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Un procès sans précédent vient de s'ouvrir à Birmingham, en Alabama. Une entreprise américaine, la compagnie minière Drummond, qui exploite du charbon dans le nord-est de la Colombie, est accusée d'avoir financé l'assassinat de trois syndicalistes colombiens en mars 2001. L'affaire est suivie de près par les milieux économiques : pour la première fois, une entité américaine pourrait être poursuivie pour des faits commis en territoire étranger.
Après la sélectiondes jurés, lundi 9 juillet, le tribunal fédéral de Birmingham a entendu, mercredi, les avocats. Le défenseur de la compagnie, William Jeffress, a tenté de remettre les faits dans leur contexte. Les syndicalistes "ne méritaient pas de mourir, a-t-il dit, mais ce sont trois hommes parmi des milliers de syndicalistes assassinés en Colombie". L'avocat a jugé "incroyable" l'idée que Drummond aurait pu payer l'une des milices d'extrême droite pour assassiner les trois hommes. Quatre témoins affirment cependant que la compagnie a versé de l'argent et offert des voitures aux paramilitaires. "Les dirigeants syndicaux de La Loma se battaient pour obtenir de meilleures conditions de vie, a dit l'avocat de l'accusation, Herman Johnson : ils ne sont pas là aujourd'hui parce qu'ils ont été exécutés."
Le procès a été intenté en 2002 par une ONG de Washington, International Labour Rights Fund, et le syndicat des métallurgistes (United Steelworkers). Les associations ont invoqué une loi de 1793, peu utilisée, qui permet de poursuivre les citoyens américains devant les cours fédérales pour des faits commis à l'étranger. La compagnie de charbon Drummond est l'une des plus grandes du monde. Elle produit à ciel ouvert quelque 25 millions de tonnes de charbon chaque année.
Le 12 mars 2001, alors qu'ils revenaient du travail, les deux syndicalistes, Valmore Locarno et Victor Orcasita, ont été arrachés de l'autocar où ils se trouvaient avec les autres employés, par des hommes armés. L'embuscade a eu lieu près de la mine de La Loma. L'un des deux hommes a été immédiatement tué. Le second a été torturé avant d'être assassiné. Six mois plus tard, un autre responsable syndical, Gustavo Soler, qui était venu les remplacer, a à son tour été tué.
"Escadrons de la mort"
Selon un rapport d'Amnesty International publié début juillet, la Colombie est le pays le plus dangereux du monde pour y exercer des activités syndicales : 90 % des assassinats de syndicalistes ont lieu en Colombie. Les tueurs sont généralement associés aux milices paramilitaires et aux "escadrons de la mort" formés dans les années 1980 pour aider les riches propriétaires terriens à se défendre contre les militants d'extrême gauche.
Outre Drummond, la Chiquita Brands est aussi concernée par la démarche des associations, mais elle a négocié un accord avec le ministère américain de la justice. L'entreprise aurait accepté, en mars, de payer 25 millions de dollars de dédommagements après avoir reconnu que sa filiale colombienne, Banadex, avait secrètement versé 1,7 million de dollars à des "escadrons de la mort" opérant dans les zones où elle possède des plantations bananières.
Réactions au Canada : les droits de la personne d'abord
À quelques jours du départ du premier ministre du Canada, Stephen Harper, pour l'Amérique latine, plusieurs groupes mettent en garde le Canada de ne pas conclure d'accord de libre-échange avec la Colombie.
En effet, le Congrès du travail du Canada, Amnistie internationale et le Conseil canadien pour la coopération internationale soutiennent que les droits de la personne ne sont pas assez respectés en Colombie pour qu'Ottawa signe un accord avec Bogota.
Selon eux, les droits de la personne devront être au coeur des entretiens qu'aura M. Harper avec les représentants colombiens, comme il l'avait fait lors d'un récent voyage en Chine.
Depuis 1991, plus de 2000 chefs syndicaux ont été assassinés en Colombie. Des milliers d'autres ont été enlevés, torturés ou sont carrément disparus. Le Canada ne peut donc signer un accord de Libre-échange dans ces circonstances, affirment les organisations.
Les groupes demandent aussi que les minières canadiennes établies en Amérique latine, dont la Colombie, respectent les droits des populations locales comme elles devraient le faire au Canada et qu'elles rendent des comptes. Amnistie internationale demande d'ailleurs une enquête sur le sort réservé à Kimy Pernia Domico, un leader autochtone colombien venu au Canada il y a six ans pour exprimer l'opposition de son peuple à un développement minier dans son pays. ll a été assassiné après son retour en Colombie.
La situation des droits de la personne en Colombie ne préoccupe pas que les organisations canadiennes. En raison du piètre état des droits de la personne et du problème que posent toujours les groupes paramilitaires, le Congrès des États-Unis vient en effet de s'opposer à la conclusion d'un accord de libre-échange avec la Colombie. Le Canada doit faire de même, disent les organisations.
Le premier ministre Harper est attendu le 15 juillet en Colombie. Il sera reçu par le président Alvaro Uribe. Il se rendra aussi au Chili, à la Barbade et en Haïti.