Les femmes déplacées
16/07/2006 - Las voces del secuestro
En Colombie, être une femme et une personne déplacée est synonyme de pauvreté, de violence et d'exclusion. C'est ce que révèle une enquête récemment publiéee par l'association Profamilia. Le tableau que dresse cette étude est alarmant, parce qu'à la dramatique condition d'avoir été expulsé de ses terres s'ajoute pour ces femmes l'impossibilité de trouver un emploi, les problèmes de santé et très souvent, l'enfer de la violence intra-familiale.
Selon le rapport, moins de 40 cent des femmes déplacées ont pu trouver un travail; bien que 90 pour cent aient fait l'objet de l'un ou l'autre type d'aide humanitaire de la part de l'État ou d'organisations de la société civile, 5 pour cent seulement ont acquis une qualification de travail et 1 pour cent à peine ont pu recevoir de l'aide en situation de travail. Quarante pour cent de ces femmes déplacées ne disposent d'aucun type d'affiliation à la sécurité sociale.
En matière de santé sexuelle, un tiers des adolescentes déplacés sont enceintes ou sont déjà mères, tandis qu'à l'age de 19 ans, 63 pour cent des femmes ont eu au moins un enfant. Ce n'est donc alors pas surprenant de découvrir que 3 déplacées sur 10 n'utilisent aucune méthode contraceptive et que 37 pour cent ne considère pas la cytologie (test Pap, un test simple qui peut aider à prévenir le cancer du col de l'utérus) comme un examen nécessaire. En outre, chaque femme déplacée a, en moyenne, deux enfants de plus que la moyenne nationale. Avec ces données il est clair qu'il faut absolument renforcer les programmes de santé sexuelle et reproductrice pour les femmes déplacées, tant dans la prestation de services que dans l'information.
Un autre aspect alarmant mis en évidence par ce rapport concerne la violence. Quarante-quatre pour cent des femmes en condition de déplacement ont subi des violences de la part de leur compagnon, et 18 pour cent ont ont subi ces violences pendant leur grossesse. En outre, 18 autres pour cent ont été victimes de violences sexuelles, tandis que 80 pour cent de tous les cas d'agression contre cette population de femmes ne font l'objet d'aucune plainte ni d'aucune poursuite.
En conclusion, la situation particulière des femmes dans cette tragédie du déplacement est une superposition d'exclusions, qui commence à constituer un nouveau type de pauvreté. Le plus préoccupant est que ces recherches dévoilent ce tableau au milieu d'un débat public sur la nécessaire attention de l'Etat pour les déplacés, en application du jugement T-025 de la Cour Constitutionnelle. La semaine passée, le Procureur Général de la nation a rappelé l'incurie permanente de l'Etat pour prendre des mesures de protection de la population déplacée dans le pays et a qualifié l'évolution des actions prises comme "lente et difficile".
Selon lui, la somme de 1,3 milliards de pesos que le Gouvernement a consacrés en 2005 et 2006 est insuffisante pour faire face aux nécessités des déplacés. De même, il a insisté pour que soient développés des indicateurs plus sérieux et plus réalistes, ainsi que sur l'amélioration nécessaire des programmes pour les déplacés afro-colombiens, indigènes et d'origine campagnarde, qui sont les plus vulnérables.
Il n'est pas facile de développer une politique intégrale d'assistance aux déplacés si nous ne sommes même pas capables de nous mettre d'accord sur combien ils sont et d'où ils viennent. Tandis que le Gouvernement National affirme que la violence a déplacé 1.706.236 personnes jusqu'à présent, le Codhes et la Conférence Épiscopale colombienne estiment, eux, à environ les 3 million le nombre de victimes de ce drame. De toute manière, il est impossible d'ignorer les dimensions extraordinaires du déplacement dans le pays.
La conclusion de tout ceci est évidente : tant dans la vie quotidienne des femmes déplacées, que dans la conception structurelle des politiques publiques d'assistance à cette population, le gouvernement du président Uribe a beaucoup de pain sur la planche. Des actions urgentes doivent être prises pour que la Colombie cesse d'avoir le privilège déshonorant d'être un des pays au monde où le nombre de déplacés internes est le plus important.
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