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Clara Rojas, otage oubliée en Colombie

08/03/2005 - Libération

Trois ans. Trois ans de trop. Il est absolument intolérable que l'enlèvement et la séquestration fassent partie de l'arsenal des méthodes politiques. Il s'agit là d'un chantage ignoble. Sur ce point tout le monde (ou presque) est d'accord. En Colombie comme en Irak et ailleurs dans le monde, cette pratique est pourtant une réalité. Elle est le fait de groupes politiques qui ne reculent devant rien pour tenter d'obtenir un avantage quelconque. La mobilisation citoyenne et politique est ainsi une réponse nécessaire pour tenter de mettre fin à ce scandale.

Dans le cas d'Ingrid Betancourt, on ne peut que se réjouir de l'importante campagne qui a réussi à faire d'elle un symbole de la lutte contre cette pratique. Par sa qualité de citoyenne française et colombienne, du fait de ses relations privilégiées tant personnelles, familiales que de ses proches avec les cercles du pouvoir tant en France qu'en Colombie, sa famille et ses amis ont pu organiser un travail sans relâche pour éviter qu'elle sombre dans l'oubli. Continuellement, son nom revient à la une de l'actualité par le biais de campagnes, de livres, de marches et autres activités politico-médiatiques de solidarité pour plaider, avec raison, sa cause.

Alors que le journal Libération se trouve dans une situation similaire avec la journaliste Florence Aubenas, on ne peut que se réjouir et se féliciter également de l'ampleur de la solidarité qui se bâtit autour de son cas. Cependant la comparaison s'arrête là. Quel contraste ! Les campagnes de soutien sont révélatrices de deux mondes. Alors que tout un chacun connaît le nom et le visage du compagnon d'infortune de Florence Aubenas, Hussein Hanoun, qui connaît Clara Rojas ? Dans un cas, les murs de Paris, les journaux et les appels à la libération concernent les deux malheureux otages en Irak. Ils sont mis pratiquement sur pied d'égalité. Ceci est tout à l'honneur des Français. Dans l'autre cas, seule Ingrid Betancourt apparaît. Pourtant Clara Rojas, a été enlevée avec Ingrid Betancourt et était vice-présidente du parti de la candidate présidentielle Betancourt. Pourquoi cette différence de traitement ?

Le fait que Clara soit d'origine modeste, que sa mère ne dispose d'aucun capital économique ou culturel, n'a pas les relations et le carnet d'adresses de la famille Betancourt, a-t-il quelque chose à voir là-dedans ? Nous aimerions penser que non. Cependant, c'est bien le reflet de la manière d'agir traditionnel des élites colombiennes : les gens pauvres n'ont aucun intérêt, ils n'existent pas. Et cela se lit tous les jours dans la campagne menée par le clan Betancourt. Clara Rojas a disparu, elle n'existe pas. Est-ce donc si difficile d'adjoindre un autre nom sur une affiche ? Alors, quand la mère, le(s) mari(s) et la fille d'Ingrid Betancourt sollicitent, de manière émotive, notre solidarité avec la cause de la libération d'Ingrid, de qui se moque-t-on ?

André-Noël Roth, Colombie


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