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Le président colombien Álvaro Uribe, objet de tant d'éloges, est sur le point de rendre à la Colombie les heures d'indignation que la majorité de ses compatriotes croyaient dépassées. Comme annoncé lundi passé par la chancellerie colombienne, il se propose de nommer l'ex président (1994-1998) Ernesto Samper Pizano ambassadeur en France.
Le mandat de Samper a été entaché dès la première heure par les cinq millions de dollars de financement qu'il avait reçus du cartel de Cali pour sa campagne électorale. Encore aujourd'hui, Samper est considéré comme un pestiféré international, et il n'a pas reçu de visa pour pouvoir entrer aux États-unis.
Et voici maintenant que le président Uribe, dont personne ne sait quelles dettes il a envers son prédécesseur (dont il avait été l'écuyer dans la campagne électorale de 1994, celle du trafic de drogues), a décidé de le nommer ambassadeur en France.
Certains disent que Samper travaille pour un échange humanitaire entre des otages des FARC et des guérilleros prisonniers. Et son premier objectif serait la libération de la franco- colombienne Ingrid Betancourt, kidnappée depuis plus de quatre ans.
Si cela s'avérait exact, ce serait une honte qu'Uribe donne cet objectif à un homme dont Ingrid avait dit, pendant le procès qui le concernait au Congrès : "Je veux que Samper sache ce que je pense de lui. Qu'il a trahi à la Colombie (...) alors qu'il aurait pu être le président rédempteur de la Colombie, il a fini par être son Judas. C'est pourquoi il est indigne, parce qu'il nous a menti ". En vérité peut-on croire que l'homme qu'Ingrid considérait comme un Judas est la personne adéquate pour travailler à sa libération ?
En réalité, cette histoire regrettable est une répétition quasi exacte de celle qui s'est produite le 3 janvier 1998. Ce jour-là, sans l'avoir sollicité officiellement, le président Ernesto Samper avait informé la télévision colombienne qu'il avait l'intention de nommer ambassadeur à Madrid l'ex ministre de la Défense Guillermo Alberto González Mosquera. Mosquera avait renoncé à sa charge dix mois auparavant - après être resté en fonction 40 jours - parce qu'on avait découvert qu'en 1989 il avait reçu du narcotrafiquant Justo Pastor Perafán 3.000 dollars pour sa campagne. Mosquera avait prétendu qu'il ne savait pas que Perafán était un narco, mais avait finalement dû renoncer. Quand ABC a dévoilé que le président colombien voulait envoyer à l'Espagne un ex ministre soutenu par le narco, Samper avait dû faire marche arrière.
Il n'a pas dû apprendre beaucoup de cette leçon puisqu'il a maintenant convaincu Uribe de le nommer ambassadeur - et lui, ce n'est pas 3.000 dollars qu'il a reçu d'un narcotrafiquant - mais cinq millions de dollars de la part du Cartel de Cali !
La conclusion publiée par ABC le 7 janvier 1998 sur le cas de González Mosquera est parfaitement applicable à ce qui arrive aujourd'hui : "Est-ce qu'il n'y avait pas, dans tout le pays, quelqu'un d'autre pour ce poste, dont la désignation comme ambassadeur ne mettrait pas en danger la dignité de la Colombie?"
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