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Affaire FARC: la Suisse durement critiquée

06/05/2006 - TSR, Le Temps

Bogota a placé ces dernières semaines la Confédération dans son collimateur. Le journal suisse "Le Temps" publie une nterview du bouillonnant vice-président Francisco Santos.

Cette boîte de conserve-là, toute tordue sous la mention «une victime de la violence en Colombie», le vice-président colombien, Francisco Santos, ne l'a toujours pas avalée. L'ambassade de Suisse à Bogota a bien tenté de lui expliquer le sens de cette image, parue dans le cadre d'une campagne de récolte de fonds de Pain pour le prochain et d'Action de Carême. Elle a bien obtenu la publication d'un communiqué commun le 24 avril. Il continue à y voir une insulte au gouvernement qu'il représente. Et en profite pour s'étonner de l'attitude de Berne à l'égard de la guérilla des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie).

Le Temps: Qu'est-ce qui vous a dérangé exactement dans cette campagne d'affichage?

Francisco Santos:Qu'elle puisse présenter une victime colombienne comme une boîte de conserve sale et écrasée. Alors que le gouvernement actuel, s'il a fait quelque chose, cela a été de s'occuper des victimes. Je vous donne trois exemples. Nous avons reconstruit plus de 6000 habitations détruites par la guérilla des FARC dans des actes terroristes. Nous avons payé en subsides humanitaires rapport aux assassinats plus de120millions de dollars ces trois dernières années. Enfin, le budget pour les déplacés en 2005 et 2006 a été plus élevé que celui des douze années antérieures. Par conséquent, cette campagne tombe mal. Elle a un contenu politique erroné et injurieux. Nous envisageons d'ailleurs la possibilité d'engager des actions légales contre ces deux organisations. Nous ne voulons pas entrer en guerre contre les ONG, qui nous aident beaucoup. Mais il y a des fois où l'on est à bout de patience. Quand on voit que certaines d'entre elles abusent de la misère de la Colombie pour récolter des fonds qui restent là-bas.

- Que voulez-vous dire?

- On sait bien que les coûts de fonctionnement de ces organisations sont extrêmement élevés. Il faut payer toute une bureaucratie en francs suisses. C'est impressionnant.

- Vous vous êtes emporté récemment contre les autorités suisses. Que leur reprochez-vous?

- La politique de la Suisse me paraît totalement incohérente. D'un côté, elle lutte contre les mines antipersonnel. Et de l'autre, elle traite avec bienveillance une des organisations qui en dissémine le plus au monde. Je ne comprends pas comment elle peut tolérer sur son sol la présence de cette guérilla. Il faut être cohérent. Comme on dit en Colombie, on ne peut pas brûler des cierges pour dieu et pour le diable.

- Que savez-vous de la présence des FARC en Suisse?

- Nous ignorons combien ils sont mais nous savons que des membres de l'appareil international des FARC y sont établis et que d'autres y passent fréquemment. La neutralité suisse, ces organisations en abusent. Et maintenant que les FARC ont été qualifiées de terroristes par l'Union européenne, c'est le seul moyen dont elles disposent pour mener une partie de leur diplomatie. Je ne veux pas qu'on conclue de mes propos que la Colombie cherche la confrontation avec la Suisse. Nous avons une bonne relation avec elle. Mais je ne suis pas un diplomate. Je suis un politicien. Et il s'avère que je suis direct et honnête, et que je dis les choses comme je les pense. Il se passe ici des horreurs par la faute de ces messieurs, alors même que la Colombie est la démocratie la plus sérieuse et la plus ancienne d'Amérique latine. De la cohérence. C'est ce que nous demandons à la Suisse. Cette guérilla perpètre des attentats à la bombe, des enlèvements, des assassinats sélectifs, des meurtres de conseillers municipaux. Dans ce contexte, oui, je suis surpris de constater que la page web des FARC est logée en Suisse. Le combat que nous livrons en Colombie est très dur. Je ne connais pas une guérilla qui possède autant d'argent que celle-ci. Nous sommes en droit d'espérer de la solidarité de la part de la communauté internationale.

- Qu'attendez-vous de la Suisse en particulier?

- Qu'elle ne permette plus à ces gens-là d'entrer et de résider sur son sol, et qu'elle renonce à abriter leur site internet. Est-ce que la Suisse accepterait d'accueillir un représentant de Ben Laden ou le site web d'Al-Qaida? Je suis sûr que non.

- Comment expliquez-vous cette différence de traitement?

- Je ne la comprends pas. Franchement, je ne la comprends pas. Sauf qu'il y a des secteurs de la population suisse qui doivent avoir une piètre opinion de notre régime politique. Qui nous prennent pour des Idi Amin Dada, alors que nous vivons en démocratie depuis 180 ans avec deux brèves interruptions, une de cinq et l'autre de quatre ans, le siècle passé. Certains le pensent par ignorance, d'autre par déformation idéologique. Parce qu'ils sont toujours mus par une condescendance néocoloniale ou qu'ils restent fascinés par certains credo des années 60.

- Comment jugez-vous la médiation que la Suisse tente entre votre gouvernement et les FARC pour obtenir la libération d'otages politiques?

- La Suisse fait là du bon travail. Et le président l'a saluée avec raison. Mais voyez-vous, il y a quelque chose qui me dérange tout de même dans ce genre de médiation. C'est qu'elles mettent sur le même plan les deux parties. Les mouvements subversifs le souhaitent évidemment. Mais il n'y a pas de comparaison possible en Colombie parce que de l'autre côté il y a un pouvoir élu par des millions de gens.

Etienne Dubuis, envoyé spécialà Bogota

Contacté par l'ATS, le porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) Jean-Philippe Jeannerat souligne que Berne considère les FARC comme une "partie à un conflit interne".

Il rappelle que la Suisse ne connaît pas de système d'interdiction d'organisations comme dans l'UE. La seule exception est Al-Qaïda, bannie par le Conseil fédéral sur la base d'une décision du conseil de sécurité de l'ONU.

M. Jeannerat n'est pas au courant de la présence éventuelle en Suisse de membres des FARC. En Suisse, leurs seuls liens avec la guérilla ne suffiraient de toute manière pas pour engager des poursuites.

Quant au site de la guérilla des FARC, M. Jeannerat relève qu'il est hébergé par un fournisseur d'accès privé. Et à sa connaissance, aucune autorité de poursuite pénale en Suisse n'a jusqu'ici jugé le contenu de cette page web répréhensible.

La Suisse joue avec la France et l'Espagne un rôle de "facilitation" dans le conflit entre Bogota et la principale guérilla de Colombie. Ces trois pays tentent de parvenir à des dicussions directes entre les deux parties en vue d'aboutir à un accord humanitaire pour la libération des nombreux otages et prisonniers détenus de part et d'autre.


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