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Selon son porte-parole, Raúl Reyes, le mouvement de guérilla colombien n'a conclu aucun accord avec la France en contrepartie de la libération, le 4 juin dernier, du guerillero Rodrigo Granda. Dans une interview à El Tiempo, il assure que ce dernier ne jouera ni le rôle de porte-parole, ni celui de négociateur dans l'affaire des otages.
C'est le premier interview de Raúl Reyes, numéro 2 des FARC, depuis la libération de Rodrigo Granda [guérillero libéré à grands renforts médiatiques le 4 juin dernier par le gouvernement d'Alvaro Uribe sur demande de Nicolas Sarkozy dans le but de faciliter la libération des otages des FARC et notamment d'Ingrid Betancourt prisonnière depuis plus de cinq ans].
Raúl Reyes, qui est le porte-parole officiel des FARC, a exprimé ses positions au cours d'un entretien accordé au journaliste Lázaro Vivero Paniza, ancien conseiller pour la paix. Ces propos ont été recueillis le vendredi 8 juin au soir et ils ne font aucune allusion au communiqué du G8 où les pays les plus puissants de la planète demandaient aux FARC de libérer les "otages".
Cette libération contribue-t-elle à ce que les FARC changent de position sur l'échange humanitaire ?
Non, la proposition des FARC reste inchangée en ce qui concerne l'échange humanitaire [expression consacrée évoquant l'échange de 500 guérilleros des FARC détenus dans les prisons colombiennes contre les otages politiques des FARC] et la zone démilitarisée [les FARC demandent la démilitarisation de deux municipalités du sud du pays pour procéder à l'échange en présence d'observateurs internationaux et après vérification que la démilitarisation soit effective]. Un accord sérieux tendant à la libération des prisonniers dans les deux camps suppose des garanties permettant d'envisager la rencontre des porte-parole du gouvernement et des FARC.
Les FARC ont-elles autorisé à la dernière minute que Rodrigo Granda accepte ces concessions ? Il assurait qu'il ne faisait rien sans l'aval du secrétariat…
Le camarade Granda n'a accepté aucune des exigences du gouvernement. Son enlèvement au Venezuela par l'Etat colombien [où il a été arrêté fin 2004], outre qu'il violait la souveraineté et les lois des Vénézuéliens, était injuste, car la mission de Granda était purement diplomatique [il assurait depuis plusieurs années les "relations extérieures" des FARC], elle consistait à rechercher un accord humanitaire en privilégiant les solutions politiques.
Le président Uribe a confirmé que la décision de libérer Granda a fait suite à la demande de Nicolas Sarkozy. Entre la France et les FARC, est-il d'ores et déjà envisagé que le président Sarkozy devienne un "facilitateur" autorisé pour l'échange humanitaire ?
Nous remercions le président pour son initiative. Mais il a demandé la libération unilatérale de Granda sans que rien n'ait été convenu entre le gouvernement français et nous pour cette libération. C'est le secrétariat qui nomme ou autorise les porte-parole de l'organisation sur toutes les questions.
Un porte-parole pourra-t-il rencontrer des membres du gouvernement sur cette question ?
Les porte-parole plénipotentiaires des FARC se réuniront avec ceux du gouvernement Uribe dans les municipalités démilitarisées. Sans cette garantie, il ne peut pas y avoir de négociations.
Certains assurent que les FARC sont divisées sur cette question. Des membres du secrétariat auraient été d'accord avec la libération de Granda, d'autres non…
Nous n'avons aucune raison de ne pas vouloir que nos camarades sortent de prison. Ce que nous n'acceptons pas, en revanche, ce sont des conditions ou des engagements qui aillent à l'encontre de nos convictions révolutionnaires […]. L'une des principales forces des FARC tient à leur unité idéologique et politique autour des décisions et des orientations des organismes supérieurs.
Comment les FARC interprètent-elles ce geste [la libération de Granda] à la veille des législatives en France et dans la perspective des élections [municipales] du 18 octobre dans notre pays ?
Plus qu'un geste unilatéral, ce sont des campagnes médiatiques à visées politiques, électoralistes.
Le président Alvaro Uribe a parlé de "raisons d'Etat" [pour justifier la libération de Granda]. Qu'en pensez-vous ?
Même ses partisans les plus convaincus ont du mal à décrypter ces "raisons d'Etat", et le président lui-même n'a pas su les expliquer.