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Fernando Araujo est resté kidnappé par la guérilla des FARC pendant six années dans la forêt colombienne. En décembre de l'année passée il a pu échapper de ses ravisseurs. Le président Uribe l'a nommé Ministre des Affaires Etrangères...
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Vous avez été kidnappé par les FARC depuis décembre 2001 jusqu'à décembre 2006. Quel a été l'impact de ce drame sur votre vie ?
Être otage il m'a permis de contrôler ma vie de l'intérieur. J'ai énormément souffert. À travers cette douleur j'ai appris à comprendre beaucoup plus les autres. Je suis devenu plus solidaire avec mes camarades.
Qu'est-ce que cela signifie, être entre les mains dee preneurs d'otages ?
Être kidnappé, c'est quelque chose terrible. Pour commencer, on ne peut pas choisir les personnes avec qui on vit. Donc, le manque de liberté empêche de se projetter dans le futur, d'imaginer sa vie, de construire un projet. Mais au-delà des privations quotidiennes ce sont les humiliations à sa personne.
Or, on doit transformer ce drame en une opportunité. On doit revenir aux moments les plus importants de sa vie, méditer et s'éloigner spirituellement des choses qui, dans le fonds, ne sont pas indispensables.
Je considère que le plus important dans la vie, ce ne sont pas les circonstances dans lesquelles on se trouve, mais plutôt l'attitude qu'un adopte face à des circonstances extrêmement défavorables.
Comment se sont passés les premiers jours en captivité ?
Cela a été les moments les plus difficiles que j'ai vécus. Mon angoisse était terrible et elle n'a disparu que le jour où j'ai assumé dans ma chair et dans mon esprit ma condition d'otage. Je l'ai fait un mois après qu'un groupe des Forces Armées de Colombie (FARC) m'ait kidnappée.
Cette acceptation m'a donné la force que j'étais entièrement entre les mains de la guérilla.
À partir de ce moment, j'ai commencé à me construire des raison de combattre pour survivre.
Qu'est-ce que vous avez fait pour ne pas perdre votre calme ?
Je me suis fixé plusieurs objectifs. Le premier a été de vivre chaque jour avec intensité. Le deuxième, de tirer profit de cette situation tragique. Le troisième, de m'armer de patience et d'espoir.
Au lieu de me plonger dans la nostalgie, sentiment inévitable pour tout otage, j'ai fait une liste des bons moments que j'avais vécus, et j'ai trouvé beaucoup de raisons pour me maintenir en vie.
Au lieu de me plaindre de toutes les privations auxquelles j'étais soumis, j'ai gardé un sentiment de gratitude par toutes les bonnes choses qui m'entouraient.
Avez-vous eu des nouvelles de votre famille et de vos amis?
Oui. Mon épouse, mes parents, mes frères et mes amis m'envoyaient des messages à travers la radio. C'est pourquoi j'essayais de calmer mes inquiétudes et de me concentrer mon objectif principal : me soigner, veiller à ma santé.
L'amour et les messages de solidarité que me transmettaient la radio me donnaient la tranquillité et beaucoup de force. Je rêvaisdu jour où je reverrais ma famille et où je pourrais les embrasser à nouveau.
À la fin de ma captivité, cette dure expérience m'a aidé à grandir spirituellement.
Comment était la routine quotidienne ?
Cela dépendait des circonstances. Dans les zones de forêt, le mode de vie change avec le climat. On ne vit pas la même manière en été ou pendant l'hiver.
Cela vous paraîtra étrange, mais le climat provoque des changements dans les bruits, dans la végétation et jusque dans la chair. Il influence les rêves. Malgré toute une routine s'est installée.
Décivez-nous une de vos journées ?
Je me levais tôt, autour de quatre heures du matin. J'allumais la radio et il y avait un peu de sport. Je lisait un journal ou je discutais parlait avec un guérillero. J'accomplissait aussi un certain travail manuel.
Quels programmes de radio écoutiez-vous ?
