|
||||||
Lors de la visite du premier ministre canadien Stephen Harper en Colombie, la semaine dernière, La Presse a obtenu une entrevue exclusive avec le ministre des Affaires étrangères de ce pays, Fernando Araujo, devenu le symbole de la lutte contre la guérilla des Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC). Pris en otage pendant six ans par ce groupe, qui détient toujours la Franco Colombienne Ingrid Betancourt, le nouveau chef de la diplomatie colombienne nous fait part ici de son aventure.
Lors de la visite du premier ministre Stephen Harper en Colombie, la semaine dernière, La Presse a obtenu une entrevue exclusive avec le ministre des Affaires étrangères de ce pays, Fernando Araujo, devenu le symbole de la lutte contre la guérilla des Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC). Pris en otage pendant six ans par ce groupe, qui détient toujours la Franco Colombienne Ingrid Betancourt, le nouveau chef de la diplomatie colombienne nous fait part ici de son aventure.
Fernando Araujo, le ministre des Affaires étrangères de Colombie, a encore l'impression de vivre un rêve.
Libre depuis le 31 décembre 2006 après six ans de captivité dans la jungle aux mains des FARC, nommé chef de la diplomatie colombienne six semaines plus tard par le président Alvaro Uribe, Fernando Araujo, qui a accueilli le premier ministre Harper à sa descente d'avion lundi dernier, affirme aujourd'hui que l'épreuve qu'il a vécue lui fait paraître sa tâche plutôt facile aujourd'hui.
Amnistie internationale et diverses organisations canadiennes de défense des droits de la personne ont critiqué la décision du premier ministre Harper de négocier un accord de libre-échange avec la Colombie. Elles invoquent des violations des droits de la personne par les forces de l'ordre et des liens coupables de certains membres du gouvernement avec les milices paramilitaires de droite, responsables de l'assassinat de milliers d'opposants politiques.
En entrevue avec La Presse, le ministre Araujo a affirmé qu'il était bien placé pour défendre le bilan du gouvernement Uribe en matière de droits de la personne. Il estime qu'il est le mieux placé pour mettre en place les mécanismes de réinsertion dans la société des anciens otages des FARC et qu'il connaît à fond les points vulnérables d'une guérilla «de plus en plus affaiblie».
«Certaines organisations se permettent de présenter la Colombie sous un angle qui nuit à notre pays, particulièrement dans le domaine des droits de la personne, explique Fernando Araujo. Pourtant, je sais, moi qui ai été personnellement séquestré par la guérilla des FARC pendant six ans, que notre gouvernement s'est engagé avec fermeté à assurer la sécurité et la liberté de tous les Colombiens, peu importe leurs allégeances politiques et leur position sociale. Beaucoup d'organisations de l'extérieur prêtent malheureusement foi à la propagande et aux histoires des FARC. Mais nous sommes en train de faire triompher la vérité. Aujourd'hui, les violations des droits de la personne en Colombie sont le fait de criminels et de terroristes des FARC, de l'Armée de libération nationale et des groupes Autodéfenses unies de Colombie (AUC), appelés aussi les paramilitaires. Ces gens assassinent la population et les membres du gouvernement colombien. Ces groupes sont sur la liste canadienne des organisations terroristes.»
Fernando Araujo a été enlevé le 4 décembre 2000 par un commando de 37 hommes alors qu'il faisait du jogging dans sa ville natale, Carthagène. «J'étais l'un de ces milliers de Colombiens sur la liste des FARC, dit-il. J'ai été enlevé pour avoir, en tant que ministre du Développement économique de 1998 à 2000, collaboré avec le gouvernement d'Andres Pastrana. J'ai été enlevé en raison de mon amitié avec l'ancien président.»
Évasion dans la jungle
Le ministre parle peu de ses conditions de captivité. Il dormait dans un hamac et jouissait d'une certaine liberté de mouvement à l'intérieur du camp des FARC, malgré la surveillance permanente d'une douzaine de gardiens. Ces derniers lui ont même fourni un petit appareil radio et il est alors devenu, confie-t-il, un grand amateur de Radio-Canada international.
«Le 31 décembre 2006, la veille du jour de l'An, je suis parvenu à m'échapper à la faveur d'un raid de l'armée colombienne contre le camp, raconte-t-il. Le gouvernement avait d'abord reçu l'autorisation de ma famille pour l'opération. Les troupes étaient appuyées par des hélicoptères du 1er bataillon de lutte antiguérilla. Lorsque les premiers échanges de coups de feu ont retenti, j'ai pu immédiatement fausser compagnie à mes ravisseurs et m'enfuir dans la jungle. J'ai marché pendant cinq jours avant d'arriver à un village nommé San Augustin, hors du contrôle des rebelles, où j'ai été retrouvé par des soldats de l'infanterie de marine colombienne.»
Après son aventure, la nomination de Fernando Araujo aux Affaires étrangères a surpris. Le président Uribe l'a nommé pour donner à son gouvernement un visage plus positif après l'arrestation de certains élus liés aux paramilitaires. Il croit que son président, avec son aide, parviendra à pacifier le pays et à y faire régner la démocratie et la primauté du droit.
«La situation de violence en Colombie est difficile, reconnaît-il. Mais, il y a cinq ans, elle l'était beaucoup plus. Il y a de grands progrès qui sont dus à la politique progressiste et démocratique du président Uribe. Nous avons réussi à assurer une présence policière et militaire dans toutes les provinces du pays. Nous avons fait en sorte que les 400 maires du pays menacés par les FARC puissent aujourd'hui gouverner en toute tranquillité. L'État protège aujourd'hui 1500 syndicalistes et professeurs grâce à un programme spécial de protection qui coûte 40 millions de dollars par année. Les enlèvements ont aussi considérablement diminué, passant de 1750 il y a cinq ans à 100 cette année. Quand aux assassinats, il y en avait 35 000 par année en 2002. Cette année, il y en a eu 17 000 de moins.»
Selon le nouveau ministre des Affaires étrangères, l'appui que son pays a reçu du premier ministre Harper est d'une valeur inestimable.
«Si seulement la communauté internationale comprenait la gravité de nos problèmes et appuyait le gouvernement colombien comme le fait le Canada, nous pourrions faire échec une fois pour toutes au terrorisme», affirme ce survivant, encore tout ébloui d'être en liberté.