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Les guérilleros colombiens se bousculent au portillon pour sortir de prison. Selon le gouvernement, plus d'un millier de membres des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, extrême gauche) incarcérés seraient disposés à accepter les conditions fixées par le président Alvaro Uribe. "Ils ne seront pas tous libérés", a déclaré, mardi 29 mai, le ministre de l'intérieur Carlos Holguin, en précisant que la situation des anciens combattants des FARC serait examinée "au cas par cas".
Le 11 mai, le président Uribe a créé la surprise en proposant de relâcher tous les guérilleros des FARC aujourd'hui incarcérés, à la seule condition qu'ils s'engagent à ne jamais reprendre les armes. L'annonce présidentielle a pour objectif avoué de pousser la guérilla à libérer Ingrid Betancourt et les 55 autres otages politiques en son pouvoir. Mais les observateurs doutent de son efficacité.
"Les FARC ont toujours exigé de négocier un accord", rappelle Carlos Lozano, directeur du journal du Parti communiste colombien, Voz, qui juge "difficile qu'une mesure unilatérale ait un effet positif".
Sans vouloir en révéler la teneur, M. Uribe invoquait, le 25 mai, une "raison d'Etat" qui l'obligeait à agir très vite et à libérer les guérilleros avant la date du 7 juin. "Le président est comme cela", a soupiré le ministre de l'intérieur, pour tenter de justifier l'urgence.
SCANDALE DES PARAMILITAIRES
Le décret-loi qui permettra d'organiser la sortie de prison des guérilleros est en cours d'élaboration. M. Holguin a indiqué qu'ils seraient transférés, à leur sortie de prison, à une "zone de rassemblement temporaire", dont le lieu n'a pas été défini. Les détenus coupables de crime contre l'humanité devront se soumettre à la loi dite de Justice et paix, qui oblige les anciens combattants à confesser tous leurs crimes pour bénéficier d'une peine inférieure à huit ans.
Les 90 membres des FARC reclus dans le centre pénitentiaire de Palogordo, à Giron, dans le nord-est de la Colombie, ont refusé, mardi, la main tendue par le gouvernement. Diego Leonardo, qui s'est présenté comme leur porte-parole, a rappelé la position officielle des FARC, à savoir que seule la négociation en territoire colombien d'un "échange de prisonniers" permettra d'obtenir la libération des otages. Selon le quotidien El Tiempo, bon nombre de guérilleros sous les verrous partageraient cette position.
Selon la déclaration remise par les détenus de Palogordo à la presse, la proposition du chef de l'Etat ne vise pas à faire libérer les otages mais à "détourner l'attention de la parapolitique" – le scandale des liens entre des milices paramilitaires d'extrême droite et des élus de la majorité présidentielle – et "à créer un terrain propice à l'impunité des hauts fonctionnaires". Parallèlement à la libération des guérilleros, le président Uribe a annoncé son intention de faire libérer les politiques accusés de compromissions avec les paramilitaires.
Deux députés de la majorité présidentielle ont demandé au ministre de l'intérieur et au haut commissaire pour la paix du gouvernement, Luis Carlos Restrepo, de venir expliquer la "raison d'Etat" qui pousserait à libérer de pair paramilitaires et guérilleros. MM. Holguin et Restrepo sont attendus la semaine prochaine au Congrès.
Fait important :
Selon la presse colombienne ce matin, le premier guérillero sur la liste pourrait être Rodrigo Granda, considéré avant son arrestation par la presse colombienne comme "le ministre des Affaires étrangères des FARC", qui fut enlevé le 13 décembre 2004 à Caracas, capitale du Venezuela, par des chasseurs de primes qui le livrèrent à la Colombie où il est actuellement emprisonné.