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Les sociétés sud-américaines sont en train de se militariser, par l’intervention de la principale puissance régionale, qui sans aucun doute est un facteur clé sur le continent, mais aussi comme conséquence des profonds changements économiques et politiques, que nous appelons néolibéralisme.
Des sources dans la presse assurent que la CIA disposerait de “preuves” de réunions entre les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) et le réseau islamique de Ben Laden, dans le but de coordonner des attaques terroristes dans la région. Selon cette version, la « menace terroriste » serait imminente en Amérique latine.
Pourtant, l’Amérique latine est l’une des régions du monde qui consacrent le moins de son produit intérieur brut (PIB) au budget militaire, soit à peine 1,5%. Ce chiffre contraste avec les 4% du PIB que consacre l’Union européenne en dépenses militaires, les 3% des Etats-Unis (qui représentent 47% des dépenses militaires de la planète), et les 12% du Moyen-Orient.
Mais, bien que cela paraisse contradictoire, on peut parler d’une militarisation croissante du continent. Mais aujourd’hui elle passe par des chemins nouveaux, qui n’ont plus grand-chose à voir avec les stratégies militaires antérieures. A grands traits, on peut établir quatre raisons pour la montée d’un nouveau militarisme : le Plan Colombie comme point émergent de la nouvelle stratégie régionale de Washington, qui inclut la lutte contre le trafic de drogue et la guérilla, et le contrôle de la biodiversité de la région andine, du Venezuela à la Bolivie ; les nouvelles formes qu’adopte la guerre à l’époque néolibérale, autrement dit la privatisation de la guerre ; le nouveau rôle du Brésil sur le continent, unique nation du Sud pauvre à avoir une autonomie stratégique militaire. Le quatrième facteur provient de tentatives des élites de chaque pays, poussées par Washington, pour contenir la protestation sociale par la militarisation des sociétés et la criminalisation des mouvements sociaux.
Ayant comme objectif de garder la suprématie mondiale, les entreprises états-uniennes prétendent contrôler les nouvelles sources de pouvoir économique (liées à la diversité biologique), en même temps qu’ils cherchent à ne pas perdre le contrôle sur les anciennes (en particulier les hydrocarbures). Aujourd’hui, les Etats-Unis importent 56% de leur pétrole brut. S’assurer le contrôle des ressources pétrolières sud-américaines (le Venezuela est le 4e fournisseur de pétrole des Etats-Unis, dont il fournit 15% des besoins, et la Colombie en est le 5e fournisseur), demande un contrôle territorial d’enclave (contrôle intense sur des zones réduites) à ces endroits où sont produites des richesses.
Par ailleurs, la suprématie économique exige de garder de l’avance dans les nouveaux secteurs qui peuvent permettre une relance de l’économie, et par conséquent amener à de nouveaux profits. Cet objectif implique le contrôle et la possession desdits « territoires complexes », ces zones à grande biodiversité génératrice d’endémismes, dont le contrôle peut permettre à la superpuissance d’affronter les défis provenant de l’Est (Chine, Inde et Japon). Mais utiliser et monopoliser la biodiversité exige une présence sur le vaste territoire qui va de l’Amazonie au sud du Mexique, la région la plus riche en biodiversité de la planète.
La Colombie est désormais le quatrième destinataire d’aide militaire des Etats-Unis dans le monde, après Israël, l’Egypte et l’Irak, et l’ambassade à Bogotá est la deuxième plus grande du monde après celle de l’Irak. Mais aux ‘vieilles guerres’ menées par des états nationaux souverains et régulées par le droit international public, se sont substituées progressivement les ‘nouvelles guerres’, qui sont menées par différents acteurs non étatiques, sans aucun type de régulation légale ».
« Si les Etats-Unis envoient 600 soldats en Colombie, cette décision doit passer par le Congrès. Mais si c’est une entreprise privée qui envoie ces soldats, sur la base d’un contrat signé par le Pentagone, le parlement n’a rien à dire, il n’est même pas mis au courant de ce qui se passe », indique Azzellini, un spécialiste en privatisation de la guerre. En Amérique latine, tous les programmes anti-drogues sont menés par des entreprises militaires, et les stations radars que contrôle le Commandement Sud sont gérées également par des employés d’entreprises privées. En Colombie, huit Nord-américains sont morts ces dernières années, mais comme ils appartiennent à des entreprises privées, le Pentagone élude toute responsabilité.
Depuis que s’est mis en place le Plan Colombie, et qu’a été fixé le nouveau déploiement militaire des Etats-Unis après la fermeture de la base Howard en 1999 [au Panama], beaucoup de choses ont changé sur le continent. La stratégie de vouloir « faire déborder » la guerre colombienne sur les pays voisins (Venezuela, Equateur et Brésil), en cherchant à les déstabiliser s’ils ne s’adaptent pas à la stratégie tracée par le Plan Colombie, rencontre des difficultés croissantes.
Par ailleurs, la détérioration des salaires fait que la carrière militaire n’est plus aussi attractive en AMérique latine pour les secteurs de classe moyenne haute, ce qui fait que les forces armées sont recrutées de plus en plus dans des couches plus basses de la société. Les militaires ont perdu les relations sociales qu’ils avaient historiquement avec les élites dominantes. En outre, la distance intellectuelle entre les officiers et les sous-officiers s’est réduite, puisque ces derniers ont généralement fait des études secondaires, chose qui auparavant n’était que le patrimoine des premiers. Le résultat est qu’une grande partie des militaires a aujourd’hui en Amérique latine « des revenus très bas, qui les rendent semblables, dans leurs nécessités sociales, aux secteurs les plus défavorisés de la société ».
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