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Les Colombiens unis contre les prises d’otages

07/07/2007 - Tribune de Genève, Le Temps, Courrier International, Euronews, Univision

Des manifestations monstres ont eu lieu jeudi. Mais la population est divisée sur la manière de régler cette douloureuse question.

Divisés sur la façon de libérer les otages, bien qu’unis dans leur rejet des enlèvements de la guérilla des FARC: tel est le message que des centaines de milliers de Colombiens ont fortement exprimé jeudi dans des manifestations monstres à travers tout le pays. La participation a en effet été exceptionnelle, les médias locaux avançant un nombre d’environ un million de personnes.

A l’origine de ces manifestations, les associations de familles d’otages, notamment celles dont les fils sont membres des forces publiques: toutes réclament un accord humanitaire et rejettent les opérations militaires pour libérer les «séquestrés» à cause des dangers que cela fait peser sur leurs vies.

Pas de zone démilitarisée

Mais dès que ces organisations ont annoncé cette journée de mobilisation, après la mort, fin juin, de 11?députés otages des FARC dans des circonstances non élucidées, le président Uribe a pris le contre-pied en déclarant qu’il participerait à une journée d’action contre les enlèvements, pour les opérations militaires, tout en rappelant qu’il n’était pas question de démilitariser quelque zone que ce soit pour accueillir le moindre dialogue direct avec la guérilla.

Les grandes villes du pays et le centre de Bogota ont donc vu une véritable concurrence entre les slogans des uns et des autres. Massés au plus près de la cathédrale qui domine la plaza de Bolivar, les supporters de la manière forte arboraient des mots d’ordre favorables aux positions d’Uribe: «A bas les narcoterroristes», «Non à la démilitarisation». Les caméras des plus grands médias du pays sont d’ailleurs restées près de ce groupe qui a servi de toile de fond lorsque le président Uribe et tous les délégués de l’Eglise catholique colombienne sont sortis de la cathédrale après une messe en faveur de la paix.

Une marée humaine contre les guerilleros...

Le président Alvaro Uribe s'est associé à ces manifestations, mais continue de prôner sa politique de fermeté. Ce que beaucoup dénoncent comme la mère de l'otage Ingrid Bétancourt, Yolanda Pulecio:

"La seule chose à prendre en compte maintenant, c'est la volonté politique du président. Et si le président ne veut pas démilitariser la zone de Cali et organiser un échange humanitaire, alors je n'ai plus qu'à m'en remettre à Dieu et lui demander de changer l'attitude du président Uribe pour qu'il arrête d'utiliser le langage de la violence, pour qu'il arrête d'être agressif. Tout ce que je veux, c'est la paix, c'est ce que je demande à Dieu."

Ces marches blanches exprimaient aussi la colère de la population après la mort de 11 députés provinciaux la semaine dernière. Tous étaient otages des Forces armées révolutionnaires de Colombie depuis 5 ans.

Les manifestations contre les enlèvements ne cachent pas la division des Colombiens

Sur la place de Bolivar, dans le centre de Bogota, le cri des proches de soldats et policiers prisonniers de la guérilla colombienne a retenti une fois de plus, comme chaque semaine depuis des années: «Ils sont partis vivants, nous les attendons vivants!» Mais, cette fois-ci, les familles de ces otages avalés par la jungle depuis parfois plus de neuf ans n'étaient pas seules. Des centaines de milliers de Colombiens ont en effet manifesté jeudi dans tout le pays pour exiger la libération de tous les kidnappés du pays. Ils seraient actuellement près de 3000 en captivité, dont près d'un millier entre les mains de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes). Mais, dans un pays frappé par quatre décennies de conflit, aucune manifestation de rejet n'avait eu cette envergure depuis des années. «C'est bon de sentir enfin la solidarité du peuple colombien», reconnaissait la mère d'un soldat.

La mobilisation a été provoquée par la nouvelle de la mort, le mois dernier, de 11 élus locaux enlevés par les FARC en avril 2002. La guérilla a annoncé la semaine dernière par un communiqué lapidaire qu'ils avaient été tués sous le «feu croisé» d'un combat avec un groupe «non identifié». Ils faisaient partie, comme la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, d'un groupe de 56 otages politiques et militaires que les guérilleros veulent échanger contre leurs combattants prisonniers.

«Merci de votre solidarité», a lancé à Cali, devant une place bondée, la porte-parole des proches des 11 victimes, Carolina Charry. Un peu plus tôt, une épouse se laissait aller: «Si nous avions reçu cet appui il y a cinq ans, à l'heure qu'il est, nous pourrions peut-être embrasser nos proches.»

Dans la plupart des grandes villes, les victimes de groupes armés de tous bords avaient ressorti les photos de leurs proches disparus, enlevés ou assassinés au cours de ces dernières années. Les portraits de soldats ou civils, militants ou simples commerçants accompagnaient un nom, une date de rapt, parfois le nom des ravisseurs: les FARC, une autre guérilla ou l'une des milices paramilitaires d'extrême droite qui les combattent. «Nous marchons pour les 11000 morts des paramilitaires», annonçait par exemple une banderole à Bogota, non loin d'une pancarte dénonçant les «FARC, lâches et assassins».

Mais l'apparente prise de conscience collective, derrière le slogan commun «Liberté», cachait bien des divisions. Initiée par les proches des députés et d'autres élus locaux, qui demandent l'ouverture de négociations au plus tôt, la mobilisation a été en partie récupérée par le président Alvaro Uribe, partisan au contraire de la manière forte. «Les Colombiens doivent exiger de la fermeté au gouvernement», avait-il averti mardi en appelant au rassemblement.

Partisans de la manière forte

Le président demandait notamment aux manifestants de rejeter la principale exigence des FARC: le retrait des troupes de deux villages du sud-ouest du pays afin d'y entamer les discussions sur «l'accord humanitaire», ou échange de prisonniers, attendu par les familles. Alvaro Uribe, qui privilégie l'option militaire malgré ses risques - la guérilla préfère abattre ses otages plutôt que de les perdre vivants -, s'oppose à cette démilitarisation même sur «un millimètre carré du territoire».

Ses partisans ont été nombreux dans les rues jeudi: des fonctionnaires qui disposaient de la journée pour manifester, des ministres qui ont pris à la hussarde la tête de certains cortèges, des citadins... Les slogans «Non à la démilitarisation» et «Président, de la fermeté!» rivalisaient avec ceux des partisans de «l'accord humanitaire», qui rejetaient «les opérations de libération à feu et à sang».

Symbole de la fracture, Carolina Charry a reçu les sifflets d'une partie de la foule quand elle a critiqué à la tribune de Cali l'inflexibilité du pouvoir. Le ministre de l'Intérieur, Carlos Holguín, s'est emparé du micro aussitôt pour rétorquer un tranchant «non à l'accord humanitaire».


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