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L’un des responsables de la guérilla des FARC, Rodrigo Granda, libéré début juin en Colombie, à la demande du président français Nicolas Sarkozy, a assuré que l’otage franco-colombienne Ingrid Betancourt était toujours vivante.
« Elle n’est pas morte. Le commandant Raul Reyes (numéro deux des FARC, NdlR) a dit qu’elle était en bonne santé physiquement et intellectuellement et qu’il n’a pas été possible d’envoyer des preuves de vie à cause des opérations terrestres et aériennes », a déclaré Rodrigo Granda dans une interview accordée à l’AFP.
« Dans les campements, dans les montagnes, pour envoyer une carte, une photo, une vidéo, il faut marcher des centaines de kilomètres et passer les barrages de l’armée », a ajouté celui qui est considéré comme le ministre des Affaires étrangères des FARC. Les dernières preuves de vie d’Ingrid Betancourt datent d’août 2003.
Le mari d'Ingrid Betancourt lance un «crime d'alarme»
Fabrice Delloye exige que la guérilla donne une preuve de vie de sa prisonnière. Il accuse les deux parties en conflit de «manipulation».
La détermination de Nicolas Sarkozy a fait renaître l'espoir d'une libération d'Ingrid Betancourt, la sénatrice franco-colombienne enlevée il y a cinq ans par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Au début du mois, le nouveau président français obtenait de son homologue colombien, Alvaro Uribe, l'élargissement de Rodrigo Granda, responsable diplomatique de la guérilla, avec pour mission de jouer l'intermédiaire dans la libération de l'otage. Rôle pour lequel il a annoncé hier à Cuba avoir été officiellement investi.
Rentré de Saint-Domingue où il réside, Fabrice Delloye, le premier mari d'Ingrid Betancourt, a été reçu jeudi par le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Il y a une semaine, M.Delloye lançait un «cri d'alarme» dans un quotidien français, affirmant craindre que Mme Betancourt ne soit décédée. Il confie aujourd'hui au Courrier ses sentiments contradictoires, oscillant entre la satisfaction de voir la France reprendre enfin l'initiative et l'exaspération face au silence des FARC.
Comment percevez-vous les initiatives prises par le gouvernement de M.Sarkozy?
Fabrice Delloye: C'est un réel tournant. Nicolas Sarkozy s'est mouillé. Il a fait pression sur Uribe pour obtenir la libération de Granda. C'est la première initiative française depuis quatre ans. Après l'échec, en 2003, de l'opération très mal menée par le cabinet de Dominique de Villepin et le scandale qui s'en était suivi[1], le gouvernement avait enterré la question. Les seules initiatives menées depuis l'ont été par des émissaires, suisses notamment, mais elles ont été systématiquement rejetées par Uribe, sans que le Quai d'Orsay (le Ministère des affaires étrangères, ndlr) n'exerce la moindre pression sur lui.
Qu'attendez-vous de la libération de Rodrigo Granda?
Qu'il fasse réellement l'intermédiaire! La première chose que doivent faire les FARC, désormais, c'est de nous donner une preuve qu'Ingrid est vivante. Nous n'en avons plus eu depuis une vidéo reçue en août 2003. Rien ne peut justifier cela. Les FARC affirment que c'est trop difficile. De qui se moque-t-on? S'ils parviennent à réaliser des attentats, ils doivent pouvoir prouver qu'un de leur otage est en vie. C'est quand même la moindre des choses quand on espère obtenir un échange.
Pourquoi ce silence, selon vous?
Je ne sais pas. Je me demande ce qu'il a bien pu se passer sur le front sud. On est sans nouvelle de plusieurs otages de cette zone. Ni d'Ingrid, ni de Clara, son assistante, ni du sénateur Pérez, ni des trois Américains, etc. Ont-ils péri d'une des maladies endémiques dans cette région? Ont-ils été exécutés à la suite d'une incursion militaire? Ont-ils tenté de s'évader et se sont perdus dans la jungle? Les FARC ne sont pas des imbéciles... Si les otages sont morts, ils préfèrent se taire plutôt que d'endosser cette responsabilité...
Vous ne croyez pas au témoignage de cet ancien prisonnier des FARC qui aurait côtoyé encore récemment Ingrid Betancourt?
Non. Il dit avoir passé plus de deux ans avec elle. Dans de telles conditions, les otages se disent tout. Or cet homme semble ne rien savoir d'elle, si ce n'est des lieux communs. Il ne fait même pas mention de ses enfants. Je la connais suffisamment pour savoir que c'est impossible qu'Ingrid n'en parle pas... Je pense qu'on assiste là à une vaste manipulation. En premier lieu, de la part des FARC, qui ont fait «évader» cet homme pour donner l'impression qu'Ingrid est vivante. Puis de la part de l'armée et du gouvernement, qui l'utilisent pour affirmer qu'elle est maltraitée, enchaînée...
Que peut encore faire le gouvernement français?
Exiger une preuve de vie, c'est tout. Nous ne pouvons plus être otages de leur ignominie. Les FARC nous ont demandés d'aider à débloquer la situation. Nous l'avons fait. La France et la Colombie ont fait un geste. Pour que la France fasse de nouvelles démarches, elle doit avoir la certitude qu'Ingrid est vivante. Nous sommes au bout du tunnel, c'est la dernière chance pour Ingrid et pour les FARC. Sinon, nous serons dans l'obligation de considérer qu'elle est morte, et que les FARC en portent l'entière responsabilité.
Note : [1]Les FARC avaient déclaré en juin 2003 vouloir libérer une Ingrid Betancourt malade. Mais la France n'avait finalement pas envoyé d'émissaire au rendez-vous fixé par la guérilla. L'envoi à retardement d'une mission à la frontière brésilienne avait ensuite provoqué un scandale diplomatique avec la Colombie.