"Les prisonniers sont désespérés


Dans une entrevue exclusive avec Raul Reyes, le chef guérillero minimise les possibilités d’un échange humanitaire sous le gouvernement Uribe.

Il prévient également que la commission facilitatrice de l’Église catholique ne peut agir pour le compte d’Uribe.

Le problème des prisonniers de guerre et des otages civils ne pourra se résoudre que dans un face-à-face.

Uribe, cependant, a essayé de créer un conflit entre les gouvernements français et brésilien en organisant un montage dans le cas d’Ingrid Betancourt.

Par Dick Emanuelsson

20 avril 2005 - AU CŒUR DU PLAN PATRIOTIQUE

Avec le président Uribe Velez, il n’y a pas de possibilité d’un échange ou d’un accord humanitaire sur le thème des prisonniers de guerre et des otages civils. Cependant, le moral des otages de la guérilla est très bas :  « ils sont extrêmement désespérés ». C’est ce qu’a affirmé Raul Reyes, membre du Secrétariat de l’État-major,  dans une entrevue réalisée dans un campement guérillero du sud de la Colombie, épicentre du Plan patriotique, une opération militaire dans laquelle sont engagés plus de 20 000 soldats d’élite commandés par des centaines de conseillers militaires nord-américains.

Un des buts de ce plan, qui jusqu’à maintenant a seulement réussi à engloutir d’immenses ressources économiques et à occasionner beaucoup de pertes militaires est de capturer un ou plusieurs de ces membres du Secrétariat. L’autre tâche est de récupérer, à tout prix, les officiers qui ont été capturés au combat par la guérilla. De même pour les civils qui sont détenus pour faire pression sur le gouvernement en vue d’un échange contre les prisonniers guérilleros qu’il détient dans ses prisons.

Ce reporter a demandé au chef guérillero de pouvoir s’entretenir avec un des prisonniers détenus par la guérilla. Mais la réponse fut catégorique et négative. La raison donnée fut que cela prendrait trop de temps pour arriver jusque là.

C’est une illustration des précautions que prennent les FARC afin que l’armée et l’aviation ne puissent les localiser.

BIENVENUE EN ENFER

En janvier 1998, je pus arriver jusqu’à un campement guérillero dans le département du Putumayo au sud de la Colombie. Quelques semaines auparavant, les FARC avaient pris et détruit une base de communication de l’armée dans le sud de la Colombie. La base sur la colline de Patascoy était située à 4200m d’altitude et considérée comme imprenable par la guérilla.

« Mais ce ne fut pas si difficile » avait dit Pedro, un paysan qui était en première ligne des guérilleros la nuit où ils prirent et brûlèrent la base. La base était très stratégique parce que toutes les communications de l’armée pour le sud de la Colombie passaient par elle et sa prise créa d’énormes problèmes de communication.

Être affecté à la base était une punition et beaucoup des soldats y furent envoyés par sanction. La température moyenne était de -15C. Les soldats avaient mis une affiche à l’entrée qui disait : « Bienvenue en enfer ». Pour beaucoup de soldats faits prisonniers là par la guérilla se fut, en fait, une libération, m’avait raconté le guérillero Pedro.

LES PREMIERS PRISONNIERS

Au cours de diverses actions de la guérilla des dizaines de soldats et officiers furent capturés. C’est comme ça que commença le cauchemar pour certains soldats, capturés comme prisonniers d’une guerre qui n’est toujours pas terminée.

Encore maintenant, on trouve différents officiers de Patascoy parmi les prisonniers du fait de l’absence d’intérêt du président Andrés Pastrana (1998-2002) et de l’actuel président Uribe d’arriver à un accord avec les insurgés.

LA PRISE DE LA BASE « LES DÉLICES »

Déjà en 1996, les FARC avaient fait des prisonniers de guerre lors du coup de la base militaire « Les délices ». Presque 30 militaires avaient été abattus au cours d’un combat intense et 67 avaient été faits prisonniers. L’année suivante, dans un geste unilatéral, ils avaient été remis aux représentant du Président Ernesto Samper après que celui-ci ait démilitarisé la municipalité de Chairá, dans le département de Caquetá, malgré l’opposition ouverte du commandement militaire.

Pourquoi capturer des militaires et ne rien exiger rien en retour? Dans les prisons colombiennes des centaines de guérilleros croupissent, eux aussi prisonniers de guerre.

ISRAEL-PALESTINE

Ces échanges de prisonniers sont assez communs entre des « ennemis mortels » comme peuvent l’être Israéliens et Palestiniens. Pourquoi un tel échange de prisonniers est-il impossible entre colombiens?, se demande un observateur?

