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Les faux espoirs d'une proche libération d'Ingrid Betancourt et des autres

05/07/2006 - Yahoo Actualités

Les récentes déclarations de la guérilla colombienne et des autorités sur un échange d'otages dont la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt correspondent à une stratégie politique plus qu'à une volonté réelle d'aboutir, selon diplomates et médiateurs.

"L'émotion suscitée en France par les propos du numéro deux des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC -guérilla marxiste), Raul Reyes, qui n'exclut plus de négocier avec le gouvernement d'Alvaro Uribe, est illusoire à la lumière des préalables exigés", a estimé un diplomate européen.

Ce diplomate, proche du dossier des otages, a souligné sous couvert de l'anonymat qu'en matière d'otages et pourparlers de paix, "chacune des parties s'efforce de faire assumer à l'autre la responsabilité d'un échec en posant des préalables inacceptables pour le camp adverse".

Le directeur du journal communiste Voz, Carlos Lozano, qui est en contact régulier avec les rebelles des FARC, est aussi circonspect que le diplomate. "Je ne partage pas l'optimisme de ceux qui pensent qu'un dialogue est en route", a-t-il déclaré.

"Du côté du pouvoir, il n'y a pas de propositions concrètes, le gouvernement dit seulement qu'il est généreux. Quant aux FARC, elles font les mêmes propositions qu'avant la présidentielle de mai. Pour l'instant, il n'y a pas eu de contacts entre les parties, simplement quelques messages de tierces personnes indiquant une vague possibilité de dialogue", selon M. Lozano.

La guérilla marxiste, la plus importante du pays avec 17.000 combattants, mène depuis quatre ans un semblant de négociation via les médias avec le président Uribe, réélu le 28 mai. En période électorale afin d'éviter sa réélection, les FARC avaient exclu catégoriquement de discuter avec le chef de l'Etat.

Or, pour la première fois depuis le scrutin, le numéro deux des FARC, Raul Reyes, a affirmé lors d'entretiens récents à la télévision sud-américain Telesur et au quotidien communiste français l'Humanité que les FARC étaient "disponibles et volontaires pour parvenir à un accord humanitaire (...) et engager des négociations dans les localités démilitarisées de Pradera et Florida (sud-ouest)".

Les FARC réclament la libération de 500 guérilleros emprisonnés contre celle de 58 otages, des personnalités politiques et militaires dont trois Américains et Ingrid Betancourt, 44 ans, ex-candidate à l'élection présidentielle enlevée le 23 février 2002.

La France, la Suisse et l'Espagne avaient proposé le 13 décembre la création d'une zone démilitarisée sous contrôle international pour négocier l'échange mais les FARC avaient repoussé la proposition, estimant qu'une zone démilitarisée de 180 kilomètres carrés serait trop petite.

De plus, M. Reyes a posé comme condition additionnelle à l'échange, la libération, très improbable, de deux responsables rebelles extradés et incarcérés aux Etats Unis, "Simon Trinidad et Sonia".

En vue d'un accord de paix plus global, le porte-parole des FARC exige en outre la démobilisation de deux départements stratégiques: le Caqueta et le Putumayo (sud - proches de la frontière équatorienne). Le président Uribe a déjà plusieurs fois proclamé qu'il n'accepterait jamais une telle condition.

Autre obstacle au dialogue: les rebelles "n'accepteront pas des conversations sous la table, ni des conversations discrètes", a souligné M. Reyes, en excluant par ailleurs de discuter hors de Colombie.

Du bout des lèvres, le vice-président Francisco Santos, a accueilli avec "prudence" la nouvelle initiative des FARC. "On ne peut pas conduire un processus de ce type par l'intermédiaire des microphones", a-t-il affirmé.

"Je crains que les Français n'aient pas encore compris que nous sommes loin d'un échange humanitaire et qu'Ingrid Betancourt qui donne au conflit colombien une dimension internationale, risque d'être la dernière des otages libérés", a souligné le diplomate européen.


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