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Uribe retombe sur terre

04/07/2009 - Foreign Policy (US)

Le président de la Colombie est habitué à être extraordinairement populaire. Mais maintenant, son flirt avec un troisième mandat pourrait lui attirer des ennuis.

Il y a un an cette semaine, le Président Álvaro Uribe de Colombie était porté aux nues. Par un brillant stratagème, une des unités d'élite de l'armée avait miraculeuxment (et sans verser une goute de sang) sauvé 15 otages qui étaient détenus dans la jungle depuis des années. Le monde entier avait applaudi  la discrétion de l'opération et la libération de l'otage politique principale des rebelles, Ingrid Betancourt, ainsi que trois sous-contractants du secteur de la défense des États-Unis, et 11 soldats et policiers.

La Colombie, semblait-il, revenait à flot, et le pays était enthousiaste. Deux jours après le 2 juillet 2008, jour de la libération des otages, un sondage de la firme Gallup (fait par téléphone dans quatre villes principales) montrait une popularité remarquable de 86 pour cent. Uribe, propriétaire terrien et président conservateur était déjà bien considéré par les Colombiens pour ses succès contre les forces armées révolutionnaires des Farc, une guérilla d'extrême gauche financée par le narcotrafic, qui ciblait systématiquement la population civile par le meurtre et le kidnapping. Uribe avait lancé un réarmement militaire qui avait réduit de moitié les effectifs des guérilleros et limité sa capacité opérationnelle. Il avait négocié la démobilisation de dizaines de milliers de milices paramilitaires pro-gouvernmentales, réduisant -- mais sans l'éliminer -- l'activité meurtrière de ces groupes.

Mais tout ce qui monte doit un jour descendre, et c'est ce qui arrive à Uribe ces derniers mois. En mai 2009, Gallup avait estimé la popularité d'Uribe à 71% - un chiffre encore très bon, mais le plus bas depuis deux ans. Un grand nombre de Colombiens avaient indiqué aux sondeurs que le pays était sur « la mauvaise voie. ».

Le déclin économique est le souci le plus marqué. Avec une dette extérieure relativement basse, la Colombie est mieux lotie que ses voisins, mais la crise économique globale a frappé le pays. La demande pour ses exportations, plus particulièrement ses produits manufacturés vers les Etats-Unis, a baissé. Les prix des produits, en particulier le pétrole de Colombie, le charbon, et les minerais, ont baissé. Le taux de chômage urbain dans le pays a de nouveau dépassé 10%, après quelques années de prospérité, avec plus de 30 pour cent de travailleurs sous-payés, dans le secteur non structuré.

Juste comme l'économie commençait à se dégrader, la situation de sécurité -- Le plus grand atout d'Uribe - semble également avoir cessé de s'améliorer. Les FARC, sous nouveau commandment depuis mars 2008, semblent se regrouper dans les secteurs ruraux. Le chef fondateur du groupe, Manuel Marulanda, décédé de mort naturelle en mars 2008, a été remplacé par Alfonso Cano, un ancien professeur qui a rejoint les FARC en 1968. Depuis lors, excepté la libération des otages en juillet 2008 et un succès militaire dans le sud de Bogotá en mars 2008, les militaires n'ont plus rien remporté sur les guérilleros. Les embuscades, les attaques, et les opérations des FARC qui visent les responsables de gouvernements locaux deviennent plus fréquentes.

Le taux de meurtres a augmenté depuis 2008, en tout cas dans les villes importantes de Colombie, particulièrement à Medellín. Ici, ce ne sont pas les FARC - qui opèrent la plupart du temps dans les campagnes - qui sont en cause, mais des bandes liées aux narcotraficants. Ce qui se produit est une sorte de guerre pour reprendre les territoires qui étaient contrôlés auparavant par 15 chefs paramilitaires impliqués dans le trafic de drogue, qui sont maintenant extradés aux Etats-Unis depuis mai 2008. Les « nouveaux » groupes paramilitaires, dont la plupart doivent être plus exactement décrits comme les ailes armées des trfiquants de drogue, surgissent partout et se développent rapidement pour combler le vide.

La production de drogue, en attendant, continue à bien se porter, en dépit d'un rapport de l'ONU de juin 2009 qui a annoncé une réduction de 18 pour cent des cultures de coca entre 2007 et 2008. En fait, la « réduction » n'est que le retour aux niveaux de 2003 à 2006, après une année étonnamant élevée en 2007.

