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Les Farc : Ingrid Betancourt est en bonne santé

28/02/2005 - Le Figaro, Latin Reporter, Reuters

Bogota : Pascale Mariani et Roméo Langlois : Contacté par le biais d'Internet, Raul Reyes, membre du secrétariat général des Farc, a répondu à un questionnaire du Figaro qui portait avant tout sur l'introuvable échange humanitaire entre otages détenus par les rebelles et guérilleros emprisonnés par les autorités. Ses réponses, formulées depuis «les montagnes de Colombie», sont datées du 22 février. Le chef guérillero y précise ses exigences et reconnaît l'engagement du gouvernement français, qui presse Bogota de réaliser coûte que coûte l'échange de prisonniers. Paris n'a pas démenti avoir eu des contacts directs avec les rebelles, afin d'obtenir la libération d'Ingrid Betancourt, ancienne candidate écologiste à l'élection présidentielle à Bogota.

Raul Reyes évoque la soixantaine d'otages politiques et militaires des rebelles, séquestrés dans la jungle pour certains depuis plus de sept ans : «Ingrid (Betancourt), Clara Rojas (sa directrice de campagne), les trois Américains agents de la CIA, les députés et parlementaires, Alan Jara (un ancien gouverneur), les commandants de l'armée et de la police, l'ex-ministre Araujo, entre autres personnes échangeables, sont en bonne santé. Mais au même titre que les guérilleros privés de leur liberté, ils attendent avec beaucoup d'impatience leur libération», écrit le chef guérillero. Les citoyens américains en question, employés d'une société californienne sous-traitante du Pentagone, sont tombés aux mains des rebelles lors du crash de leur avion d'espionnage en 2003.

Reyes assure que les Farc insisteront «toujours plus pour obtenir la signature de l'accord humanitaire» souhaité par les rebelles et les familles des otages. Le porte-parole blâme «la totale absence de volonté politique» du président colombien, Alvaro Uribe, partisan de la guerre totale contre les subversifs. Voilà plus de deux ans que les parties, incapables de définir un lieu de réunion, s'accusent mutuellement de jouer avec les nerfs des familles des otages.

Pour entamer les tractations, Reyes exige «le retrait de la force publique» de deux municipalités de la région de Cali (sud-ouest), «afin que les porte-parole des Farc puissent s'asseoir en toute sécurité avec les représentants du gouvernement pour parvenir à un accord». Il demande la libération de «la totalité des guérilleros et guérilleras détenus par le gouvernement, y compris Simon Trinidad, Ricardo Gonzalez et Sonia». Ces deux points ont déjà été rejetés comme «non négociables» par le président Alvaro Uribe. L'homme fort du pays andin refuse la création d'une enclave démilitarisée, ainsi que la libération des guérilleros coupables de crimes graves tels que l'assassinat ou l'enlèvement.

Les rebelles veulent troquer la liberté de leurs otages contre celle de tous leurs combattants emprisonnés (ils sont plus de cinq cents), y compris le chef guérillero Simon Trinidad. Fin décembre, l'extradition aux Etats-Unis de Trinidad, accusé par la justice américaine de trafic de drogue et de terrorisme, a consterné les familles des otages. «Uribe a extradé l'accord humanitaire», a déploré Juan Carlos Lecompte, le mari d'Ingrid Betancourt. Mais en précisant, pour la première fois, qu'elles réclament également Ricardo Gonzalez, alias «Rodrigo Granda», ainsi que la farouche commandante Sonia, les Farc durcissent leurs conditions. Nul doute que le gouvernement, tout aussi hostile à l'accord humanitaire que le puissant allié américain, ne les acceptera pas. Un aller simple vers une prison américaine attend d'ailleurs Sonia. Alvaro Uribe vient d'autoriser en un temps record son extradition. Trésorière de la branche Sud des Farc, selon les autorités, elle est accusée d'exportation de cocaïne aux Etats-Unis.

Quant à Ricardo Gonzalez, enlevé à Caracas par des policiers vénézuéliens subornés par Bogota puis remis aux autorités colombiennes, son dossier est tout aussi sensible. Il serait impliqué dans l'enlèvement, perpétré à Asuncion par un groupe de gauche radical, de la fille d'un ex-président paraguayen récemment retrouvée assassinée. Gonzalez résidait au Venezuela. Il aurait servi d'intermédiaire entre Paris et les Farc pour négocier la libération d'Ingrid Betancourt et d'autres otages. D'après le quotidien de Bogota El Tiempo, l'ambassadeur de France à Caracas l'avait personnellement rencontré en avril.

Le gouvernement colombien avait-il ou non autorisé ces contacts ? «Tout ce qui a été entrepris par notre pays est connu des autorités colombiennes», a assuré le Quai d'Orsay. Dans son message au Figaro, Raul Reyes ne s'étend pas sur l'état de ses relations avec Paris. Mais il concède qu'«indéniablement le président Jacques Chirac, son gouvernement et son peuple sont mobilisés pour la réussite de l'échange de prisonniers». Chef de la diplomatie secrète des Farc, Reyes est resté en contact avec des diplomates français depuis l'échec du processus de paix avec le gouvernement précédent (1998-2002). Aux côtés de neuf autres «pays amis», la France accompagnait alors les négociations.

D'autres intermédiaires étrangers oeuvrent de longue date à rapprocher guérilla et gouvernement. La Suisse est l'un des plus actifs. Selon Reyes, «l'échange sera possible dans la mesure où des gouvernements amis tels que la France, la Suisse, l'Espagne ainsi que d'autres pays de la région contribueront de manière décisive à sa réalisation».


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