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L'espoir fait vivre

01/03/2005 - La Dernière Heure

Dans "La Dernière Heure" : Juan Carlos Lecompte, ou l'histoire d'un mari face à la guérilla pour la libération d'Ingrid Betancourt

Trois ans après l'enlèvement d'Ingrid Betancourt, son mari Juan Carlos Lecompte poursuit le combat. Dans "Au nom d'Ingrid", il rend visite à Ingrid Betancourt comme il le dit lui-même, et explique au monde entier la traversée du désert qu'ils vivent et le manque d'investissement du gouvernement colombien pour réunir à nouveau le couple marié depuis 9 ans.

Juan Carlos Lecompte, ce livre était-il un besoin pour vous?

«C'est pour moi une sorte de visite que j'estime avoir le droit de rendre à Ingrid. Je l'ai écrit avec beaucoup d'amour, beaucoup de passion. Je l'ai écrit en me disant que c'était pour moi le moyen, après ces trois années de détention, de lui rendre cette visite que la guérilla me refuse depuis 3 ans. Et j'espère que la guérilla à qui je veux faire passer ce message saura aussi lui faire parvenir un exemplaire de mon livre.»

Vous sentez-vous suffisamment soutenu dans ce combat par les gouvernements français et colombien?

«Je me sens tout à fait soutenu par le gouvernement français qui fait tout pour la libération d'Ingrid. Mais d'autre part, je me sens complètement abandonné par le gouvernement colombien qui n'a rien fait et, à mon sens, ne fera rien pour accélérer la libération d'Ingrid et des autres otages. Le gouvernement colombien essaye de battre les FARC mais le problème est que cette guérilla contrôle la moitié de la Colombie et que c'est un territoire difficile d'accès.»

Croyez-vous aux contacts dont on parle souvent ou avez-vous l'impression d'être mené en bateau?

«Je ne demanderais pas mieux qu'il y ait des contacts avec la guérilla aujourd'hui, mais j'ignore tout de la réalité de ces contacts. J'aimerais que le gouvernement français fasse ce qu'il a fait notamment pour les deux otages détenus en Irak.»

Estimez-vous être l'otage des gouvernements qui négocient pour la libération de votre femme?

«Je n'ai plus la même vie qu'il y a trois ans et je suis donc en ce sens aussi séquestré. Mais les responsables de toutes les séquestrations, ce sont les FARC. Les responsables de l'absence de toute négociation, ce sont à la fois le gouvernement colombien et les FARC, ce sont eux qui détiennent toutes les clés de la libération d'Ingrid.»

Vous répétez souvent vous sentir à moitié veuf, qu'entendez-vous réellement par là?

«Je ressens une profonde solitude. Cela fait presque neuf ans que nous sommes mariés, dont trois où Ingrid est absente. Je suis à la fois encore très proche d'Ingrid, mais d'un autre côté, plus le temps passe, plus elle s'éloigne de moi et c'est en ce sens que je parle d'un semi-veuvage.»

Au sein même de la famille, regrettez-vous les dissensions nées de la situation?

«Tout enlèvement crée des fractures dans une famille. Il faut prendre des décisions et tout le monde n'est pas forcément d'accord. Cela crée donc forcément des dissensions. Mais le but ultime voit la famille unie. Tout le monde est d'accord sur le sens du combat et nous faisons tous ensemble ce que nous pouvons pour qu'Ingrid soit libérée.»

Comment trouvez-vous la force pour aller toujours de l'avant lorsque les espoirs sont déçus?

«Si les négociations sont souvent bloquées, c'est uniquement la faute du gouvernement colombien. C'est lui qui empêche l'Église, la Croix-Rouge et les autres négociateurs d'aller de l'avant. Mais je sais qu'Ingrid doit être très esseulée et démoralisée dans la jungle. Ma responsabilité est donc de conserver le moral, quelle que soit la situation.»

Avez-vous déjà envisagé la libération et la vie après si votre combat devait connaître une issue heureuse?

«L'essentiel pour moi est de faire libérer Ingrid qui est dans des conditions d'hygiène et de détention très pénibles. La seule chose à laquelle je pense, c'est de la faire libérer. Ce qui arrivera après m'importe peu pour le moment. La Colombie est un pays très difficile, avec beaucoup de misère et de souffrance. Le combat d'Ingrid est de faire sortir la Colombie de cette ornière et j'espère qu'elle gardera toujours la force de mener ce combat à bien...»

Au nom d'Ingrid. Plon, 18€.

Propos recueillis par Vincent Schmidt


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