Entre le gouvernement d’Andrés Pastrana et les FARC un accord humanitaire était intervenu en 2001 débouchant sur la libération de 54 soldats et 14 guérilleros supposément malades. C’était un « arrangement » pour ne pas « démoraliser les troupes ». Quelques mois après, les FARC dans un geste unilatéral avaient libérés plus de 300 simples soldats sans contrepartie pour stimuler le processus de paix d’alors. Mais depuis lors aucun accord n’a pu intervenir pour libérer les centaines d’êtres humains.

URIBE NE DONNE RIEN

Le président Uribe refuse catégoriquement de libérer des guérilleros qui ne s’engageraient pas à ne pas retourner dans les rangs de la guérilla. Et les FARC disent « Dans quel but perdrions nous du temps dans des négociations sans but, pour que nous livrions unilatéralement des prisonniers de la guérilla à l’État sans rien obtenir en retour. » Mais les familles n’arrêtent pas d’exiger un accord humanitaire qui permettrait un échange entre ceux qui souffrent dans les prisons et ceux qui résistent au dur climat de la jungle.

Nous avons demandé au commandant guérillero Raúl Reyes :

Combien sont les otages et dans quel état se trouvent-ils actuellement ?

« Je ne sais pas exactement combien ils sont, mais cela fait beaucoup d’années  qu’il sont dans la jungle, entre les membres de l’armée et la police de Patascoy et d’autres endroits du pays. Durant le gouvernement de Pastrana, la commandant en chef des FARC, Manuel Marulanda, insista beaucoup sur un accord humanitaire qui aboutirait à la libération de la totalité de ces hommes. Mais le gouvernement Pastrana n’a fait aucun effort dans ce sens. Nous avons seulement obtenu un accord humanitaire par notre seules force et volonté pour donner de l’oxygène au processus de paix. Nous considérons que l’accord humanitaire a permis de renforcer le processus de dialogue »

« Nous avons reçu 14 guérilleros malades, rien de plus, y avons livrés plus de 300 militaires. Nous l’avons fait sur la base d’un accord humanitaire pour des malades qui étaient en danger… »

« Nous voulions beaucoup plus mais Pastrana refusa en utilisant différents arguments dont aucun n’était convaincant. Mais nous avons accepté de libérer tous ces prisonniers pour donner plus de force au processus. Tous avaient été pris au cours de combats. Il n’est pas certain qu’ils furent tous pris en combattant, certains se rendant après que les munitions leurs manquèrent et qu’ils n’aient pas d’autre option que se rendre avec leurs armes. »

OFFICIERS ET CIA

« Ceux qui restent aujourd’hui sont les commandants militaires, officiers et sous-officiers (parmi eux un colonel, des majors, des capitaines, etc.) parce que tous les simples soldats ont été libérés »

« Ce sont ces officiers que nous offrons dans un échange afin d’obtenir la libération de tous nos camarades hommes et femmes »

« Nous ajoutons aussi les autres personnes, comme Ingrid Betancourt, les agents états-uniens de la CIA qui furent capturés dans leur avion, en mission de renseignement près de la municipalité de Paujil dans le département de Caquetá. A eux s’ajoutent les douze députés de l’assemblés de Valle, l’ex-gouverneur du Meta, Alán Jara, plusieurs membres du congrès, le ministre d’état Fernando Araujo, entre autres. »

SIMON, SONIA ET RICARDO

« La proposition des FARC est de libérer toutes ces personnes en échange de la libération de tous les guérilleros qui sont aux mains de l’État ».

« Toutes ces personnes privées de liberté sont victimes du conflit interne colombien. Pour cette raison, notre proposition a été faite au gouvernement colombien, la négociation que nous avons proposée, la libération des prisonniers des 2 camps, doit avoir lieu avec le gouvernement colombien. Dans la liste bien sûr nous incluons Simón Trinidad, Sonia et Ricardo González (Rodrigo Ganda) car ils sont membres des FARC. »

« Dans ce but, nous avons proposé la démilitarisation de 2 municipalités du département de Valle del Cauca, Pradera et Florida. Nous maintenons cette proposition. »

« Ce qui nous préoccupe ces derniers temps, c’est qu’Uribe a mis plus de bâtons dans les roues avec les extraditions de Simón et Sonia. Nous ne retirons pas notre proposition, nous la maintenons mais nos deux camarades doivent être rapatriés immédiatement parce qu’ils font partie des guérilleros que doivent être échangés. »

DESESPOIR

« Je dois dire que les prisonniers de l’État colombien qui sont aux mains des FARC sont extrêmement désespérés de voir que le temps passe et que leur président ne montre aucun intérêt à leur libération ni à leur vie. Le gouvernement Uribe essaye uniquement de les sauver par le force, et peut lui importe si ce faisant il met leurs vies en danger. »

« Nos camarades qui assurent leur sécurité font tout pour les protéger ou pour éviter qu’ils ne soient l’objet d’une confrontation entre les deux camps qui pourrait se terminer de façon tragique et fatale.»

