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Les possibilités d'un accord humanitaire sont plus faibles que jamais, mais la Communauté internationale s'implique de plus en plus. Les acteurs extérieurs parviendront-ils à changer la tendance ?
Le futur de l'accord humanitaire ne dépend pas des Colombiens. Ni du gouvernement, ni des Farc, ni de l'opinion publique. Peu à peu, le processus s'est internationalisé et plusieurs acteurs externes ont quelques aspects de la situation sous leur contrôle. La France, à cause de l'obsession du président Nicolas Sarkozy de libérer Íngrid Betancourt. Les Etats-Unis, parce qu'il y a trois citoyens de ce pays en captivité et parce que, dans le cadre du TLC (traité de Libre commerce) et du Plan Colombie, son gouvernement et son Congrès suivent à la loupe le développement du processus. Le gouvernement Uribe a autorisé la France, la Suisse et de l'Espagne à explorer des contacts, et les délégués de ces trois nations s'y sont employés.
L'intérêt ne se limite pas à quelques gouvernements et organismes formels. Dans l'opinion publique on a aussi éveillé l'intérêt pour le sujet. La vaste attention avec laquelle la presse mondiale a couvert le décès des députés la semaine passée en est une preuve. Le meurtre de députés élus par vote populaire a des connotations très profondes dans les démocraties du monde entier. Dans quelques articles on a traité cela avec la même gravité politique qu'aurait suscitée le meurtre de sénateurs ou de représentants.
La grande quantité de déclarations qui ont été faites dès qu'a été connue la nouvelle du décès des 11 députés kidnappés montre le degré d'internationalisation qu'ont acquis les relations entre l'État colombien et les Farc. Le Conseil Permanent de l'OEA a tenu une session spéciale vendredi, exclusivement consacrée à cette affaire. Des ONG comme Human Rights Watch et Justice pour la Colombie ont publié des communiqués pour expliquer leur position. Sept membres du Congrès des Etats-Unis ont fait la même chose, dans une lettre adressée au président Uribe. Le groupe des 24, formé par l'Argentine, le Brésil, le Canada, le Chili, le Mexique, la Norvège, la Suisse, les Etats-Unis, les pays membres de l'Union Européenne et la Commission Européenne - groupe créé pendant le processus de paix du Caguán - s'est ajouté à ce courant.
Quels effets auront tant de manifestations ? Elles ne se ressemblent pas toutes. Il y a des différences - l'OEA est plus proche du gouvernement ; les ONG pronent plutôt un accord rapide, mais toutes ont un dénominateur commun : la condamnation des Farc et la demande au président Uribe de rechercher la négociation pour libérer les kidnappés qui restent.
La grande question est de savoir si la pression internationale pourra changer la situation. C'est-à-dire, si elle pourra débloquer les possibilités d'un échange, à un moment où, dans une première réaction au massacre des députés, on constate peu de tolérance dans l'opinion publique et une faible volonté politique dans le gouvernement pour accepter une zone démilitarisée. Le président Uribe, après l'expérience du Caguán, craint que les Farc ne transforment éventuellement cette zone, sous prétexte de prolonger indéfiniment les conversations, pour s'approprier ce territoire et l'utiliser comme base pour leur stratégie de guerre. Pour sa part, la guérilla insiste sur le fait que sans démilitarisation on ne pourra pas avoir de négociations. Le mot démilitarisation ou défrichage s'est transformé en un point d'honneur pour chacune des deux parties.
En même temps, toutefois, la tragédie des députés de la Vallée démontre que l'absence d'échange augmente les risques de mort pour les kidnappés. Et au-delà de l'impact de l'événement, ce massacre pose un problème très complexe pour le pays et pour ses partenaires de l'extérieur, qui comprendront difficilement que les autres kidnappés encourent le même risque que les députés. La Communauté internationale pourra-t-elle promouvoir un échange, et y arrivera-t-elle dans les mois qui viennent ? La seule hypothèse que l'ont peut écarter c'est que Sarkozy, les trois pays européens et les congressistes démocrates des Etats-Unis ne restent les bras croisés.