Les éditorialistes de Colombie spéculent maintenant que la politique de haute sécurité militaire-du président pourrait avoir atteint ses limites. Ce développement ne serait pas trop préjudiciable s'il n'y avait pas les scandales qui ont atteint (mais pas encore profondément blessé) le président, parmi lesquels certains concernent des violation très sérieuses des droits de l'homme. Plus d'un tiers des membres du congrès colombien élus en mars 2006 font en ce moment l'objet d'une mise en examen, ou sont  inculpés, ou sont derrière les barreaux pour les liens qu'ils auaraient ttissé avec les escadrons de la mort paramilitaires ; la plupart sont membres du parti pro-gouvernmental.

En attendant, les Colombiens ont été choqués par les révélations que des membres des forces armées, poussés par un président qui exigeait des résultats, auraient assassiné plus de mille civils innocents au cours des dernières années, en les faisant passer pour  des membres de la guérilla tués au combat. Et une autre surprise désagréable est survenue en février 2009, quand il est apparu que  le Service de Renseignements du président avait effectué des écoutes téléphoniques et mis sous surveillance plusieurs douzaines de Colombians importants : des Juges de la Cour suprême, des politiciens d'opposition, des journalistes, et des défenseurs des droits de l'homme.

Uribe a été directement affecté, cependant, par des scandales plus vénaux. Deux membres du congrès ont été condamnés pour corruption en 2008, apportant la preuve qu'Uribe avait promis de grandes faveurs à une poignée de législateurs encore irrésolus au moment de voter un amendement à la constitution lui permettant d'être réélu pour un second mandat. Puis, vers la fin de 2008, une escroquerie pyramidale s'est effondrée, engloutissant l'épargne des dizaines de milliers de Colombiens. Les rapports de presse avaient alors indiqué qu'un des plus grands groupes à la tête de cette escroquerie était un des principaux commanditaires de la pétition de 2008 qui demande de changer la constitution une fois de plus -- pour permettre à 'Uribe de se représenter encore en 2010.

Le président a choisi d'aller sur l'offensive à l'encontre de plusieurs de ces accusations, cherchant constamment à les minimiser, à les présenter comme le fait de  « quelques pommes pourries, » et à même proclamer publiquement que les accusateurs et les investigateurs font le travail des terroristes. Mais cela n'a pas pu  réduire beaucoup l'intensité des interrogations, particulièrement dans certains journaux.

Tout ceci se produit alors qu'Uribe essaye de prolonger sa présidence à 12 ans. Il prétend qu'il n'a pas encore décidé, mais le temps s'écoule et ses alliés politiques font intensément pression sur le congrès pour qu'il;vote la législation qui permettrait d'organiser un référendum constitutionnel encore cette année.

Les scrutins indiquent que la plupart des Colombians soutiendraient le voeux d'Uribe de se représenter -- 84 pour cent selon l'enquête Gallup de mai. Pourtant il y en aurait moins qui voteraient pour lui, et une deuxième réélection n'est pas assurée : On se pose de plus en plus de questions au sujet de la séparation des pouvoirs démocratique et de la perspective d'un gouvernement de plus en plus personnalisé-conduit mené par un homme incapable de se retirer du pouvoir.

Plusieurs membres éminents de l'establishment de Colombie, y compris certains qui ont été ministres pendant le premier terme d'Uribe, se prononcent contre sa réélection. Aux États-Unis, le Président Barack Obama, lors d'une apparition publique avec Uribe en visite le 29 juin, a noté que « notre expérience aux Etats-Unis est que deux termes, cela fonctionne bien pour nous. » À Washington -- là où aucun  observateur colombien, de droite, de gauche ou du centre, ne soutient la réélection d'Uribe -- on reconnaît généralement qu'un troisième-mandat rendrait presque impossible la tâche déjà difficile de convaincre le congrès de ratifier un Accord controversé de libre échange.

Le parlement colombien devra voter ce mois une loi sur un référendum portant sur la réélection. Quel que soit le résultat, le pays se trouve dans une saison politique très tumultueuse. Un an après la libération miraculeuse dans la jungle de Colombie, les ennuis économiques, les problèmes de sécurité et les scandales minent  ce qui était déjà une campagne électorale 2010 fortement contestée. Pour Uribe, ce n'est plus un long fleuve tranquille, maintenant ce sont les rapides.


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