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Désespoir des familles d'otages en Colombie

15/05/2005 - StopInfo.com

Vendredi, 6 000 photos des enfants d'Ingrid Betancourt devaient être dispersées dans la jungle colombienne. Une initiative du mari de la sénatrice détenue depuis trois ans par les forces armées révolutionnaires (FARC). L'acte est symbolique d'une passivité du gouvernement Uribe à amorcer des négociations pour libérer les 1 600 otages retenus prisonniers par les guérilleros marxistes.

Depuis Guaymaral, au nord de Bogota, vendredi, Juan Carlos Lecompte, le mari d'Ingrid Betancourt a survolé la cordillère des Andes où il pense que sa femme est séquestrée. Dans son dernier livre, il lui a fait la promesse de lui donner des nouvelles de ses enfants. "Je souhaite que l'une de ses photos tombe entre les mains d'Ingrid qui n'a pas vu ses enfants depuis trois ans". Il affirme, par ailleurs, avoir informé de son geste les FARC, mais pas le gouvernement.

Le kidnapping en 2002 de la sénatrice et ancienne candidate à la présidentielle a sensibilisé plusieurs milliers d'étrangers sur la dure réalité de la guérilla en Colombie. Un conflit vieux de plus de trente ans. Si depuis plusieurs mois les FARC et le gouvernement ont émis la proposition d'un échange humanitaire, les deux camps ne parviennent pas à s'entendre ni sur le nombre de prisonniers et d'otages à inclure dans cet échange, ni sur ces modalités. La politique guerrière et les sabotages du gouvernement d'Alvaro Uribe n'ont cessé d'enliser un peu plus la situation et de rompre toute possibilité de négociation.

Négociations gelées

Dès décembre, les FARC réitérent leur proposition d'ouvrir des conversations directes avec le président Alvaro Uribe pour un échange de prisonniers sur le territoire des municipalités de Florida et de Pradera dans la Valle del Cauca. L'échange humanitaire concerne 63 otages des forces armées, dont Ingrid Betancourt, contre 500 guérilleros actuellement emprisonnés. En février, les FARC durcissent leurs exigences et réclament le retour de trois de leurs chefs capturés récemment dont Simon Trinidad extradé vers les Etats-unis.

Première impasse: le préalable de la démilitarisation des territoires a toujours été refusé par Uribe. Une expérience similaire déjà orchestrée, au nom de la paix, par le président Andres Pastrana (1998 à 2002) a laissé un souvenir amer. La zone démilitarisée avait contribué sur 40 000 km2 au réarmement spectaculaire des FARC. D'autre part, la libération de Simon Trinidad impliquerait de facto les Etats-Unis dans une politique de négociation avec ceux qu'ils considèrent comme des "terroristes". L'éventualité de cet échange semble plus éloigné que jamais, d'autant plus que les récentes déclarations du délégué pour la paix, Luis Carlos Restrepo affirment que le gouvernement colombien ne permettrait plus l'aide de pays amis car cela servirait de "show" pour les FARC.

Considérés comme des "narcotrafficants" puis listés comme "terroristes" par les Etats-Unis et l'Union européenne, après le 11 septembre, les forces armées ont de plus en plus de mal à légitimer leur caractère révolutionnaire. Selon Maurice Lemoine, rédacteur en chef du Monde diplômatique et fin connaisseur du conflit colombien, cette dernière appellation a fermé définitivement les portes à toute communication. "Autrefois, les FARC avaient des émissaires ici et là, à Paris, à Genève, à Bruxelles, à Madrid, qui pouvaient exposer leur position et établir des canaux de communication avec les diplomaties et les gouvernements. Tout cela est terminé (…) Ils sont devenus interdits de séjour, car terroristes". A partir de là, la seule solution pour la Colombie, c'est-à-dire la négociation et une aide internationale est devenue impossible.

"Mensonge d'Uribe"

Malgré les tentatives françaises de mener des actions pour libérer Ingrid Betancourt et la pression des familles d'otages, Uribe reste intransigeant. Dans une interview réalisée le 7 mai dans la jungle colombienne, par le journaliste Dirk Emanuelson avec le numéro deux des FARC, Raul Reyes, le chef guérillero dit en substance qu'il ne croit pas en la possibilité d'un échange. Il rappelle qu'un tel accord avait eu lieu sous le gouvernement Pastrana, et que même entre des "ennemis à morts", Israéliens et Palestiniens, cela s'est produit, mais que Uribe se refuse catégoriquement à échanger les prisonniers des FARC contre des guérilleros.

Par ailleurs, Raul Reyes revient sur l'épisode brésilien de juillet 2003 et affirme que l'avion médical pour sauver Ingrid Betancourt était une intervention d'Uribe pour créer une situation conflictuelle entre le Brésil et la France, les deux seuls pays de l'Union européenne à ne pas avoir inscrit les FARC sur la liste des "terroristes". Il précise, d'autre part, qu"il n'y a eu aucun contact entre les FARC et Yolanda Pulecio, la mère d'Ingrid. Ceci était un "mensonge d'Uribe".

Les familles des victimes sont désespérées par cette indifférence et effrayées par la politique militariste de leur président qui souhaite une opération militaire dans la région. Elles adressent un message unanime: "Une pression de la part des pays d'Europe sur notre gouvernement et sur la guérilla est maintenant notre seul espoir!"


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