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Un mois avant que Diego Fernando Murillo, « don Berna », ne soit extradé aux Etats-Unis le 13 mai 2008, María Holguín lui avait demandé, dans la salle d'audience du Palais de Justice de Medellín, de lui dire dans quelle tombe était enterré son fils Carlos Emilio Torres, disparu le 29 novembre 2002 dans la commune 13 pendant l'Opération Orión.
La femme lui avait donné une photographie, lui avait rappelé que son fils avait alors 28 ans et qu'il travaillait dans l'entreprise textile Lindalana. « Don Berna » avait regardé la photo et lui avait dit : « Dans une prochaine audience je vous donnerai des informations après avoir consulté les gens du bloc, parce que je ne sais pas exactement de quoi vous parlez ». Elle l'implora: « J'espère que vous aurez piété, Monsieur, pendant cinq années j'ai espéré apprendre quelque chose ».
L'attente n'est pas terminée, « don Berna » n'a rien dit et il y a peu d'espoirs qu'il le fasse. « Je veux qu'ils me rendent son cadavre, c'est la plus grande réparation pour une mère - dit María-. Ce qui est administratif est secondaire ».
Il y a 32.000 personnes qui sont dans la même situation, et qui se sont inscrites dans la liste de victimes à Medellín, en réclamant une réparation de l'ex chef paramilitaire.
Parmi elles, 17.156 disent que leurs proches sont tombés initialement entre les mains du bloc Metro, commandé par Carlos García, « Doblecero », et qu'ils ont ensuite été transférés à « don Berna ». 10.214 autres accusent le bloc Cacique Nutibara, 3.630 le bloc Héros de Granada et 783 les Héros de Tolová.
Selon le Ministère public de Medellín, on attribue à l'ex chef paramilitaire « don Berna » et à ses hommes 417 disparitions, 9.290 homicides et 199 cas de déplacement forcé, ce qui équivaut à l'expropriation de plusieurs immeubles, en plus des cas d'extorsions et de kidnapping. Mais « don Berna » a seulement donné les coordonnées de deux fosses communes, et n'a reconnu que 13 crimes, dont neuf correspondent à des disparitions et à des meurtres. Pour le reste il n'y a ni traces, ni pistes…rien. Et le plus grave, c'est que le 23 juin, à New York, « don Berna » a déclaré : « Dans la situation actuelle il va être presqu'impossible de continuer à fournir des informations sur l'emplacement des fosses communes où sont enterrés la plupart des victimes ».
L'ex chef paramilitaire ne respecte pas sa promesse de collaborer avec Justice et Paix. « Il parle, il ,parle..., et à la fin il termine en disant que c'était la guerre et qu'il était normal que meurent des innocents - explique Fernando, père d'un disparu. Il n'a pas donné une seule information, ni la moindre coordonnée ».
Les enquêteurs de Justice et Paix font face à une situation complexe parce que, en l'absence de « don Berna » il n'y a pas un seul commandant de bloc qui était sous son commandement qui puisse donner des pistes sur les crimes. Daniel Mejía, « Danielito », qui était son successeur, a disparu, et Carlos Aguilar, « Rogelio », le suivant dans la ligne de succession, a été livré à la DEA (services secrets) l'année passée et il y collabore avec les autorités dans le domaine du trafic de drogues. Quant à « Job », celui qui avait rencontré de hauts fonctionnaires de la Maison de Nariño (Palais présidentiel) le 23 avril de l'année passée, il a été assassiné trois mois après.
Selon, Albeiro Chavarro, trésorier de Justice et Paix, on n' pas pu localiserles fosses communes à Medellín, et on ne sait pas pas non plus qui sont les responsables des meurtres. Le Fonds de Réparation n'a pas reçu non plus les 122 propriétés de « don Berna » évaluése à 25.000 millions de pesos, que son avocat a pourtant annoncé qu'il livrerait. Ces biens sont maintenant la propriété de prête-noms, et on n'a pas pu les récupérer. De plus, il n'existe pas d'inventaire des entreprises de transport, des agences de paris et de loteries qui ont appartenu à l'ex paramilitaire. « Malgré les effort du Ministère public, il est pour le moment impossible de restituer aux victimes les restes des disparus - explique Chavarro-. Avant qu'il ne soit extradé, on a eu très peu de réponses aux questions que les victimes ont posées à Diego Fernando Murillo ».
« Don Berna » a été condamné aux Etats-Unis à 31 années de prison pour trafic de drogue, mais en Colombie ses victimes attendent encore la vérité. « Ma mère Ana Lilia Roldán, et mon frère Everardo ont disparu par ordre de « don Berna », et maintenant on me dit que je devrais faire un enterrement symbolique; parce qu'il est difficile de retrouver les corps - nous dit Ana-. Je ne me résigne pas, je veux la vérité ». Mais tout paraît indiquer que, comme le craignaient ceux qui critiquaient l'extradition des ex paramilitaires et comme l'avait déclaré leur chef Salvatore Mancuso, « avec eux on a extradé la vérité ».