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En Colombie, des rassemblements ont eu lieu dans l’université nationale pour dénonçer la répression.
Les vendeuses ambulantes ont remballé leurs étals. Les commerçants des fast-foods, jouxtant l’université nationale de Colombie, ont tiré leurs rideaux. La « UN » de Bogota a célébré les journées de l’étudiant des 8 et 9 juin derniers commémorant les assassinats, il y a cinquante-deux ans, de dix des siens. « La faune et la flore de l’université se donnent rendez-vous devant l’entrée principale », déclare un brin rieur Adolfo. À l’extérieur, les camions porteurs de canons à eau se positionnent. Les escadrons mobiles antiémeute (ESMAD) sont sur le pied de guerre. À l’intérieur, des groupes d’étudiants, une - centaine, visages masqués par des tee-shirts, arborant blouses blanches ou pull noir selon l’organisation à laquelle ils appartiennent, vont et viennent. Des barricades de fortune sont dressées devant la porte principale. Peu à peu, les étudiants aux allures de Ninja, chargés de « papas », le cocktail Molotov couleur locale, se postent aux endroits stratégiques.
« La fête », selon l’expression d’Adolfo peut alors commencer. Jets de pierre et de papas, les gardes mobiles répondent par des lancers de gaz lacrymogènes. La foule recule. Quelques-uns allument, à l’aide de cartons et de photocopies, des maigres foyers, pour atténuer les effets des gaz. L’avant-garde rétorque par des lancers de papas. Chaque explosion est saluée par les étudiants.
D’ordinaire, la « UN » est plus calme. En apparence. Car l’ébullition politique transparaît sur tout le campus. « Dehors les Yankees d’Irak, de Colombie et du monde », peut-on lire sur un mur. La place du général Santander a été rebaptisée du nom de Che Guevara. Le rectorat a beau s’échiner à effacer la figure légendaire du guérillero, elle réapparaît toujours. Fondée en 1867, l’histoire de la « UN » est étroitement liée à celle du pays. « Son esprit de résistance naît de sa philosophie progressiste contrairement aux universités confessionnelles habituelles », raconte Marta de l’Association colombienne des étudiants. « Elle n’a jamais cessé de se battre pour l’éducation publique, poursuit-elle, dans un pays où près de 80 % des établissements sont privatisés ».
La UN porte également en elle les stigmates des épisodes tragiques du mouvement estudiantin. Marta montre les plaques commémoratives des étudiants tombés en 1928, 1929 ou en 1954. Il manque celle des « 76 disparus » entre mai 1984 et 1985...
Les autorités ont sanctionné la UN qu’elles présentent régulièrement comme un vivier de recrutement pour les guérillas, en fermant chambres et restaurants universitaires. « Tout est prétexte à dire que la UN est un espace de terroristes, déclare Victor de la Fédération des étudiants universitaires (FEU). Les autorités cherchent à étouffer le mouvement syndical, en le criminalisant ». Malgré « les menaces et la répression, la UN reste à la pointe des mouvements étudiants contre la privatisation », assure-t-il. Mercredi dernier, la « fête » a duré près de trois heures, blessant un étudiant et trois policiers. Le 8 mars dernier, Oscar Salas avait été tué tandis qu’il manifestait contre l’unilatéralisme du traité de libre commerce signé entre Bogota et Washington...