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Trois drames qui durent

14/06/2005 - Libération

Ingrid Betancourt, Fred Nérac et Guy-André Kieffer... Leurs portraits sont toujours accrochés à Paris. La première, qui possède la double nationalité française et colombienne, a été enlevée le 23 février 2002 par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). Le second est porté disparu en Irak depuis le 22 mars 2003. Et le troisième a été enlevé à Abidjan, en Côte-d'Ivoire, le 16 avril 2004. Mais, dans son intervention de dimanche, Jacques Chirac a seulement évoqué l'ancienne candidate écologiste à la présidence de Colombie : «En ce moment de rassemblement, nos pensées vont aussi vers toutes celles et tous ceux qui sont détenus en otages à travers le monde. Je pense en particulier à Ingrid Betancourt.»

«1 205 jours». Apprenant la libération de Florence Aubenas, Mélanie Delloye-Betancourt a dit espérer que les autorités françaises déploieraient «la même énergie» pour obtenir la libération de sa mère : «Cela fait 1 205 jours que nous n'avons pas revu notre maman, et nous voulons insister sur l'attente insoutenable à laquelle nous sommes confrontés.»

Les familles de Fred Nérac et de Guy-André Kieffer, elles, déplorent les silences de Jacques Chirac. «Seuls les otages comptent aux yeux des autorités, contrairement à ceux qui ne donnent pas signe de vie, réagit Fabienne Nérac, mère de deux enfants de 16 et 19 ans. Nous sommes très déçus et les parents de Fred m'ont dit qu'ils étaient prêts à entamer une grève de la faim devant l'Elysée.» L'épouse du cameraman avait pourtant noté «un mieux», en février, avec la mise en place, à l'instigation de l'ancien ministre des Affaires étrangères Michel Barnier, d'un comité interministériel sur la disparition de Fred Nérac.

«Il n'a pas bénéficié d'un grand élan de solidarité, poursuit-elle. Au départ, nous avons fonctionné en solo, avec nos proches. Puis la mobilisation pour Florence nous a portés. Mais, dans trois mois, est-ce qu'on parlera encore de mon mari ?»

En pleine offensive militaire, le 22 mars 2003, le véhicule d'une équipe de la télévision britannique ITN était pris sous des feux croisés irakiens et américains près de Bassora. Le reporter britannique Terry Lloyd était tué. Son interprète libanais, Hussein Othman, et Fred Nérac étaient portés disparus. Depuis, des tests ADN menés par des militaires britanniques déployés dans la zone ont conclu à la mort du traducteur. Le sort réservé à Fred Nérac, lui, n'est toujours pas connu. Selon son épouse, qui confie ne pas pouvoir entamer son deuil, toutes les pistes n'ont pas encore été explorées. Elle évoque notamment de possibles fouilles dans des cimetières de la région, où des corps non identifiés ont été enterrés.

«Droit à la vérité». Les proches du journaliste indépendant Guy-André Kieffer redoutent eux aussi l'extinction de la mobilisation en sa faveur. «Elle a toujours été tiède, déplore son épouse, Osange Silou-Kieffer. Mais nous craignons que le peu d'attention dont il a bénéficié ces derniers temps ne retombe.» Une enquête pour «enlèvement et séquestration» a été confiée à Paris au juge Patrick Ramaël, qui s'est rendu à quatre reprises à Abidjan. Après avoir rapidement progressé, grâce au témoignage du principal suspect, Michel Legré, un proche de l'épouse du président ivoirien Laurent Gbagbo, l'enquête est désormais au point mort. Le magistrat a demandé le transfèrement en France de Legré, mais n'a reçu aucune nouvelle à ce jour. «Tout dépendra de Laurent Gbagbo», affirme Osange Silou-Kieffer. Et des pressions que Paris exercera ou n'exercera pas sur Abidjan... En quittant le Quai d'Orsay, Michel Barnier déclarait que les familles Nérac et Kieffer avaient «droit à la vérité». Elles veulent espérer que son successeur, Philippe Douste-Blazy, aura entendu le message.


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