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«Pour devenir paramilitaire, j’ai dû torturer, démembrer…»

15/07/2009 - La Tribune de Genève

«Mon boulot? C’était de tuer tous ceux que mon chef me désignait! S’il me disait que vous étiez un collaborateur de la guérilla, ben moi, je vous tuais!» Contrairement à nombre de ses camarades «démobilisés» qui affirment «n’avoir rien fait de mal» pendant leur «service» au sein des sinistres forces paramilitaires colombiennes, Raul*, 26 ans, déballe tout. La collaboration active avec l’armée, les crimes sordides, le trafic de drogue, tout y passe.  

«Je ne renie pas ce que j’ai fait. C’était horrible, mais je l’ai fait. De toute façon, c’est le passé. J’ai été démobilisé il y a quatre ans. Aujourd’hui, je vais à l’école. Je veux passer mon bac et devenir comptable.» Raul bénéficie du programme de réinsertion du gouvernement colombien. C’est entre deux cours que nous l’avons rencontré dans une salle commune du Cepar, une école un peu particulière, située au cœur de Medellín.

Certains des quelque 2000 élèves qui la fréquentent tentent, comme Raul, de finir leur enseignement secondaire. D’autres apprennent d’abord à lire et à écrire. Ils ont entre 18 et 50 ans, et sont, presque tous, des ex-combattants du conflit armé colombien. Une grosse majorité a «servi» dans les Autodéfenses unies de Colombie (AUC), une «fédération» de groupes paramilitaires, qui a commis d’atroces crimes contre les populations civiles et qui a, officiellement, «déposé les armes» au cours d’un processus particulièrement controversé. D’autres sont d’anciens guérilleros, qui ont quitté la jungle pour tenter de se réinsérer dans la vie civile.

Officiellement, ceux qui bénéficient des avantages prévus par le processus de réinsertion sont censés n’avoir commis aucun crime et avoir dit «toute la vérité» lors de leur démobilisation. La plupart d’entre eux affirment ainsi avoir été enrôlés de force par les AUC ou les FARC, ou être entrés dans le paramilitarisme «comme dans n’importe quelle entreprise», «à cause du chômage». Quoi qu’il en soit, presque tous affirment n’avoir «assassiné personne». Et tous assurent être heureux d’avoir troqué leur arme contre un crayon, et «aller de l’avant, pour mener une vie normale».

Enrôlé à 16 ans

Raul, lui, interpelle de manière un peu virulente notre groupe de journalistes européens invités au Cepar pour visiter ce «modèle de réintégration». Il se plaint que les plus hauts chefs «paras» aient été extradés vers les Etats-Unis, car, explique-t-il, leur départ a entraîné une sanglante guerre de succession.

Puis, il se lâche. Et raconte sont enrôlement dans les AUC, alors qu’il n’avait que 16 ans. Les trois mois d’entraînements «extrêmement durs», où la moindre erreur était passible de la peine de mort. «Comme rite d’entrée, j’ai dû torturer quelqu’un, le démembrer vivant… C’était horrible. La première fois que j’ai tué, ça m’a complètement traumatisé. J’ai été malade pendant deux semaines. Mais le chef m’a dit que si je ne me reprenais pas très vite, il se débarrasserait de moi.  £Je me suis remis, je n’avais pas le choix.»

Combien de personnes ce jeune homme souriant a-t-il assassiné pendant ses six années aux ordres du tristement célèbre Carlos ­«Macaco» Jimenez? Raul compte sur ses doigts, puis, après les avoir tous passés en revue, se ravise: «Non, en fait, il vaut mieux que je ne le dise pas…» Plus tard, il avouera avoir tué «deux, trois personnes par mois, parfois plus.»

«Nous combattions les FARC, souvent aux côtés de l’armée, raconte-t-il. Vous savez, à une époque notre organisation était pratiquement légale. Si nous avions besoin de nous déplacer pour une opération, on appelait les militaires, parfois même un colonel, et ils nous envoyaient des véhicules.»

Et pour financer leurs activités? «Le trafic de cocaïne bien sûr!» Mais comment bénéficie-t-il des avantages du processus de réinsertion, lui qui ne cache pas ses crimes? «Ben… personne ne m’a jamais demandé quoi que ce soit. J’ai juste signé un papier disant que je m’engageais à ne plus reprendre les armes. C’est tout.»

* Prénom d’emprunt.


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