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TV5 fait le point avec Marie-Eve Detoeuf, correspondante pour Le Monde et Radio France Internationale à Bogota
Aujourd'hui, combien d'otages détiennent encore les FARC ?
La guérilla détient encore 22 militaires pour la libération desquels elle continue d’exiger un échange de prisonniers. Le nombre des otages dit «économiques» pour lesquels les guérilleros exigent aux familles le paiement d’une rançon reste très incertain. Les associations de défense des droits de l’homme avancent le chiffre de 3000, chiffre qui prend en compte tous les otages enlevés depuis 15 ans dont on est resté sans nouvelle. Le gouvernement qui vient de dépurer ses statistiques affirme désormais que les otages économiques aux mains des FARC ne seraient qu’une centaine. Mais il faut savoir que le président Alvaro Uribe envisage un troisième mandat et qu’il a tout intérêt à diminuer les chiffres de la violence.
Où en sont les relations entre le gouvernement colombien et les FARC ? Les disparitions de Manuel Marulanda et Raul Reys en 2008 ont-elles débloqué ou au contraire gelé les relations entre les deux entités ?
La possibilité d’un dialogue entre le gouvernement et les FARC semble plus éloignée que jamais. La nouvelle direction des FARC a fait un geste en libérant unilatéralement 4 policiers cette année (NDLR : en février 2009). Mais le pouvoir a interprété ce geste comme un signe de faiblesse. Fort des succès remportés par l’armée, le gouvernement semble plus que jamais convaincu qu’une victoire militaire est possible. L’opposition ne partage pas ce point de vue. La guérilla des FARC est affaiblie et repliée mais encore active. La polarisation du débat politique s’accentue à la perspective des élections de 2010. Alors que la récession économique menace, Alvaro Uribe continue de centrer son discours et son action sur la sécurité, son point fort. Il aimerait évidemment avoir la peau des grands chefs des FARC…
Comment se passent les tractations entre Bogota et les FARC pour libérer des otages ?
Comme le craignaient leurs familles, le problème de la libération des otages aux mains des FARC a perdu de son importance après la libération de la très médiatique Ingrid Betancourt. La pression internationale – à commencer par celle de la France – a beaucoup diminué. Pour le gouvernement, l’intransigeance reste politiquement payante. De leur côté les FARC qui sont sur la défensive semblent avoir réduit au maximum leurs contacts avec l’extérieur. Il est toujours possible que des tractations secrètes aient lieu. Mais, pour le moment, on a plutôt l’impression que les gouvernements voisins n’ont aucune marge de manœuvre.
Une enquête a été ouverte fin juin 2009 contre la principale médiatrice du gouvernement auprès de la guérilla des FARC, Piedad Cordoba. Selon des documents retrouvés dans l'ordinateur de Raul Reyes, il existerait des liens entre cette élue du parti libéral et la guérilla. Mme Cordoba dénonce un "montage judiciaire". Pouvez-vous nous en dire plus sur cette affaire ?
Sur la base des documents trouvés dans les ordinateurs de Reyes, la justice a ouvert une enquête contre plusieurs responsables politiques et journalistes. Il s’agit de personnalités qui ont maintenu des contacts avec les FARC, dans le cadre de leurs fonctions de médiation ou d’information. Ces fonctions supposent d’entretenir des relations cordiales, ce qui fait problème quand l’interlocuteur est une organisation terroriste. Il est vrai que la ligne entre cordialité et complicité peut s’avérer tenue. Mais les documents à charge présentés jusqu'à présent par les autorités ne sont guère convaincants. Le sort de Mme Piedad Cordoba et ses collègues est aux mains de la justice colombienne, qui a su faire preuve d’indépendance par rapport au pouvoir politique.