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Loi «Justice et paix»: à l'heure des premiers bilans

17/07/2009 - RFI, Affaires Stratégiques, Adital.com, Semana

Le conflit entre armée, guérillas et paramilitaires en Colombie continue d'aggraver les conditions de vie des civils pour éviter les combats, ils sont contraints de fuir leurs habitations. Amnesty International a publié jeudi un nouveau rapport dénonçant le manque d'action du gouvernement colombien.

En 2008, 380 000 personnes ont dû abandonner leurs terres. Le pays compte entre trois et quatre millions de déplacés et près de 500 000 colombiens se seraient réfugiés dans des pays voisins. En juillet 2005, entrait en effet en vigueur la très controversée loi « Justice et paix » qui permettait aux paramilitaires de rendre leurs armes et de n'être condamnés qu'à des peines réduites (au maximum 8 ans de prison), mais qui les obligeait en échange à collaborer avec la justice, à avouer leurs crimes et à s'engager dans un processus de réparations. Quel bilan peut-on en faire quatre ans après ?

Les paramilitaires étaient en Colombie des combattants illégaux, mais relevant clairement de l'extrême-droite, contrairement aux guérillas marxistes, en particulier les FARC qui, depuis plus de 40 ans, mènent la vie dure aux autorités colombiennes. Les groupes paramilitaires s'étaient constitués dans les années 80, précisément pour lutter contre les rébellions d'extrême-gauche, à l'initiative de grands propriétaires qui se sentaient insuffisamment protégés par l'armée des incursions des guérillas.

Et puis ces paramilitaires sont devenus, au fil des années, un problème au moins aussi grave que les guérillas elles-mêmes. Ils se sont livrés, souvent avec l'appui de l'armée officielle et parfois de la classe politique régionale, à une véritable guerre de territoire avec les rebelles. Avec, à la clé, des massacres horribles contre la population civile.

« Aucun respect pour la vie humaine »

Carmel Suleiman, pharmacien exerçant à San Onofre, région de Sucre, au nord-ouest de la Colombie, parle de cette époque avec beaucoup d'émotion et de retenue. Son frère, qui était le maire du village, a été assassiné par les paramilitaires, et la mise au jour de fosses communes a révélé à San Onofre la cruauté des pratiques paramilitaires. « Il y a dix ans ici, il y avait beaucoup de nervosité, beaucoup de crimes, on a tué beaucoup de gens jusque dans notre propre famille... Il y a toujours eu des conflits par ici avec les gens des FARC, mais ils n'ont jamais commis autant de crimes que les paramilitaires, qui voulaient à tout prix mettre la main sur San Onofre, et sur tout le département de Sucre... Ils tuaient sur la moindre fausse information, sans aucun respect pour la vie humaine... », raconte-t-il.

Ce n'est que tardivement que le gouvernement colombien s'est attaché à faire cesser ces tueries. Alvaro Uribe, qui venait d'arriver à la présidence colombienne, a cherché à partir de 2003 à agir sur ce seul front, car en ce qui concerne les FARC, il n'a jamais sérieusement envisagé de négociations. Les paramilitaires se sont engagés sous sa présidence dans un processus de désarmement, dont ont bénéficié quelque 35 000 miliciens. Mais comme la société civile exigeait qu'ils rendent des comptes, on a soumis leurs chefs à un régime que beaucoup d'associations de victimes ont jugé extrêmement clément : à condition d'avouer et de réparer, de rendre notamment les terres confisquées aux populations contraintes de se déplacer pour échapper à la violence, ils étaient assurés, quelles qu'aient été les abominations commises, de ne pas écoper de peines supérieures à 8 ans de prison.

21 000 assassinats... et le scandale de la parapolitique

A l'heure des premiers bilans, le parquet a récemment évoqué le chiffre de 21 000 meurtres commis par des paramilitaires, et parlé de près de 2 000 fosses communes, découvertes grâce aux confessions de ces mêmes paramilitaires. Ces chiffres font froid dans le dos, mais on est encore loin du compte. C'est en tout cas l'avis, non seulement du parquet lui-même, mais aussi d'Ivan Cepeda, le porte-parole de la principale association de victimes. Ivan Cepeda se réjouit malgré tout de l'un des effets pervers de ce processus - pervers pour ses promoteurs : Au cours de l'instruction, a été révélée l'existence d'un accord secret antérieur entre les paramilitaires et une partie de la classe politique, permettant au scandale dit de la « parapolitique » d'éclater.

Ivan Cepeda, porte-parole de la principale association de victimes

« En 2001 a été signé un accord illégal entre les paramilitaires et les politiciens. Les politiciens ont dû faire des lois favorables à l'impunité des paramilitaires ; les paramilitaires ont dû travailler pour l'élection des politiciens... »

Les paramilitaires eux-mêmes ont-ils vraiment coopéré ? On les a en tout cas beaucoup accusés de duplicité. On a mis en doute leur sincérité. La recrudescence récente de la violence là où ils étaient bien implantés, comme dans la région de Medellin, accrédite l'idée qu'au moins pour une partie d'entre eux, la loi Justice et paix n'a été que le moyen d'effacer l'ardoise avec la justice colombienne, dans le but de mieux renouer ensuite avec des pratiques criminelles, comme le trafic de drogue, sans la moindre intention de s'acquitter de leurs dettes envers leurs victimes.

Les chefs paramilitaires extradés

Pour le président de la commission des réparations dues aux victimes, Eduardo Pizarro, l'un des principaux responsables du processus, ils ont cependant été assez nombreux à se montrer coopératifs pour qu'on puisse aujourd'hui dresser de la loi Justice et paix un bilan positif. Et même si Alvaro Uribe a mis, en 2008, brutalement fin à l'expérience pour 14 de ces chefs paramilitaires, extradés aux Etats-Unis qui voulaient les juger pour trafic de drogue - ce qui a pu faire penser que le chef de l'Etat cherchait à se débarrasser ainsi de gens finalement bien compromettants - cette extradition collective se serait plutôt révélé une bonne chose...

Eduardo Pizarro, président de la commission des réparations dues aux victimes

« Avec les 2 400 personnes passées par la justice, on connaît déjà les responsables de 6 000 assassinats et on a aussi commencé les réparations aux victimes... »


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