La revue de presse   de  www.Betancourt.info 

>Ajouter cette page à mes favoris

>Rechercher sur le web

Outils de traduction :   >Free.fr  >Google


Dans l’inhumanité du conflit colombien

24/06/2007 - Le Monde Diplomatique, Risal

Le Monde Diplomatique vient de mettre en ligne ses dossiers de mai 2007. Parmi ceux-ci, un dossier assez complet sur le scandale de la "Para-politique" qui éclabousse le président Uribe.

De fait, depuis la fin 2006, le scandale dit de la « parapolitique » secoue la Colombie : les révélations se multiplient sur les relations entre des membres de la classe politique ainsi que certains secteurs économiques et les tueurs d’extrême droite des Autodéfenses unies de Colombie (AUC). Avril 2007 a marqué le début de ce qui pourrait devenir le « paragate », le président Alvaro Uribe en personne étant à son tour mis en cause par l’opposition pour ses liens avec les paramilitaires.

L'article de Laurence Mazure donne un bon éclairage sur diverses facettes de ce scandale; aujourd'hui, l’hécatombe judiciaire de la « parapolitique » touche les sénateurs, députés et hauts fonctionnaires, tous issus des partis « uribistes », s’étend maintenant à plusieurs régions du pays et perturbe les travaux du Congrès, du fait des incarcérations de nombreux présidents de commissions.

Le 17 avril, le sénateur Gustavo Petro, de l’opposition de gauche du Pôle démocratique alternatif (PDA), avait détaillé pendant plus de deux heures les mécanismes de l’expansion des paramilitaires et des narcotrafiquants dans la région d’Antioquia grâce au soutien de M. Uribe lorsqu’il y était gouverneur au milieu des années 1990. Selon lui, c'est cela qui avait abouti ces dernières années à la constitution d’un nouveau cartel de Medellin…

Pendant ce temps, de nombreux groupes paramilitaires demeurent en activité soit parce qu’ils ne se sont jamais démobilisés, soit parce qu’ils ont repris du service après l’avoir fait. D’après la Commission colombienne des juristes, pendant le premier mandat du président Uribe (2002-2006), onze mille trois cents civils ont été exécutés pour motif politique – 14 % des crimes ayant été perpétrés par des agents de l’Etat, 60 % par des paramilitaires « tolérés par l’Etat ».

Imprudences ou connivences ?

Dans un autre article du même dossier, Laurence Mazure pose la question des soutiens internationaux dont ont bénéficié les paramilitaires. Y compris dans le cas de la France.

Plusieurs personnalités colombiennes compromises, dont le sénateur Miguel de la Espriella et M. Carlos Ordosgoitia, haut fonctionnaire et directeur de l’Institut national des concessions (INCO), organisme d’Etat, ont souligné la présence de « deux universitaires de la Sorbonne » d’origine argentine agissant comme conseillers politiques des chefs des Autodéfenses unies de Colombie (AUC) Carlos Castaño et Salvatore Mancuso lors d’une réunion illégale et clandestine, à Ralito, en juillet 2001.

Selon M. de la Espriella, les « universitaires » ont « proposé la création d’un mouvement communautaire et politique qui, d’une certaine façon, défendrait les idées des Autodéfenses et mènerait à un processus de paix ». Le directeur de l’INCO déclare deux jours plus tard : « Deux professeurs de l’université de la Sorbonne, dont je ne me rappelle pas les noms, mais que certains députés avaient déjà vus à l’Université militaire, ont pris la parole. (...) Tout d’abord, ils ont donné leur vision de ce qu’était pour eux le conflit colombien (...) et ont expliqué comment le reste du monde voyait la Colombie. Puis, ils ont exposé une stratégie dont le but était de convertir les Autodéfenses en “un acteur politique reconnu du conflit interne”, pour reprendre les termes de l’un d’entre eux. »

En fait, la veille, lors d’une interview avec Radio Caracol, le même haut fonctionnaire se rappelait très bien le nom de l’un des deux intervenants : un certain Mario Sandoval, qui a été lié à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (Iheal, Paris), à l’université de la Sorbonne nouvelle et à l’université de Marne-la-Vallée. Ses activités les plus récentes se déroulent dans les milieux dits de l’« intelligence économique » : fin novembre 2006, le site de l’ambassade de France au Chili indiquait que M. Sandoval, « universitaire chargé de mission à la direction de l’intelligence économique de l’ACFCI [Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie] », faisait partie d’une « importante délégation » autour de la personne de M. Alain Juillet – neveu de M. Pierre Juillet, l’ancien conseiller de M. Jacques Chirac –, grand patron, proche des milieux de la défense, directeur de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) en 2002, et nommé plus récemment par M. Nicolas Sarkozy au poste de directeur de l’intelligence économique auprès du premier ministre.

Le Musée militaire de Santiago a donc abrité un colloque « Intelligence économique, défense et sécurité » organisé par l’université Bernardo O’Higgins et par M. Sandoval. La société civile colombienne y était « représentée » par une « organisation non gouvernementale » (ONG), Verdad Colombia. Plus précisément, il s’agit d’une « para-ONG » dont le site énonce clairement les buts : « Soutenir les institutions et les secteurs démocratiques qui luttent contre les groupes armés d’idéologie marxiste, à l’intérieur du pays comme à l’extérieur. » Les membres de Verdad Colombia reprennent à leur compte le discours de propagande du leader paramilitaire Castaño en 1999-2000, et pourfendent les organisations de défense des droits de l’homme telles que Human Rights Watch, Amnesty International et le Washington Office for Latin America.

Après plusieurs contacts infructueux, l’Iheal a confirmé que M. Sandoval avait été « chargé de cours, parmi tant d’autres, et non professeur, jusqu’en 2004 ». Néanmoins, le 21 juin 2006, au terme du colloque « France - Amérique latine : concurrence et coopération » tenu à la Maison de l’Amérique latine en présence de M. Alain Juillet, M. Stéphane Witkowksi, président du conseil de gestion de l’Iheal et directeur des affaires européennes de l’ACFCI, où un certain Philippe Clerc s’occupe aussi d’intelligence économique, faisait l’éloge de M. Sandoval : « En dressant un panorama de l’état des lieux en matière d’intelligence économique en Amérique latine, M. Mario Sandoval, chargé d’enseignement des universités et qui a été l’homme-orchestre de ce colloque aux côtés de Philippe Clerc, a démontré les similitudes avec les autres systèmes existants. »

Le deuxième « professeur » s’est identifié lors d’une interview accordée le 24 février à l’hebdomadaire El Espectador et n’a aucun lien avec la Sorbonne ou l’Iheal, même s’il était accompagné de M. Sandoval à la réunion de Ralito : M. Juan Antonio Rubbini Melato, un Argentin de 57 ans devenu le conseiller politique des chefs paramilitaires Castaño et Mancuso dès 1999, est aussi connu sous les pseudonymes d’« El Profesor », mais surtout de « Rubbiño ». Les textes de son blog, Paz en Colombia, expriment un mépris total pour les institutions démocratiques et pour la classe politique colombienne, en contraste avec l’exaltation fascisante d’un projet où « la vision d’un [président] Uribe liée à l’intuition politique des AUC sont sur le point de faire un miracle ».

Lire le dossier complet :


>Tous les titres du mois 


> Poser une question,
   envoyer un commentaire

>www.Betancourt.info