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La réélection d'Alvaro Uribe lui a garanti une place dans l'histoire. Il est le premier président colombien à servir deux termes consécutifs. Avec sa victoire au premier tour, Uribe a reçu un mandat fort, élu par près plus de 60 pour cent de ceux qui ont voté. Les Colombiens croient qu'uribe peut amener plus de sécurité en Colombie, mais va-t-il pouvoir apporter des améliorations significatives dans la situation inquiétante de la sécurité en Colombie au cours des quatre prochaines années ?
Parmi les accomplissements notables de sécurité au cours de son premier terme, on peut noter le fait d'avoir amené l'ELN, "l'autre organisation révolutionnaire", à la table de négociation. Les entretiens qui sont en cours à Cuba ont commencé en décembre passé et en sont à leur troisième phase, ce qui indique pour le moins qu'il y a eu progrès.
Plus douteuse, cependant, est la loi de justice et de paix qui a créé le cadre juridique autour du contreversé désarmement des paramilitaires. Il est vrai que des milliers de combattants paramilitaires ont désarmé et ont entamé un programme de démobilisation et de réintégration qui semble bien se dérouler sur papier, mais qui ne fonctionne pas sur le terrain, principalement en raison de problèmes de financement.
Durant les semaines qui ont précédé les élections présidentielles colombiennes, une augmentation des attaques des FARC a été observée dans les secteurs qu'Uribe avait désigné pour une sécurité accrue, à savoir les départements de Putamayo, de Narino, et de Méta.
La stratégie des FARC était clairement de provoquer une augmentation des attaques pour prouver au public colombien qu'Uribe n'avait pas apporté plus de sécurité au pays. Bien que les FARC n'aient pas pu empêcher la réélection d'Uribe, il est vraisemblable qu'ils ont pu dissuader beaucoup de Colombiens de se déplacer pour se rendre aux bureaux de vote dans le pays.
Le procédé infâme de désarmement des paramilitaires, lorsqu'on a pu l'examiner en détail, a été dénoncé par les media colombien et par la presse internationale comme un processus trouble par lequel les dirigeants des paras ont pu échanger certains de leurs combattants contre le vote d'articles de loi qui les protègent de l' extradition aux USA. Ces demandes d'extraditions existent toujours, ainsi que la pression des USA pour extrader ceux que le Département d'Etat des USA désigne comme des "narco-terroristes colombiens".
En même temps, les chefs de clan paramilitaires, particulièrement dans les départements et les zones frontalières du nord-est avec le Venezuela, ont renforcé leur main-mise sur les systèmes politiques au niveau municipal et départemental. La participation paramilitaire dans la politique colombienne, particulièrement l'implication des paramilitaires dans la coalition politique du Président Uribe, indique que ce procédé de désarmement a pu avoir favorisé, plus que toute autre chose, une plus grande participation des chefs de clan paramilitaires dans la politique colombienne.
C'est donc avec un bilan douteux dans le domaine de la sécurité que le Président Uribe entame son second terme. Deux jours à peine après son élection du 30 mai, il a fait une proposition pour explorer la paix avec les FARC. Il est bien évident qu'Uribe bénéficierait politiquement d'un engagement des FARC à rejoindre la table de négociation. Mais on peut difficilement voir ce que les FARC pourraient trouver comme avantages à une telle hypothèse. Et il n'est pas sur que la guérilla soit en ce moment dans un état d'esprit favorable à la discussion.
Pourtant il est possible que les intention d'Uribe soient honnêtes. Il a récemment rencontré Alvaro Leyva, qui est connu en Colombie comme un des quelques politiciens qui entretiennent des relations régulières avec le secrétariat des FARC. Il est fortement probable la conversation s'est portée sur la manière dont l'administration d'Uribe pourrait user pour amener les FARC dans des entretiens de paix.
En attendant, les FARC ont rendu publics leurs désaccords avec l'ELN. Pendant des années, les analystes ont cru que l'ELN et les FARC travaillaient de concert pour produire et exporter la cocaïne colombienne vers le marché des USA. La décision de l'ELN d'entamer des négociations de paix avec l'administration d'Uribe a mis une sourdine sur les relations FARC-ELN.
La trêve s'est formellement rompue le 11 juin, quand les FARC ont publié un rapport qui a officialisé la rupture entre les FARC et l'ELN. Cette annonce a été faite après les combats qui ont opposé les deux groupes dans le département de l'Arauca, à la frontière avec le Venezuela. Les autorités colombiennes ont avancé la possibilité que les deux groupes se battraient pour le contrôle des itinéraires de contrebande avec le Venezuela.
Depuis que le chef de clan paramilitaire Victor Mejia a désarmé son groupe dans cette région, sa place a été prise là-bas par l'ELN, qui a traditionnellement toujours été forte dans l'Arauca. Maintenant, il est possible le FARC cherche à se déplacer sur ce territoire, pour ouvrir un autre itinéraire de contrebande hors de Colombie.
Les liens allégués entre les FARC et la garde nationale du Venezuela renforcent l'hypothèse que certaines unités des FARC auraient commencé à concentrer leurs exportations de cocaïne vers le Venezuela.
Pour les années qui viennent, Uribe a principalement trois responsabilités :
D'abord, il doit travailler pour aller au-delà des mots et des promesses, et augmenter réellement la sécurité dans les villes et les zones rurales de Colombie. Le 5 juin, Uribe a annoncé qu'il augmenterait de 40.000 officiers de police le contingent déjà existant dans les secteurs ruraux. Cependant, il n'est pas sur qu'une présence accrue de la police découragerait les FARC ou les paramilitaires, indélogeables des villes et des bourgades qu'ils contrôlent.
En second lieu, Uribe doit travailler à contrôler l'économie colombienne dans le cadre du leadership régional que vise la Colombie. Un nouvel accord de libre-échange avec l'aide des USA pourrait certainement aider, mais Uribe doit regarder au delà de ses bonnes relations avec Washington, et se focaliser sur le rôle important de la Colombie dans une Communauté Andine des Nations (CAN) dont les questions du commerce et de la sécurité ont failli provoquer une dissolution.
Finalement, Alvaro Uribe doit travailler à libérer les Colombiens de la pauvreté, de la marginalisation et de la misère. Il est bien évident que se concentrer sur une stratégie dure et militaire de sécurité n'est pas la meilleure solution pour cela. De toutes les options politiques disponibles, celle qui intègrerait un niveau modéré de force militaire et policière avec des mesures économiques pragmatiques et la stimulation de l'emploi mettrait Uribe sur le chemin du succès.
En tant que président historique, en Colombie et en Amérique du Sud, Uribe a une opportunité de mettre en place des options politiques créatrices qui pourraient marquer une rupture avec des politiques embourbées et inefficaces comme la fumigation et la confrontation militaire. Uribe doit donner à ses électeurs des résultats concrets meilleurs que ceux de son premier terme. Il reste a vois si Uribe va vraiment faire de la Colombie un "meilleur endroit pour vivre" ou s'il va mener quatre nouvelles années d'administration médiocre.
Commentaires de Sam Logan pour ISN Security Watch. Logan (www.samuellogan.com) est un journaliste investigateur spécialisé dans les domaines de la sécurité, de l'énergie, de la politique, des sciences économiques, du crime organisé, du terrorisme, et des marchés noirs en Amérique latine depuis 1999. Il termine actuellement "Nice Guys Die First" une oeuvre non-fictionnelle sur le crime organisé au Brésil.