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La probable réélection d'Uribe inquiète les familles d'otages

21/05/2006 - Reuters

Avec un ton où se mélangent la résignation et le désespoir, Héctor Cabrera est réaliste face au futur.

"Si par malheur Uribe est réélu, mon neveu est reparti pour quatre années de plus en détention", nous dit Cabrera, l'oncle du sous-officier de l'armée Pablo Moncayo, capturé au cours de la prise sanglante d'une base militaire par la guérilla des Farc il y a huit ans et demi.

"Personnellement, j'ai l'impression que sa réélection équivaudra à le condamner à quatre années supplémentaire de kidnapping," ajoute-t-il.

Son desillusion est plus que justifiée si on prend en considération que Moncayo, qui a maintenant 27 ans, a passé un tiers de sa vie privé de liberté au milieu de la forêt.

Comme Cabrera, les parents des 62 otages politiques en pouvoir des FARC sont préoccupés par l'éventuelle réélection d'Alvaro Uribe qui est porté favori pour gagner les élections du 28 mai et qui, durant ses presque quatre années au pouvoir, n'a pas obtenu d'accord pour leur libération.

Moncayo fait partie du groupe que la guérilla appelle "échangeables", dans lequel on trouve trois Américains, 12 ex députés régionaux, un ex ministre, un ex gouverneur, cinq ex congressistes, l'ex candidate présidentielle Ingrid Betancourt et plusieurs membres des Forces Armées.

La guérilla fait pression pour conclure un accord d'échange entre eux et ses combattants enfermés dans les prisons de l'état.

La situation est rendue plus complexe du fait que les FARC, dont l'armée compte quelque 17.000 combattants et fortement opposée au gouvernement d'Uribe, ont réitéré qu'il n'y aurait pas accord tant qu'Uribe serait au pouvoir.

Pour sa part, Uribe s'oppose à ce que les guérilleros éventuellement libérés par cet accord retournent à la lutte armée.

"Ceci nous remplit de préoccupation et d'énormément d'incertitude parce que nous ne savons pas, s'il est réélu, quelle va être l'attitude qu'il va adopter," nous dit Fabiola Perdomo, épouse d'un des députés kidnappés en avril 2002.

"Ce dont nous avons besoin, c'est qu'ils considèrent qu'il s'agit d'êtres humains qui sont détenus, et non pas de politiciens, de militaires ou de policiers. Ce sont des êtres humains qui sont en train de pourir dans les forêts de ce pays," ajoute-t-elle.

DUEL et INCERTITUDE

La Colombie est considérée comme le pays où se commettent le plus de kidnappings au monde, au point que la nation a voté une loi qui accorde aux victimes des avantages fiscaux, la suspension des obligations financières et le paiement des salaires des otages à leurs familles pendant la durée de leur détention.

On estime qu'outre les politiques et les militaires que les FARC veulent échanger, des milliers de civils sont kidnappés pour des fins économiques, certains pendant des années.

"Pour les gens c'est absurde de constater que quatre années se sont passées et qu'on n'a obtenu aucun rapprochement avec la guérilla," nous dit Yolanda Pulecio, mère d'Ingrid Betancourt, dont elle n'a plus de nouvelles depuis trois ans et dont le kidnapping a réveillé une grande sensibilité en France et dans d'autres pays européens.

Le pays sud-américain souffre d'un conflit armé interne qui dure depuis plus de quatre décennies et qui oppose les forces de sécurité de l'État, les guérillas de gauche et les paramilitaires d'extrême droite. Ce conflit fait chaque année des milliers de morts, la majorité civils.

"Ceci est un duel continuel dans lequel ni le gouvernement, ni la guérilla ni personne ne veut entendre raison," proclame Marleny Orjuela, directrice de l'Association des Parents de Kidnappés, Asfamipaz.

La majorité des parents d'otages admet qu'avec n'importe quel des candidats présidentiels mis à part Uribe, mais spécialement avec le candidat de gauche Carlos Gaviria ou avec le libéral Horacio Serpa, il serait plus facile de concrétiser un accord avec la guérilla.

"Je crois que ce serait plus rapide et surtout que nous pourrions obtenir la liberté des kidnappés par l'intermédiare des candidats qui ont un discours différent du discours militariste et guerrier d'Uribe," déclare Perdomo.

Le drame des kidnappés de Colombie a été étendu aux Etats-Unis, du au fait que trois contractants du Département de la Défense sont en pouvoir du FARC depuis février 2003, quand les rebelles ont démoli l'avion dans lequel ils voyageaient dans une zone forestière du sud du pays.

Marc Gonsalves, Thomas Howes et Heith Stansell sont maintenant en pouvoir des rebelles depuis plus de trois ans et leurs familles se plaignent de ce que le gouvernement des Etats-Unis a fait très peu pour obtenir leur liberté, puis les a oubliés.

"Le gouvernement ne m'a aidée en rien. De temps en temps ils ont communiqués avec moi. Je ne sais rien, personne ne me dit rien, je ne sais pas s'il est  mort ou vivant, personne ne sait rien. A certains moments je pense qu'on les a complètement oubliés. Je n'ai reçu aucune information, rien, rien. C'est assez frustrant, " nous dit Mariana Howes, l'épouse de Thomas, dont elle a deux fils agés de 9 et 18 ans.


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