|
||||
La libération d'Ingrid Betancourt, il y a tout juste un an, a mis indirectement un terme à sa mission. Jean-Pierre Gontard, né sur les terres lomagnoles de Saint-Clar, ne négocie plus avec les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), comme il le faisait depuis une dizaine d'années.

L'ancien émissaire de la paix en Colombie, mandaté par le gouvernement helvétique puis par la France et l'Espagne, se retrouve au coeur d'une bataille judiciaire, accusé de « gestion de fonds d'une organisation terroriste » et d'avoir versé une rançon aux paramilitaires pour libérer deux employés d'une entreprise pharmaceutique suisse, en 2001. L'universitaire retraité, qui a passé une partie de son enfance dans les vallons gersois, n'est plus le bienvenu à Bogota et dans la jungle amazonienne. Il en avait pourtant rendu, des services...
Sarkozy a réclamé son aide
En 2003, après le fiasco de l'opération secrète menée par Dominique de Villepin pour libérer Ingrid Betancourt, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, avait notamment sollicité l'aide du fameux médiateur. C'est également lui qui avait fourni les premières preuves de vie de l'otage franco-colombienne.
Il s'est rendu une vingtaine de fois chez les dirigeants des Farc. Dans un long article détaillant ses activités de négociateur, « Le Nouvel Observateur » chiffrait à une centaine le nombre d'otages qu'il a contribué à libérer là-bas. Ils seraient encore bien davantage...
Jean-Pierre Gontard ne veut en aucun cas donner son sentiment sur l'affaire judiciaire qui le touche depuis près d'un an. Tout juste livre-t-il au cours de la discussion : « Nous, Gascons, avons le cuir un peu solide. On sait jouer au rugby ou partir dans des contrées où on ne parle pas la langue. »
Le ballon ovale, à 68 ans, le Franco-Suisse n'y touche plus. Mais des pays, il en a connu : les États-Unis après avoir quitté le Sud-Ouest, Genève où il rencontre sa femme puis le Cameroun, la Guinée équatoriale ou le Gabon où il côtoie notamment Bernard Kouchner en tant que membre du Comité international de la Croix-Rouge. Ensuite, ce fut le Vietnam, le Bangladesh ou le Rwanda, à chaque fois des états ravagés par des conflits...
En février dernier, dans une interview accordée à la Télévision suisse romande et au journal « Le Monde », l'émissaire a nié en bloc les accusations portées contre lui. En novembre 2008, il a donné une version apparemment identique à la justice suisse qui, sur commission rogatoire, l'a interrogé. Jean-Pierre Gontard, qui espère un non-lieu, pourrait, malgré tout, être de nouveau questionné prochainement.
En attendant, il est persona non grata sur le sol colombien où, aujourd'hui encore, 23 militaires et policiers seraient retenus par les Farc. Entre 400 et 700 civils y seraient également détenus pour des raisons financières.
Il y a un peu moins d'un an, quelques jours après sa libération, Ingrid Betancourt avait tenu à remercier personnellement Jean-Pierre Gontard, saluant le rôle du médiateur helvétique. Pour l'instant, le Gersois d'origine ne veut en aucun cas parler de ses missions passées en Colombie. Pour l'instant. Ne disait-il pas dans les colonnes du journal suisse « Le Temps » : « Je déteste le secret, c'est cacher quelque chose. Il ne faut pas le confondre avec la discrétion, qui consiste à ne parler que quand c'est nécessaire. »