« Nous insistons sur le fait que si le gouvernement refuse un accord, s’il n’est pas intéressé à un accord, eh bien nous allons attendre le temps qu’il faut parce que nous aussi nous avons besoin d’obtenir la libération des guérilleros. En Colombie, il y a un conflit interne et les prisonniers sont le résultat de ce conflit, aussi bien les nôtres que les leurs. »

Vous avez dit que certains prisonniers étaient extrêmement désespérés, quelle forme prend ce désespoir?

« C’est une préoccupation normale. Parc qu’il faut bien voir qu’il y a deux camps. Des guérilleros et guérilleras se trouvent en prison depuis de nombreuses années, désespérés aussi, parce qu’ils sont là et que rien ne se passe. Eux aussi ont une famille, une mère, une épouse ou un époux, des enfants, des frères, etc. Le gouvernement ne cherche pas à les libérer. »

ENCORE COMBIEN DE TEMPS?

« Les prisonniers aux mains des FARC ont eux aussi des épouses, des fils, etc. Ils sont en bonne santé. Les FARC s’occupent de leur santé, comme ils le font de la santé de n’importe quel guérillero quand il est malade de manière, à ce qu’ils n’aient aucun problème. Mais les prisonniers disent « que le temps passe et combien de temps allons nous passer ici? » C’est la même question que se posent les guérilleros en prison, « Combien de temps allons nous rester ici dans cette prison alors que nous n’avons fait d’autre que lutter pour notre peuple et que nous sommes une organisation révolutionnaire? »

LA LÉPRE DE LA JUNGLE

Selon les rapports de l’armée, dans le cadre du Plan Patriote, 4000 soldats ont été victimes de leishmanioses (considéré comme la maladie des guérilleros). Comment sont affectés vos prisonniers dans la jungle?

« Cela dépend de la région dans laquelle ils se trouvent. Dans certaines régions, la leishmaniose  se soigne avec du Clucantim. Il y a aussi des diarrhées, du paludisme, de la grippe, des problèmes gastriques et d’autres maladies comme celles là, propres à la jungle. »

«À SAUVER À TOUT PRIX! »

Ce désespoir que vous mentionnez, c’est un désespoir causé par un éventuel sauvetage à tout prix par les forces militaires?

« Oui, bien sûr. Ils entendent Uribe dire qu’il n’est pas intéressé à un échange, qu’il ne souhaite accepter aucun rapprochement. Ils entendent qu’il veut les sauver par la force. Ils savent que des troupes sont présentes dans certaines régions et donc ils savent qu’à n’importe quel moment ils peuvent essayer de les récupérer par la force et qu’au milieu des tirs, ils courent des risques. Ils se montrent préoccupés et désespérés. »

Vous, en temps que membre du secrétariat des FARC peut-être ne pouvez-vous rien garantir mais faire en sorte qu’ils soient bien cachés pour éviter qu’ils soient victimes d’un sauvetage par la force?

« S’il n’étaient pas bien « gardés », il auraient déjà été récupérés, Uribe ne pense qu’à ça. Ce qui se passe, c’est qu’ils ne les ont jamais repérés. Ils n’ont jamais pu y arriver. C’est pourquoi ils ne les ont pas récupérés. »

LE MONTAGE DE URIBE AVEC LA FAMILLE DE INGRID

La famille d’Ingrid Betancourt a dit qu’un émissaire des FARC, selon le président Uribe lui-même qui appela la maman d’Ingrid, disait qu’Ingrid était malade et que la guérilla voulait la libérer « pour ne pas être responsable de sa mort » et que la famille était allée à Leticia pour la chercher. Quels commentaires pouvez vous faire sur cette histoire?

« C’est un grand mensonge, une invention d’Uribe. C’était une manière de se moquer de Doña Yolanda et de toute la famille et amis d’Ingrid qui souhaitent la voir libérée. »

« Uribe l’a fait pour tromper le gouvernement français dans l’espoir de créer un conflit entre les gouvernements français et brésilien (les deux gouvernements ont refusé de mettre les FARC sur la liste des « terroristes », la France cédant finalement à la pression des autres chefs de l’État européens dont Aznar. »

CONFUSION AU BRÉSIL

« La famille d’Ingrid demanda de l’aide à l’Ambassade de France à Bogotá. L’ambassade envoya un avion jusqu’à Manaus au Brésil à la rencontre d’un contact pour libérer cette dame. Le type leur extorqua environ 1500 dollars et n’est jamais revenu.»

