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Neuf guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) et de l'Armée de libération nationale (ELN) ont été tués, samedi, lors de combats avec l'armée dans le nord-ouest de la Colombie, a-t-on indiqué de source militaire. Les affrontements ont eu lieu dans une zone rurale du département d'Antioquia, a indiqué le colonel William Perez. Les Farc et l'ELN sont les deux principaux groupes guérilleros de Colombie, avec respectivement dix-sept mille et quatre mille hommes.
Massés dans le dépôt à grains du hameau de Belen, une trentaine d'Indiens nasas attendent en silence la tombée de la nuit. Et, «si Dieu le veut», une accalmie des combats. Voila cinq heures que les obus des guérilleros sifflent autour des drapeaux blancs hissés sur leur abri. Depuis un versant proche, les rebelles des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) propulsent leurs pipetas, ces redoutables bonbonnes de gaz bourrées d'explosifs, vers une escouade de soldats retranchée derrière des maisons en torchis.
Depuis la meurtrière attaque, à la mi-avril, du poste de police de Toribio, le chef lieu municipal, les affrontements entre les Farc et l'armée régulière embrasent ces montagnes du Cauca, dans le Sud colombien.
«Une pipeta toutes les demi-heures, le temps qu'ils rechargent. La dernière s'est écrasée à cent mètres. La prochaine ne devrait pas tarder», avertit un jeune Nasa de Belen. De temps à autre, des guérilleros s'approchent, mitraillent les positions de l'armée, retournent se fondre dans l'épaisse végétation. «Nous avons pu rassembler la plupart des habitants, mais certains refusent d'abandonner leurs maisons, de peur qu'elles ne soient pillées par les soldats», explique Angelino, «garde indigène» de Belen. Dans tout le nord du Cauca, ils sont sept mille comme lui, armés de symboliques bâtons et connectés par talkie-walkie, à veiller sur le peuple nasa. Par des mobilisations éclairs, la garde indigène a déjà obtenu la libération d'otages des Farc ou la relaxe d'Indiens injustement arrêtés par les autorités.
Nouvelle déflagration. Une mère crie aux enfants de se mettre à l'abri. Encore combien de pipetas avant la trêve nocturne ? Les Nasas interrogent du regard la fumée blanche qui s'échappe du champ de café d'où est parti le tir. Là, à un kilomètre environ, une famille au complet observe une bande de guérilleros décontractés s'affairer dans son jardin autour d'un long tube d'acier. «La présence des civils est un problème, admet l'un d'eux. D'ailleurs, on arrête de bombarder de ce côté pour aujourd'hui», ajoute-t-il en désignant Belen.
De mémoire nasa, jamais une telle frénésie guerrière n'avait eu cours ici-bas. Certes, les Farc arpentent la cordillère depuis quatre décennies. Enrôlent de jeunes Indiens. Punissent de mort l'«intelligence avec l'ennemi.» Entendue au sens large : en mars à Toribio, une fille de 17 ans, amoureuse d'un policier, a été exécutée. Entre leurs exactions et celles de l'armée, responsable de bon nombre d'assassinats et de disparitions d'Indiens, les Nasas proclament leur neutralité. Ils refusent en bloc le projet guérillero et la politique militariste et néolibérale du président Alvaro Uribe.
L'attaque de Toribio était programmée. La police, boutée hors du village par les rebelles en 2002, venait de s'y réinstaller. Barricadées dans un bunker flambant neuf et des abris de sacs de sable dressés aux quatre coins de la grand-place, une centaine de jeunes recrues étaient régulièrement prises pour cible par les francs-tireurs des Farc. Mécontents d'être ainsi «convertis en boucliers humains», les Nasas n'avaient cessé de réclamer le retrait de ces barricades. En vain.
Tout à coup à l'aube, ce sont des centaines de guérilleros qui fondent sur Toribio. «Avec des haut-parleurs, ils ont annoncé une pluie de plomb et donné aux habitants vingt minutes pour partir», raconte un villageois. L'assaut qui suit est d'une violence inouïe. Deux policiers et un enfant de 9 ans sont tués, une trentaine de civils blessés, une vingtaine de maisons éventrées par les imprécises pipetas. En quelques heures, Toribio devient un village fantôme. Un dur revers, pour le président de droite Alvaro Uribe, dont la politique sécuritaire commence à montrer ses limites. Depuis janvier, la guérilla, que l'on disait affaiblie, multiplie les coups de force.
«Les Farc auraient pu en rester là. Mais la visite d'Uribe a été fatale. Le lendemain de l'attaque, il est arrivé en hélicoptère à Toribio pour les défier ouvertement. Maintenant, c'est nous qui en payons le prix», soupire Feliciano Valencia, l'un des coordinateurs de la puissante Association des autorités indiennes du nord du Cauca (Acin). Au moins quatre mille Indiens ont déjà été déplacés par les combats. Ils refusent de s'éloigner de leurs terres et se regroupent dans des centres communautaires protégés par la garde indigène. «Nous avons besoin de nourriture et de médicaments pour les enfants, de matelas pour les anciens, proteste German Vitonas, responsable d'un hangar où s'entassent quatre cents réfugiés. Mais tout ce que le gouvernement nous envoie, c'est encore plus de soldats.» Les guérilleros auraient également reçu des renforts pour une bataille devenue régionale qui, à ce jour, a fait au moins vingt-cinq morts dans les deux camps.
«Ah! Uribe est venu nous traiter de lâches. Partout où la force publique est présente, nous continuerons de frapper», menace sur une piste du Cauca «Caliche», commandant de la colonne mobile Jacobo Arenas des Farc. Il en profite pour lancer un appel à la désertion aux soldats, «des pauvres, comme nous, qui viennent se faire tuer sur ordre de l'oligarchie qui a vendu aux Gringos (Américains) toutes les richesses du pays». Au pied de la Cordillère, l'armée distribue l'avis de recherche de ce petit homme barbu entré dans les Farc voilà une vingtaine d'années. Mais ici, les mitrailleuses antiaériennes des rebelles dissuadent les Black Hawks de voler à trop basse altitude. La reprise du territoire ne sera pas aisée, et les Nasas s'organisent en vue d'une guerre longue.
Pour Ezequiel Vitonas, dirigeant de l'Acin, une seule solution : «Le départ de tous les hommes en armes, soldats, policiers ou guérilleros. Mais comme dans l'état actuel des choses, cela est peu probable, nous allons tout faire pour obliger les parties à trouver une solution négociée.»
Toribio : Pascale Mariani et Roméo Langlois