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«Souvent, on écoute davantage son voisin que son propre frère. C'est pourquoi, la pression de nos amis d'Europe est capitale si l'on veut que l'Etat colombien nous protège.» D'une image, la voix douce de Rosa résume l'attente des Afro-descendants de Colombie.
Soumises à la pression des agro-industriels –qui lorgnent sur leurs terres– et des paramilitaires, leurs communautés fondent de gros espoirs sur la petite délégation qui parcourt le continent depuis un mois. Rosa, Elena et Naka Mandinga participeront ce soir à Genève à une rencontre politique et culturelle, réalisée avec la participation d'artistes lausannois.
Un moment privilégié, affirment en choeur les trois représentants du Processus des communautés noires (PCN), qui tout au long de leur périple ont pu constater l'anonymat de leur lutte. Pourtant, à l'instar des groupes indigènes, les communautés afro-colombiennes sises sur la côte pacifique sont victimes d'un travail de sape visant à les déposséder de leurs terres ancestrales garanties par la Constitution de 1991.
Depuis, le même scénario se répète inlassablement. Face aux menaces des paramilitaires, les habitants d'une zone convoitée s'enfuient vers la ville la plus proche. Lorsqu'ils tentent de revenir, ils trouvent leurs terres transformées en monoculture de palme africaine, gardées par des hommes armés. «Ce que les multinationales ne peuvent obtenir légalement, elles le prennent par la force», résume Naka Mandinga, l'un des fondateurs du PCN, plusieurs fois menacé de mort.
Ainsi le juteux marché de l'huile de palme –encouragé par Bogotá pour en faire du biocarburant– grignote petit à petit une côte pacifique jusque là préservée des investisseurs. Descendants d'esclaves en fuite, ses habitants avaient su faire de ces territoires peu accessibles le berceau d'une culture originale et communautaire. «Notre mode de vie perturbe le développement tel que défini par le modèle néolibéral, analyse M.Mandinga. Alors, on tente de nous éliminer en nous prenant nos terres.» Elena acquiesce: «En ville, les gens sont déracinés, leur comportement change. Chez nous, si tu as soif, on te donne à boire, si tu as faim, on te donne à manger. Là-bas, il n'y a plus cette solidarité.»
Depuis leur arrivée en Suisse, les trois Colombiens ont été reçus par des fonctionnaires du Département fédéral des affaires étrangères. Ils demandent que la Suisse mette sur pied une mission d'observation afin de protéger leurs communautés des groupes armés. Sans succès pour l'heure. Mais les délégués ne jettent pas l'éponge; ils espèrent que leurs amis suisses sauront trouver le coeur des autorités.