« Pendant ce temps, le Brésil demandait pourquoi l’avion avait atterri à Manaus sans son autorisation.»

« C’est dire, et c’est une chose terrible, que le montage ne peut s’interpréter autrement que comme une farce pour la famille d’Ingrid Betancourt qui s’est fait prendre dans cette histoire d’émissaire des FARC. Les FARC n’ont pas envoyé d’émissaire et n’enverront aucun émissaire à Uribe. »

« Les FARC ont donnée une réponse officielle et publique et nous négocierons sur la base de cette proposition quand les conditions auront changé. Nous avons nommés trois compagnons pour cela : Fabián Ramírez, Antonio Lozada et Felipe Rincón. Ce sont les seuls autorisés à traiter de ce sujet, personne d’autre. »

URIBE JOUE AVEC LA TRAGÉDIE

Est-ce que le montage fut une vengeance contre Lula pour ne pas avoir inclus les FRC sur la liste des organisations terroristes?

« Je ne sais pas. On peut imaginer tous les scénarios sans aucun doute. Ce que nous pouvons dire, c’est que c’est un travail, un montage des services de renseignements militaires colombiens, et rien de plus. »

Uribe joue avec les sentiments de la famille dans cette tragédie comme s’il s’agissait de la garder détenue dans la jungle année après année?

« Oui, oui, Un manque de respect envers la famille d’Ingrid et leurs sentiments et aussi envers la bonne volonté du gouvernement français qui a été tout le temps intéressé à aider à la libération d’Ingrid, à cause de sa double nationalité, chose que les FARC ne connaissaient pas avant. Personne ne savait qu’elle avait la double nationalité. »

L’ÉGLISE N’EST PAS LA REPRÉSENTANTE D’URIBE

Il y a eu plusieurs propositions de différent s secteurs de la société colombienne comme de l’Église, de personnalités désireuses de faciliter un échange humanitaire Quelle valeur ont ces propositions? Par exemple, le 9 janvier 2004, monseigneur Echeverría et  Darío Castro écrivirent une deuxième proposition pour un échange de tous les prisonniers, toujours en disant que les guérilleros ne devraient pas rejoindre les rangs de la guérilla. Vous avez reçu cette proposition qu’en pensez-vous?

« Cette proposition n’est pas viable, selon nous »

 Ce n’est pas négociable?

« Ce que nous les FARC voyons ici c’est que le Commission de l’Église catholique est facilitatrice. Cette commission n’a pas assumé un rôle de porte-parole et de négociateur du gouvernement. Quand nous nous sommes réunis avec eux, ils sont venus comme une commission neutre de l’Église et non comme représentant du gouvernement. »

« S’ils étaient venus comme représentant du gouvernement, les FARC ne les auraient pas reçus parce que les FARC n’acceptent pas de dialoguer avec quelqu’un du gouvernement Uribe tant qu’il n’y aura pas de zone démilitarisée. C’est de que j’ai dit à Monseigneur Castro et au père Etcheverri. Ils le savent. »

« Si une proposition arrive, et qu’on ne sait pas si elle est sure ou pas, un accord supposé ou une supposée proposition, qui a à voir avec Uribe, pour nous cela ne signifie rien. Parce que les FARC ont désigné leurs porte-parole pour dialoguer, construire et signer un accord avec les porte-parole du gouvernement. »

« Tout ce que le gouvernement a fait, c’est de désigner Luis Carlos Restrepo. A aucun moment, il n’a dit que c’était l’Église catholique. Et si un jour l’Église catholique accepte cela, alors elle devra attendre qu’une zone soit démilitarisée pour se mettre en contact avec nous, pas avant. »

INTERNET, UN ÉCRAN DE FUMÉE

Le porte-parole désigné Restrepo a proposé que les FARC dialoguent par Internet, qu’en pensez-vous?

« C’est un écran de fumée pour cacher l’attitude négative du gouvernement. C’est inacceptable. La rencontre doit avoir lieu en face-à-face et l’entente se signera entre les deux parties jamais par Internet »

Juan Carlos Lecompte, mari d’Ingrid Betancourt, a dit, un an après l’arrivée d’Uribe à la présidence, qu si Uribe était réélu, « Ingrid et les autres séquestrés vous pourrir sept ans dans la jungle ». C’est ce qui les attend?