J'écoutais Radio France Internationale (RFI), et c'est pourquoi j'ai commencé à comprendre les nouvelles en français. J'étaitsbien informé de la réalité mondiale. J'écoutais aussi la Deutchvelle, la radio d'Allemagne.
Vers les quatre heures de l'après-midi, je recherchais la BBC de Londres, pour améliorer mon Anglais. Puis, venait le repas autour de cinq heures. Je m'installais ensuite dans un hamac et je dormais.
Qui mangiez-vous?
Nous avions un régime à base de céréales. Parce que là où la guérilla me détenait, il n'y a pas d'énergie électrique pour conserver les aliments. Nous mangions des haricots et du riz. Quelques fois de la viande ou une soupe à base d'os. À d'autres occasions des pâtes. Nous mangions assez peu de fruits de la région.
Comment se passaient les relations avec vos ravisseurs?
Nous avons toujours eu une relation de respect. Il n'y a jamais eu tentative d'influencer mon idéal. Ils faisaient des efforts pour avoir des relations gentilles. Ils savaient que le kidnapping allait durer longtemps et que cette situation pouvait me causer des problèmes physiques et psychologiques. J'ai eu de la chance de ne pas tomber malade au cours des six années où j'ai été retenu captif.
Comment vivent les guérilleros dans les zones forestières?
J'ai été témoin d'un changement. Quand ils m'ont kidnappée en 2001, les guérilleros vivaient dans des conditions confortables : ils faisaient la fête, ils organisaient des barrages sur les routes, ils volaient, ils avaient un bon équipement de guerre et des véhicules tout-terrains.
Ils m'apportaient de l'eau en bouteilles, mais six années après la situation a changé de manière radicale :
Fini les festivités et les beuveries, elles ont été interdites pour garder la mobilisation.
L'eau que nous buvions alors provenait de sources sales et les repas ont commencé à être plus frustres; et à chaque fois il y avait des guérilleros qui mouraient ou qui désertaient.
Avez-vous eu des contacts avec d'autres otages?
Non, jamais. Je n'ai jamais été qu'avec des guérilleros.
Avez-vous eu des contacts avec les chefs des FARC ?
Oui. Durant les dernières années, avec le chef du Front 37, connu sous le pseudonyme de Martín Caballero.
Avez-vous su quelque chose de l'ex candidate présidentielle Ingrid Betancourt, qui est encore kidnappé ?
Seulement en écoutant la radio. La région où ils me détenaient était une zone forestière dan,s le nord de la Colombie, elle est éloignée de la zone où nous croyons qu'est détenue Ingrid.
Si vous pouviez envoyer un message aux FARC, que seriat-il ?
Le message est très clair : ils doivent libérer les otages. Le kidnapping est un crime indigne contre l'humanité. Je crois que la Communauté internationale doit nous aider à les remettre en liberté. Particulièrement, la France qui devrait comprendre qu'on ne peut pas mettre sur le même pied le gouvernement colombien du président Álvaro Uribe et les FARC.
Quel message pourriez-vous envoyer à Ingrid Betancourt ?
Je suis sûr que c'est une femme très courageuse, qui assume sa situation d'otage avec un esprit positif.
Je lui dirais qu'elle doit garder l'espoir et maintenir ses convictions. Ce message s'adresse à tous les kidnappés : ils doivent essayer de tirer profit de leur situation difficile.
Est-il possible de libérer Ingrid Betancourt par la voie militaire ?
Je préférerais obtenir sa libération par un échange humanitaire. Mais je n'exclus pas une libération par d'autres moyens.
Sera-t-il possible de gagner la guerre en Colombie sans négociations ?
Oui, je le crois. J'ai connu des opérations militaires contre le groupe qui m'avait kidnappé qui les auraient détruits si elles avaient continué.
Grâce aux actions de l'Armée colombienne les FARC ont dû se retirer de zones qu'ils avaient sous leur contrôle.