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Yolanda Pulecio, la mère d'Ingrid Betancourt, otage de la guérilla des FARC, a déclaré que la protestation de ce jeudi contre le kidnapping en Colombie, était un appel, non seulement pour demander la libération des prisonniers, "mais aussi à tous ceux qui peuvent faire quelque chose pour les libérer".

Des millions de colombiens se sont vêtus de blanc et ont marché ce jeudi dans les principales villes du pays pour réclamer la libération sans condition des quelque 3.000 personnes séquestrées par les guérillas, les groupes paramilitaires et les délinquants.
Ces manifestations sont les plus importantes jamais observées en Colombie. Elles ont été déclenchées par l'annonce de la mort de 11 députés provinciaux otages des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxiste).
Les marches ont été convoquées à l'appel des familles d'otages, d'ONG oeuvrant pour la libération des personnes séquestrées et de l'église catholique sur le mot d'ordre: "libérez sans condition les personnes séquestrées".
Pendant qu'une grande partie du pays manifestait contre eux, les rebelles des FARC ont libéré et remis au Comité international de la Croix rouge (CICR), le géologue Juan Carlos Posada, détenu depuis mars dans le département du Choco (ouest).
Le gouvernement du président conservateur Alvaro Uribe, qui prône une politique "de fermeté contre les assassins et les délinquants des FARC", s'était associé à ces manifestations, s'efforçant d'en faire un plébiscite en faveur de sa politique de "sécurité démocratique" de lutte contre les rebelles.
Le patronat et le gouvernement ont demandé aux entreprises et aux administrations de laisser manifester les employés et les fonctionnaires des ministères, dont la police et l'armée.
A midi, des coups de sifflet, des klaxons et les cloches de la capitale ont retenti dans toutes les rues de la capitale Bogota, où la circulation a été interrompue pendant quelques minutes. Les manifestants ont agité des mouchoirs blancs en symbole de paix.
L'église catholique a lancé un appel pour que ces manifestations ne soient pas détournées à "des fins partisanes" et soient une condamnation de la violence "d'où qu'elle vienne".
Mais, sur cette dernière question, les opinions des manifestants étaient partagées.
Ainsi Mme Yolanda Pulecio, la mère de l'otage franco-colombienne Ingrid Betancourt, a participé dans le centre de la capitale à un regroupement de parents d'otages, vêtus de blanc comme la majorité des manifestants.
La marche "ne peut pas être contre les FARC, mais contre tous ceux qui ne veulent pas de l'accord humanitaire", a souligné Pulecio à l'AFP.
"Cet accord n'est pas entre les mains du gouvernement français, ni suisse, ni espagnol ni de personne d'autre. Ce sont les FARC et le gouvernement (colombien) qui doivent dialoguer et résoudre cette affaire d'une manière civilisée et non avec violence " a-t-elle souligné.
Yolanda Pulecio a aussi déclaré avoir reçu avec soulagement la divulgation mardi d'une vidéo de sept soldats otages des FARC, dont un a assuré qu'il avait vu sa fille.
"Cela me tranquilise de savoir qu'Ingrid est avec Clarita, et qu'ils ont le bébé avec elles. C'est un soulagement, après la souffrance causée par le décès des 11 députés kidnappés " a-t-elle ajouté.
"Cette vidéo est importante, mais pas suffisante. J'attends une preuve de vie d'Ingrid " a ajouté Pulecio. "Le plus important, c'est qu'on prenne maintenant les décisions pour arriver à une rencontre entre le gouvernement et la guérilla, qui permette de libérer les kidnappés", a-t-elle déclaré.
Pulecio a demandé qu'on n'essaye pas de récupérer la journée et qu'on pense surtout au sort des otages.
"Nous ne voulons pas que se renouvellent les tragédies du passé. Le président ne peut pas continuer à être sourd à nos appels "pour qu'il accepte de rechercher un accord humanitaire qui permette de libérer les otages que les FARC proposent d'échanger contre des rebelles emprisonnés, a-t-elle ajouté.
A Cali (ouest) sur la tribune officielle, Mme Carolina Charry s'est présentée comme "la fille du député Carlos Alberto Charry, assassiné par les FARC avec la complicité du gouvernement national qui n'a pas été capable de tenir son engagement de nous rendre les otages", avant d'être huée par la foule.
Ces manifestations ont cependant permis au gouvernement Uribe de concentrer la colère populaire presque exclusivement contre les FARC et de réitérer son refus de créer une zone démilitarisée, préalable exigé par les rebelles pour un échange humanitaire.
"Uribe, ami, le peuple est avec toi", pouvait-on lire sur des banderoles. "Les FARC doivent comprendre maintenant que le peuple est contre eux", a pour sa part estimé le ministre de la Défense Juan Manuel Santos, vêtu de blanc, comme le président Uribe et son épouse.