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Dans Risal, la traduction de l'analyse des élections de la semaine dernière, publiée dans le Colombia Journal par Gary Leech, un spécialiste reconnu de laColombie, qui ne cache pas ses opinions...
Félicitations au Président Alvaro Uribe, le vainqueur sans conteste des élections présidentielles en Colombie qui a obtenu l’impressionnant résultat de 62% des voix. L’élection n’a laissé subsisté aucun doute quant au fait que la majorité des électeurs colombiens soutiennent Uribe et sa « stratégie de sécurité démocratique », un fait que la gauche, colombienne et étrangère, devra accepter. Ce résultat ne donne pas pour autant mandat au président pour violer les droits humains de l’opposition politique ou encore des détracteurs de sa politique économique et sécuritaire. Pour ces Colombiens de gauche, la lutte durant les quatre prochaines années consistera à consolider les gains électoraux récemment acquis tout en se défendant contre une probable intensification de la répression d’Etat.
Tandis que d’aucuns prétendront que les 62% sont un mandat clair pour Uribe, la réalité est que seuls 28% des électeurs inscrits ont déposé un bulletin en faveur du président. La participation électorale a été estimée à 45%, un taux qui correspond plus ou moins à celui d’il y a quatre ans et qui demeure relativement bas au regard des chiffres habituels en Colombie. Uribe n’a donc recueilli les voix que de 62% ce ces Colombiens qui ont pris la peine d’aller voter. La faible participation électorale est d’autant plus incommodante que cette fois-ci, les guérillas colombiennes ont tenu leur promesse de ne pas perturber les élections. Tandis que les autorités ont traditionnellement toujours déploré le faible niveau de participation en raison de la violence qui sévit dans le pays et des tentatives des rebelles pour empêcher les électeurs de se rendre aux urnes, la seule explication valable cette fois-ci réside dans l’apathie généralisée que les Colombiens éprouvent à l’égard du processus politique de leur pays.
Néanmoins, Uribe est clairement sorti victorieux du scrutin et, en dépit des nombreuses failles du processus électoral colombien - y compris la coercition exercée par les paramilitaires de droite sur les électeurs et les menaces proférées à l’encontre du Pôle démocratique alternatif (gauche) - il est évident qu’une partie significative de la population colombienne, mais pas nécessairement une majorité, soutient le président. Par conséquent, si nous autres de la gauche insistons souvent à désigner les succès électoraux du président vénézuélien Hugo Chávez comme preuve de sa popularité, alors même que le processus électoral au Venezuela demeure aussi boiteux que le colombien, nous devrions accepter le fait qu’Uribe conserve un niveau de popularité significatif auprès des Colombiens. Cela ne signifie pas pour autant que ses opposants doivent accepter ses politiques, en particulier lorsque celles-ci impliquent la répression contre certaines franges de la population colombienne.
Nombreux sont les Colombiens qui ont voté en soutien à un programme politique ayant contribué à améliorer leur sécurité, en ignorant que, d’une part, la richesse produite par l’essor économique du pays n’atteint pas la majorité de la population défavorisée et que, d’autre part, les détracteurs des politiques du gouvernement ont été les victimes de la répression d’Etat. Celle-ci s’est traduite aussi bien par des meurtres, des disparitions, des déplacements que par des arrestations arbitraires. En raison de la longue guerre civile qui perdure en Colombie, pour ceux qui n’ont pas été la cible de la répression du gouvernement, la sécurité a supplanté tous les autres sujets de préoccupation quand il s’est agi d’élire un président.
La majorité électorale qu’a obtenue Uribe ne lui donne pas pour autant le feu vert pour continuer, voire intensifier la répression contre ses détracteurs. La Colombie prétend être une démocratie constitutionnelle et, en tant que telle, elle n’est pas régie uniquement par la simple règle de la majorité. Autrement dit, Uribe doit gouverner dans les limites de la Constitution du pays, ce qui exige qu’il respecte et protège les droits de chaque citoyen et pas seulement ceux des gens qui soutiennent son projet.
Le fait qu’Uribe ne soit pas parvenu à le faire durant son premier mandat a contribué au succès significatif du candidat de la gauche Carlos Gaviria, du Pôle démocratique alternatif, qui a recueilli, fait sans précédent, 22% des voix aux élections présidentielles. Tandis qu’ils constituent une minorité électorale, les partisans de Gaviria représentent ces Colombiens victimes du régime répressif d’Uribe. Aujourd’hui, leur plus grande crainte est que son succès électoral conduise à une intensification de la répression qui a été menée au nom de la sécurité et de la croissance économique.
Uribe représente le pendant contemporain, autoritaire et démocratique du dictateur militaire Augusto Pinochet qui a dirigé le Chili durant la guerre froide. Tout au long des années 70 et 80, une part significative de la population chilienne a soutenu les politiques autoritaires de Pinochet qui ont accordé la priorité à la sécurité et à la croissance économique au détriment de la défense des droits de l’Homme. Alors que Pinochet excellait dans l’art de faire « disparaître » ses opposants, le nombre de Colombiens « disparus » durant le premier mandat d’Uribe excède le nombre total de Chiliens disparus durant les dix-sept ans de dictature militaire.
Les événements qui se déroulent actuellement au Chili montrent toutefois que de nos jours beaucoup de Chiliens pensent que la seule ambition d’arriver à la sécurité et la croissance économique ne peut pas justifier des violations flagrantes des droits de l’Homme. C’est cette même conviction qui amène ceux qui luttent pour la justice sociale en Colombie à poursuivre leurs efforts dans le but de s’assurer que les droits constitutionnels et les droits de l’Homme de tous les Colombiens soient respectés et protégés. A cet effet, il est plus important que jamais que tous ceux à travers le monde qui unissent leurs efforts de manière solidaire avec ces courageux Colombiens intensifient leur action afin qu’Uribe soit rendu responsable des abus commis par son gouvernement. On peut espérer qu’à la différence du Chili cela ne prenne pas encore 20 ans.