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La coca indéracinable en Colombie

13/05/2005 - Libération, l'Economiste

L’impact géopolitique du trafic de drogues a été amplifié grâce à la multiplication des conflits locaux, effet pervers de l’effondrement de l’URSS. Si les organisations terroristes ont davantage recours à des financements d’origine légale (charité, argent du pétrole…), les guérillas se financent désormais des profits des drogues. Cependant, les grands pays ayant proclamé la guerre contre la drogue comme priorité, sacrifient cette guerre au profit de leurs intérêts géostratégiques.

Les grandes puissances, les Etats-Unis en premier lieu, se sont posées comme leaders de la lutte contre la drogue. Cependant, elles ont d’autres visées géostratégiques dans ces affaires.

Les Etats-Unis ont perdu leur base au Panama; le président du Venezuela refuse de collaborer avec les Américains. La Colombie est devenue pour les Américains, une zone stratégique dans la région.

Mais la politique antidrogue des Etats-Unis a des ratés en Colombie. Les dernières estimations du gouvernement américain parlent d'une stagnation, l'an dernier, des superficies de coca ­ plante base de la cocaïne ­ malgré une campagne de fumigation sans précédent dans le pays andin, premier producteur mondial de cocaïne. Selon les calculs officiels, les avions de la police colombienne ont couvert d'herbicide, en 2004, presque 140 000 hectares de coca, dans le cadre du «plan Colombie», en grande partie financé par Washington. Tous les jours, le même spectacle s'est répété : appuyés par des hélicoptères de combat, les pilotes ont lâché leurs nuages d'herbicide, pour ne laisser derrière eux que des parcelles noircies.

Pourtant, la campagne, après des années de fumigation, n'a permis que de limiter les dégâts : selon les observations de la CIA, il y avait, fin 2004, 114 000 hectares de coca, soit... autant que douze mois plus tôt. Les paysans auraient replanté aussi vite que les avions aspergeaient leurs champs. Les analystes attribuent le résultat à de nouvelles espèces longtemps ignorées. Certaines poussent à l'abri des arbres et des survols aériens, d'autres plus robustes résisteraient au passage de l'herbicide. Enfin, l'ONU a détecté une multiplication «des petites parcelles», moins facilement repérables.

Baisse de productivité. Le gouvernement colombien n'a pas réagi pour l'instant, préférant attendre l'estimation annuelle des Nations unies ­ jusqu'ici plus clémente que celle de la CIA. Le président colombien, le conservateur Alvaro Uribe, a simplement retenu la baisse de la productivité détectée par les Etats-Unis. Malgré la stabilité des étendues de cultures de coca, la Colombie aurait en effet produit 7 % de cocaïne en moins que l'an dernier.

Mais cette victoire, marginale, n'arrive pas à masquer les limites du plan Colombie, lancé en 2000 grâce à une aide annuelle de Washington de près de 600 millions de dollars. L'offensive antidrogue ­ liée à la lutte contre les guérillas ­ semble se heurter, après deux ans de résultats positifs, au jeu de cache-cache des narcotrafiquants.

«La fumigation n'est pas la solution», réagissait mardi Eduardo Zuñiga, gouverneur du département du Nariño et partisan d'une éradication concertée avec les paysans. Dans sa région, explique-t-il, la superficie plantée en coca a explosé depuis le début du plan Colombie, conséquence des fumigations intensives... dans les zones voisines.

Nouvelle base antidrogue. L'argument n'émeut pas les autorités colombiennes : elles comptent demander à Washington une rallonge de 130 millions de dollars pour créer une nouvelle base antidrogue. Elles risquent de trouver des oreilles de moins en moins attentives : «Tant qu'il existera un marché, reconnaît un membre du Congrès américain cité par le quotidien El Tiempo, les narcos trouveront le moyen de planter même si nous dépensons des fortunes.»


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