la guerilla. Ils ont également interpellé plusieurs
dirigeants par leurs noms.
Les médias ont tenté de transformer la réalité en affirmant que le
massacre était dû à la guerilla et en reprenant d'autres versions émanant
des militaires. Pour nous c'est clair, et les témoins l'affirment, il s'agit
d'une opération de l'armée qui a bouclé la région avant le massacre
(depuis le 17 février) et qui est toujours présente. Les médias ont aussi
dit que Luis Eduardo avait été trouvé en possession d'un détonateur en août
de l'année passée. La vérité est toute autre : la famille de Luis Eduardo
et d'autres personnes ont été victimes de l'explosion d'une grenade abandonnée
par l'armée. Deiner, le fils de Luis Eduardo, a été gravament blessé et a
pratiqueent perdu ses jambes dans l'explosion.
Mais il n'est pas étonnant que l'on cherche à cacher la vérité.
Cependant, la qualité des preuves, la présence évidente de l'armée avant,
pendant et après le massacre montrent clairement la responsabilité de l'armée
colombienne dans ce nouvel attentat contre la population civile.
Nous devons faire face à une nouvelle crise humanitaire dans la région
et la mort de nos amis et de Luis Eduardo, leader de la communauté, est très
grave. Nous savons que cette stratégie de terreur et d'impunité va
continuer. Les militaires ont menacé plusieurs familles et leur ont dit que
si ils ne s'en allient pas, il leur arriverait la même chose. Mais en même
temps les témoignages des survivants qui risquent leurs vies est très
important. Et les faits sont accablants: nous avons déjà enduré 152
assassinats sans qu'il y ait aucune condamnation. La justice colombienne a réuni
des centaines de témoignages qui montrent qui sont les responsables. Mais
l'impunité continue et elle continuera parce qu'il est tout-à-fait nécessaire
de protéger les assassins.
Pour tout cela, nous appelons la société nationale et internationale
à exiger que cesse la stratégie de terreur menée contre la communauté de
paix de San José et contre la population des villages de la région. Nous
demandons que le processus de San José et celui des zones humanitaires soient
respectés. Cette fois-ci, huit morts, des civils innocents, des familles entières,
des enfants, sont tombés, victimes de la terreur. Demain, lundi 28 février
nous espérons pouvoir faire un enterrement collectif dans le cimetière de
San José. Mais les paroles de Luis Eduardo, ses idées et ses arguments,
seront toujours et plus que jamais avec nous. Il pensait que la population
civile a le droit de vivre dignement. Nous le pensons aussi et nous
continuerons à défendre ce principe au risque de notre vie.
COMMUNAUTE DE PAIX DE SAN JOSE
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Présidence de la République
Mr. Álvaro Uribe Vélez,
Cra. 8 No..7-26, Palacio de Nariño,
Bogotá, D.C.
Fax: (+57 1) 566.20.71
Tél: ( 571) 5629300, extensión 3550
Email:
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;
Vice-présidence de la République
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Consejería Presidencial de Derechos Humanos
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Ministre du Gouvernement et Justice
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Fax: 0057-1-5604330 / 0057 1
5663234
Ministère de la Défense National
Mr. Jorge Alberto Uribe
El Dorado con Carrera. 52 CAN,
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(+57 1)222.18.74
E-mail:
siden@mindefensa.gov.co
,
infprotocol@mindefensa.gov.co
,
mdn@cable.net.co
General Luis Roberto Pico Hernandez, Brigada XI Armée National
0057-4-783-3066
Procurreur général de la nation
Mr.
Edgardo José Maya Villazón
Carrera 5 No. 15-80
Bogotá,
D.C.
Fax: (+57 1)342.97.23
E-mail:
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