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La liste de ces crimes est reprise dans les registres de la Banque de Données des Droits Humains et de la Violence Politique du CINEP (Centre de Recherche et d'Éducation Populaire), qui les a compilés dans une étude volumineuse qui vient d'être présentée dans la capitale colombienne.
Le directeur de l'ONG, le prêtre Gabriel Giraldo, a déclaré que le document avait été élaboré à partir d'une étude des registres propres de l'institution, qui a créé en 1988 une base de données pour établir un compte rendu des crimes en rapport avec le conflit armé interne.
« Ce ne sont pas tous (les cas), mais nous avons identifié 14.476 crimes contre l'Humanité, perpétrés uniquement par les paramilitaires d'extrème droite », a souligné le père Giraldo, qui a observé que l'étude a été circonscrite aux trois types d'infraction mentionnés pour se focaliser uniquement sur les cas « clairement les plus graves ».
L'étude rassemble 11.161 cas de de personnes exécutées, 1.869 de personnes disparues et 164 de personnes torturées.
Le reste des cas correspond à des situations où les victimes ont été torturées, puis exécutées et "disparues", ou torturées et exécutées, ou soumises à une autre combinaison de ces crimes.
« La grande majorité de ces crimes jouissent de la totale impunité, et ont des victimes bien identifiées - avec un nom et un visage ; ce ne sont pas des crimes abstraits, ce ne sont pas des chiffres», a expliqué le jésuite, pour indiquer que le rapport reprenait pour tous ces cas « les dates, les circonstances, les lieux où ils ont été perpétrés, ainsi que les noms des victimes ».
Giraldo a observé qu'une lecture de ces histoires montre que « il ne s'agit absolument pas de crimes isolés »
Ce sont, a-t-il indiqué « des pratiques systématiques qui ont duré de nombreuses d'années, qui sont d'une extrême cruauté, et qui ont été dirigées vers les mouvements sociaux, depuis les assemblées d'action communale, jusqu'aux partis politiques de gauche ».
« Dette envers l'Humanité - le Paramilitarisme d'État de 1988 à 2003 », comme s'intitule ce document de presque cinq cents pages, contient aussi une série d'analyses sur l'évolution du phénomène d'extrême droite armée jusqu'à son organisation dans ce qu'on appelle maintenant les "Auto-défenses Unies de Colombie" (AUC).
« La responsabilité des Etats-Unis dans la conception de la stratégie paramilitaire de l'État colombien est tout sauf petite », signale le CINEP, qui a documenté l'implication de Washington depuis 1962, époque à laquelle les groupes de guérilla n'existaient pas encore dans le pays.
Selon l'ONG, un document élaboré par la direction de Recherches de l'École de Guerre Spéciale de Fort Bragg (USA), après une visite en Colombie, a recommandé alors à la force publique de Colombie « de promouvoir des sabotages et/ou des activités terroristes paramilitaires contre des partisans connus du comunisme ».
Selon des témoignages et d'autres documents mentionnés par le CINEP, la participation s'est augmentée avec les années, et a inclus la collaboration avec des narco-trafiquants rivaux pour arriver à la situation actuelle de « contractants militaires privés », avec un « mercenariat déguisé », qui selon la même source est « le paramilitarisme international le plus accompli».
Le père Giraldo a souligné que le rapport était une contribution au débat national et international sur l'impunité paramilitaire, débat qui s'est ouvert avec les avancées du processus de dialogue du Gouvernement Alvaro Uribe avec les AUC. Ce dialogue inclut la gestion parlementaire d'une réglementation juridique pour les paramilitaires démobilisés.
« Ce que nous avons voulu faire, c'est développer un instrument de connaissance, d'une partie au moins des crimes contre l'Humanité commis par les paramilitaires », a souligné le directeur du CINEP.