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Huit personnes tuées à San José, un territoire pourtant interdit à tout homme armé.
Par Michel TAILLE
Les habitants du village de San José ont enterré hier leurs huit morts, massacrés, selon les témoignages, par l'armée colombienne la semaine dernière. Une nouvelle fois, la petite communauté paysanne, aux hameaux éparpillés dans le piémont andin du nord-ouest de la Colombie, a été victime d'une guerre à laquelle elle refuse de participer depuis qu'elle s'est déclarée «communauté de paix» en 1997.Trois enfants. Parmi les victimes aux corps mutilés, l'un des principaux porte-parole du mouvement, Luis Eduardo Guerra, dont l'éloquence avait fait connaître la résistance pacifique de San José jusqu'en Europe, mais aussi trois enfants dont le plus jeune n'avait pas encore deux ans.
Depuis le milieu des années 1990, les villageois sont pris en étau : dans la vallée, l'armée et les paramilitaires des forces irrégulières d'extrême droite ; dans les montagnes, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), d'extrême gauche.
Lassés des tueries, les habitants ont déclaré leur territoire «interdit» à tout homme armé, légal ou irrégulier. Mais rien n'y a fait : malgré la protection demandée par la Cour interaméricaine des droits de l'homme, «154 de nos membres ont été assassinés depuis 1997», comptabilisait hier un villageois. Certains sont tombés sous les balles des Forces armées révolutionnaires de Colombie, la plupart sous celles des paramilitaires et parfois directement de l'armée.
Ce serait le cas de Guerra et des siens : tous les témoignages accusent aujourd'hui les soldats, en opération dans le secteur. «Ils se sont vantés devant d'autres paysans de les avoir tués», raconte le villageois qui, comme ses voisins, demande l'anonymat. «Sans fondement» pour Reinaldo Castellanos, chef de l'armée de terre.
Sans nouvelles. Vendredi, la zone des crimes, où 200 villageois sont allés récupérer les corps, grouillait de soldats, parvenus sur les lieux bien avant la commission judiciaire arrivée ce week-end. Surtout, San José redoute que le bilan s'alourdisse : «Les soldats ont dit aux paysans qu'ils en avaient tué encore d'autres, continue l'habitant. Et nous sommes sans nouvelles de deux familles.»