En peu de temps, la Communauté internationale va devenir une pression pour le gouvernement. Pour les Farc aussi, mais y a-t-il encore une dénomination péjorative que cette organisation n'aie pas déjà ? Elle figure dans toutes les listes d'organisations terroristes. Dans toutes parts on exige, on ordonne, ou on demande aux Farc de libérer les kidnappés immédiatement et d'arrêter cette pratique. Malgré cela, ils continuent parce que cette guérilla n'a aucune considération humanitaire, ni de fondement politique. Le Secrétariat des Farc et ses membres ont transformé l'échange en une affaire dogmatique.
On arrive avec une avalanche de propositions pour ouvrir la porte à l'échange. On évite d'utiliser le mot démilitarisation, mais on invente des formules qui pourraient permettre aux Farc et au gouvernement de se parler. Les émissaires de France, de Suisse et d'Espagne, avec les autorisations nécessaires, ont rencontré Raul Reyes dans la forêt, pour revoir la proposition de décembre 2005 concernant une Zone de Rencontre. Et Álvaro Leyva, pour sa part, a entamé une étude topographique méticuleuse qui servira comme une option.
Le rôle de la Communauté internationale se concentre sur deux aspects principaux. Le premier est de rapprocher les positions du gouvernement et des Farc. Ce qui, concrètement, signifie trouver une certaine alternative au "défrichage militaire" de Florida et Pradera. Une médiation formelle, toutefois, est écartée : cela n'a pas été demandé par le gouvernement et pour les acteurs extérieurs, il est indispensable que leur fonction soit décidée par les deux parties.
L'autre possibilité est de faire pression des deux côtés. Ce qui, d'une certaine manière, se passe déjà. Mais durant les dernières années, à la fois le gouvernement et les Farc n'ont pas cessé d'accuser l'autre de ne pas vouloir trouver de solution pour le problème des kidnappés. Le gouvernement a gagné du terrain et a établi que la responsabilité du kidnapping était bien celle des Farc et pas la sienne. La guérilla, malgré tout, trouve à l'extérieur des attitudes moins radicales à son égard que sur la scène intérieure. En Colombie, son image négative dépasse 95 pour cent. A l'extérieur on utilise encore un langage qui inclut des concepts comme "les deux parties", "les otages" (au lieu de kidnappés), la responsabilité partagée pour le kidnapping, et la préférence par une issue négociée pour le conflit. Dans le communiqué de la France qui a salué la libération de Granda - considérée un triomphe pour le gouvernement colombien - on utilisait cette terminologie.
La proposition faite en 2005 par la France, la Suisse et l'Espagne illustre la fonction très concrète que pourraient exercer les acteurs externes pour l'accord humanitaire. Une proposition pour réglementer une 'zone de discussion '. On n'utilisait pas le mot défrichage. Elle comprenait un délai limité à 45 jours : 15 pour fixer des conditions de sécurité, 15 pour négocier et 15 pour se retirer, avec un seul sujet à l'agenda : la libération des captifs. On incluait des alternatives techniques très élaborées et sophistiquées en matière de sécurité pour la 'zone '. Le gouvernement a accepté l'initiative, par la bouche du président Uribe lui-même, et il l'a publiée sur la page d'Internet du bureau du Haut Commissaire. Mais il l'a ensuite reniée, à la suite de l'attentat à la voiture piégée organisé par les Farc à l'Université Nueva Granada à Bogota.
Avec cette exception, jusqu'à présent, les différentes initiatives des acteurs internationaux ont plus été le reflet des conjonctures changeantes et d'effets médiatiques que d'une stratégie cohérente et centralisée. Il reste à voir si maintenant, avec la sensibilisation qu'a produite la tragédie des députés, on pourra mettre en ordre toutes les pièces : la volonté de la France, le travail accumulé des pays médiateurs, et la pression des ONG. Ce ne sera pas facile. Mais à court terme, c'est la seule lueur d'espoir qui brille pour les kidnappés qui attendent dans la montagne.