« On ne sait pas à quoi se réfère ce monsieur. Mais comme on ne voit aucun intérêt du gouvernement Uribe pour un échange, les prisonniers sont condamnés à vivre là-bas dans ces conditions. Qui sait combien d’années en plus? »

« Parce que les FARC n’accepteront rien d’autre que ce que j’ai mentionné : la libération de tous les guérilleros incluant Simón, Sonia y Ricardo »

MESSAGE AUX FAMILLES

Quel message auriez-vous pour les familles de prisonniers qui sont en ce moment dans la jungle?

« Les FARC maintiennent leur proposition d’échange. Elles sont toujours disposées à signer une proposition  quand le gouvernement aura accédé à nos exigences en matière de garantie  et qu’il aura rapatrié Simón et Sonia. Sans cela un accord est impossible.»

« Les familles des prisonniers peuvent être surs que les FARC maintiendront cette politique. Les FARC N’ont pas pour méthode ni pour comportement « de faire aujourd’hui une proposition et le lendemain une autre ». Il y a seulement une proposition ».

« Les familles ne doivent pas se faire avoir par Uribe, par le Haut-commissaire ni par le renseignement militaire qui disent que les FARC feront demain d’autres propositions. Elles ont fait cette proposition et c’est tout »

« Au moment où un accord pourra être signé parce que ils auront démilitarisé deux municipalités,  auront rapatrié Simón et Sonia, nos camarades iront approuver et signer l’accord et procéderont à la libération de tous les prisonniers. »

PREUVES DE SURVIE?

Les familles ont également réclamé des preuves de vie. Certains les ont reçues après plus d’un an. Que pouvez-vous dire aux familles à ce sujet?

« Dès que les conditions seront réunies nous fournirons les preuves de survie.  On ne peut donner des preuves de survie si cela fait courir des risques aux prisonniers. C’est préférable de retarder les preuves de survie plutôt que de leur faire courir des risques inutiles que les FARC n’assumeront pas. »

Est-ce que vous avez eu des contacts avec des représentants du gouvernement ou des personnes des États-unis au sujet des trois agents de la CIA capturés en février 2003 au Caquetá?

« Non aucun »

Est-ce que les FARC sont intéressées à établir des contacts avec les États-unis?

« Les FARC ont eu des contacts, il y a plusieurs années avec le gouvernement des États-unis. Nous nous sommes réunis au Costa Rica avec Philip Chicola, envoyé par le Département d’État. Un échange politique a commencé et plus tard ils ont décidé de l’arrêter unilatéralement suite à la mort des trois autochtones de Arauca. Jusqu’à présent ils ont gardé la porte fermée. »

« Les FARC ont pour politique de rechercher à établir des relations avec tous les gouvernements du monde, sans aucune exception, pas même celle des États-unis. Ils nous font la guerre tout le temps mais le jour où ils désireront rétablir les relations avec nous, nous y serons disposés. »

« Mais cette fois, nous ne voulons plus le faire de façon clandestine, mais ouverte. Ce sont des relations politiques qui doivent se faire entre deux forces politiques. Eux sont un État ou une puissance. Nous sommes un peuple en armes. Si le gouvernement américain est intéressé, nous sommes prêts mais cela ne peut être une relation occulte pour dialoguer avec les FARC et discuter de différents sujets. »

LOPEZ MICHELSEN

Comment voyez-vous les différentes propositions et déclarations de l’ex-président Michelsen sur un échange humanitaire qui a été dur dans sa critique d’Uribe?

« Tout ce qui se fait pour appuyer l’échange, l’accord humanitaire, favoriser un éventuel échange qui permettra d’atteindre l’objectif, est bon »

« L’ex-président López Michelsen a fait plusieurs déclarations, assez sensées dans cette direction. Mais si quelque chose a permis de faire ces déclarations c’est bien que le président Uribe n’a montré aucun intérêt pour cela. Parce qu’il a montré (Michelsen) que le droit humanitaire international, ainsi que la législation colombienne, permet un tel accord. Mais Uribe refuse tous les arguments. Il nous confirme qu’il n’y a pas de la part d’Uribe une volonté politique d’arriver à un échange et un accord humanitaire. »

Alors qu’est-ce qui pourrait faire changer cette situation?

« Un nouveau gouvernement qui serait intéressé. »

Avec le gouvernement Uribe, c’est impossible?

« Nous ne croyons pas que le gouvernement soit intéressé, Cependant nous disons que nous maintenons notre proposition. Si à n’importe quel moment, il change sa position en faveur de ce qui est demandé par les familles, les amis de l’échange et les prisonniers eux-mêmes, nous serons disposés à en venir à une entente, quand nos exigences auront été satisfaites. »

Traduction http://www.4ingrid.com